Le climat est un concept instinctivement simple à comprendre. Les romains devaient certainement déjà se rendre compte que le climat de Rome n’était pas celui de Lutèce et les hordes de vacanciers nordiques qui se ruent chaque été vers les plages méridionales n’ont pas besoin de longues explications quand au concept de différences climatiques.

Au dix-neuvième siècle, les géologues ont progressivement découvert l’existence d’anciens changements climatiques de grande ampleur à l’échelle de la planète. La question se posa assez vite de savoir ce qu’il pourrait advenir du climat dans un futur plus ou moins lointain. Plusieurs théories astronomiques furent construite pour nous prédire le retour d’une nouvelle ère glaciaire, à l’échéance de quelques milliers d’années.

Svante Arrhenius1 fut l’un des premiers à prédire un changement climatique d’origine anthropique, en l’occurrence un réchauffement dû au relâchement dans l’atmosphère de CO2, par l’activité industrielle. Par une action surnommée « effet de serre ». Il y voyait des effets positifs par la possibilité de jouir d’un meilleur climat, surtout dans les régions froides – le cas de la Suède.

Sa théorie fut critiquée par son compatriote Knut Ångström2. Selon lui, la vapeur d’eau, beaucoup plus présente dans atmosphère que le CO2, en était le gaz à effet de serre le plus puissant, empêchant le CO2 d’exprimer son propre potentiel.

Il fallut plusieurs décennies pour se rendre compte que l’effet du CO2, quoi directement faible, est suffisant pour enclencher une hausse de la vapeur d’eau accentuant à son tour cet effet réchauffant.

Dans les années 1970, une autre polémique agita les climatologues : savoir qui de l’effet réchauffant des gaz à effet de serre, CO2 en tête, ou de l’effet refroidissant des particules émises par les industries, était le plus fort.

Stephen Schneider a raconté dans ses mémoires certains aspects de cette polémique où il défendit d’abord à tort la thèse du refroidissement climatique avant de se rallier au réchauffement dû aux gaz à effet de serre et d’en devenir un des militants les plus brillants.


Les faits donnèrent ensuite définitivement raison à la thèse du réchauffement.

En 1981, un groupe de scientifiques comprenant James Hansen a tenté d'alerter l'opinion publique3 sur les dangers d'un réchauffement climatique dû aux émissions de gaz à effet de serre. Mais c’est l’audition très médiatisée de ce même Hansen devant le Sénat américain, le 23juin 1988, à l'invitation du sénateur du Colorado, Timothy Wirth, qui a favorisé une large prise de conscience du problème.

Dès lors, les événements vont se précipiter. La déposition de Hansen va donner une visibilité accrue à un processus déjà en cours dans l’ombre. En 1985 à Villach, en Autriche, une conférence4 sur l’impact des gaz à effet de serre avait réuni 29 pays.

Présidée par Bert Bolin5, un climatologue suédois très respecté, ce fut Moustafa Tolba6, directeur de l’UNEP, qui ouvrit la conférence par un discours appuyé sur les dangers possibles d’un réchauffement climatique. Les participants s’accordèrent sur des conclusions et recommandations mais aucun appel à l’action ne fut lancé7.

La même année, se tint à Vienne une conférence visant à aborder le problème d’atteinte à la couche d’Ozone, qui déboucha sur une convention sans mesures contraignantes. Ce problème, soupçonné depuis 1974, attribué à l’émission des gaz CFC8, avait connu un rebondissement important avec la découverte d’un amincissement spectaculaire au-dessus de l’antarctique. Pourtant, il ne faudra plus que deux ans pour aboutir à une convention plus stricte, le protocole de Montréal. Une équipe formée par l’UNEP et dirigée par Robert Watson9, contribua au succès en rassemblant toutes les connaissances disponibles sur le sujet10. Ce brillant succès de militantisme politique issu des milieux scientifiques, aura une influence profonde sur le drame politique qui s’annonce dans le domaine climatique. Nombre de scientifiques seront convaincus qu’ils pourront rééditer l’exploit dans le domaine des émissions de gaz à effet de serre. Le problème est pourtant beaucoup plus compliqué. Contrairement aux CFC, le CO2, est un élément indispensable à la vie, faisant l’objet d’un « cycle ». Appellation malheureuse car elle fait croire à de nombreuses personnes que ce cycle se perpétue à l’identique à la manière des cycles des moteurs de voitures ou des aiguilles d’une montre. De fait, il s’agit plutôt d’un pseudocycle, constitué d’un ensemble constamment changeant de relations entre l’atmosphère, la biosphère, les océans et les roches. L’augmentation du CO2 dans l’atmosphère modifie profondément ce pseudocycle, le réchauffement climatique aussi, l’agriculture, l’aménagement du territoire et, cerise sur le gâteau, les moyens mis en œuvre pour limiter ces émissions ne sont pas en reste.

L’amplitude du phénomène est sans comparaison avec la production de CFC, tant en valeur économique que parce qu’elle implique une grande diversité d’activités.

Ironiquement, le protocole induit le remplacement des CFC par des HCFC, qui se révélèrent des gaz à effet de serre.

