Le terme écothéologie désigne un ensemble de doctrines associées aux volets strictement religieux de la grande révolution spirituelle et religieuse qui se déploie à partir des années soixante du siècle passé en relation avec la crise environnementale.

Bien qu’elle ait eu des précurseurs, tels John Muir ou Aldo Leopold, c’est la conférence tenue le 26 décembre 1966 par Lynn White, publiée en 1967 dans la revue Science, qui semble avoir été le catalyseur principal de cette réaction religieuse.

White y accusait le christianisme d’être coupable de la crise environnementale pour avoir abusé de la parole biblique selon laquelle Dieu aurait donné à l’humanité un droit de domination sur les autres créatures. Postulant l’impuissance de la vision agnostique de Darwin à régler le problème, White cherchait une solution religieuse au problème. C’est dans la philosophie de François d’Assise qu’il la trouvait, selon lui le plus grand radical de l'histoire du Christianisme depuis le Christ lui-même.

La clé pour comprendre François est sa croyance en la vertu de l'humilité. Pas seulement pour l'individu, mais pour l'homme en tant qu'espèce. François a essayé de déposer l'Homme de sa monarchie sur la Création pour instaurer une démocratie de toutes les créatures de Dieu. Une thèse qui peut-être prise comme une des bases historique de la biocratie.

Et White, calviniste mais confiant dans la puissance de l'église catholique, finit sa conférence par cette suggestion: Je propose François d'Assise comme saint patron des écologistes.1

Dès lors, des réponses théologiques vont être trouvées pour répondre à White.

Le Bible du roi Jacques de 1713, principale bible anglophone, mentionne non pas domination mais dominion, qui suggère plutôt un protectorat. Des références à la mission donnée par Dieu à Adam de cultiver et entretenir son jardin sont liées à ce protectorat. Et la notion de péché contre la création se répand pour qualifier la crise environnementale.

Dès 1970, une résolution sur l’écologie de la National Association of Evengelicals a recours à des mots très durs tels que : Aujourd'hui, ceux qui détruisent sans réfléchir l’équilibre de la nature ordonné par Dieu sont coupables de péché contre la création de Dieu2

La même année parut Pollution and the Death of Man de Francis Schaeffer, le premier livre complet d’écothéologie évangéliste3.

Exemplaire de ce mouvement est l’encyclique Laudato si’ du pape François (2015) :

Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. Cela permet de répondre à une accusation lancée contre la pensée judéo-chrétienne : il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à “dominer” la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l’être humain comme dominateur et destructeurnous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte, avec une herméneutique adéquate, et de se souvenir qu’ils nous invitent à ‘‘cultiver et garder’’ le jardin du monde (cf. Gn 2, 15). Alors que ‘‘cultiver’’ signifie labourer, défricher ou travailler, ‘‘garder’’ signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller.

Être gardiens de toute la création s’apparente à la doctrine de l’intendance de la Création.

Il emprunte au patriarche orthodoxe, Bartholomée, l’idée de péché contre la création :

« dans la mesure où tous nous causons de petits préjudices écologiques», nous sommes appelés à reconnaître « notre contribution – petite ou grande – à la défiguration et à la destruction de la création »4 car « un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu »5.

Fondamentale est la parole de la Bible disant que Dieu a trouvé sa création bonne et, en conséquence, notre environnement est bon.

Seule exception : l'Humanité.

Selon la Bible, Dieu a placé le premier d'entre nous, Adam, dans le jardin d'Éden avec pour mission de le cultiver6 et de le préserver. Son échec, dû à sa rébellion contre l'ordre de Dieu en mangeant le fruit défendu, celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, est le péché originel7, considéré aujourd'hui par beaucoup comme le premier péché écologique.

Chassé du jardin d’Éden, Adam est de plus maudit par Dieu qui ajoute : maudit est le sol à cause de toi ; tu en mangeras [en travaillant] péniblement tous les jours de ta vie. Et il te fera germer des épines et des ronces8

La chute d'Adam ne nous libère pas de sa mission, au contraire, nous sommes tous les intendants de la Création, au nom de Dieu.

Sa faute comme sa tâche inachevée se reportent sur nos épaules. Adam nous a exclus du projet harmonieux voulut par Lui. Pire, il a rendu l’humanité responsable de sa dégradation, passée et présente, comme rappelé en 2002 par le Pape Jean-Paul II et le Patriarche Œcuménique Bartholomaios, à la tête de l’église orthodoxe grecque :


Au début de l'histoire, l'homme et la femme ont péché en désobéissant à Dieu et en rejetant son dessein de création. Parmi les conséquences de ce premier péché figure la destruction de l'harmonie originale de la création. Si nous examinons attentivement la crise sociale et écologique que la communauté mondiale doit affronter, nous devons constater que nous trahissons encore le mandat que Dieu nous a confié : être les gardiens9 appelés à collaborer avec Dieu en vue de veiller sur la création dans la sainteté et la sagesse


Surgie de la nuit des temps, cette vision nous rappelle qu’aux yeux de Leurs Saintetés, la crise environnementale contemporaine est la poursuite d’une dégradation immémoriale infligée par Adam et ses descendants à l’harmonie du monde divin. C’est la chute du jardin d’Éden qui explique qui nous soyons obligés de travailler durement la terre pour nous nourrir. Qui nous chassions, tuons et mangeons des animaux. Et qu’ils s’entredévorent entre eux. Nous sommes donc coupables de l’existence de la prédation10.

Certains envisagent même d’éliminer complètement la prédation sur terre, quitte à éliminer les animaux eux-mêmes, pour leur bien11.

La mission traditionnelle des églises chrétiennes d'amener les humains à la rédemption de leurs péchés prend aujourd'hui un sens écologique nouveau, impliquant pour certains d’amener l’ensemble de la création à la rédemption.

Notons cependant que certains réagirent très différemment à l’accusation de Lynn White.

Carl Pope, qui de 1993 à 2010 fut directeur exécutif du Sierra Club, l’une des plus anciennes association militant pour l’environnement rapporte12 que toutes les personnes de ma génération ont été profondément influencées par l’article de White et en tirent la même leçon : que nous continueront à avoir une crise environnementale aggravée si nous ne rejetons pas l’axiome chrétien affirmant que la nature n’a d’autre raison d’exister que pour servir l’humanité.

Et Pope de noter que beaucoup de militants de l’environnement ont quitté les églises traditionnelles et cessé de les considérer comme des alliés potentiels. Nous verrons toutefois que la grande majorité d’entre eux ont emporté la religion et ses valeurs spirituelles dans leurs bagages, appelant souvent à une grande révolte religieuse au nom de l’environnement, même s’ils ne croient plus en Dieu.

Dans l’immense richesse du mouvement écothéologique, ce site a choisi de mettre en valeur :


John Cobb, Charles Birch et Sally McFague.


Les deux premiers ont été les témoins directs et modestes contributeurs d’évolution politiques majeures dans le domaine de l’environnement, telle l’éclosion des concepts de durabilité et de biodiversité. Ils sont de plus des adhérents à l’écologie des processus, issues de la métaphysique d’Alfred North Witehead, l’une des plus importantes du siècle passé. La dernière a inventé le mot biocratie, qui représente idéalement l’évolution politique que nous connaissons aujourd’hui, tout particulièrement en Europe.


Voir aussi un bref aperçu de théologies animalistes ou végétariennes.




11 Il était déjà le saint patron des animaux depuis 1931 et sera reconnu saint patron des écologistes en 1979.

22 Cité par Katharine K. Wilkinson in Beween God & Green, p16,Oxford University Press

3idem

4Message pour la Journée de prière pour la sauvegarde de la création (1er septembre 2012).

5Discours à Santa Barbara, California (8 novembre 1997)

6Aussi parfois traduit par servir

7Expression qui aurait été inventé par Saint Augustin en remplacement de péché antique utilisé auparavant.

8Version J.N. Darby - 1872

9Stewards dans la version anglaise que nous traduisons généralement par intendants

10Encyclopeda of Religion and Nature, p98, Bron Taylor, Continuum 2008

11Le mouvement RWAS (Reduce Wild Animal Suffering)

12Carl Pope, “Religion and the Environment,” Ecozoic; www.ecozoic.com, selon William Rudy, A Latter-day Saint Perspective in the Environment-Religion Dialogue.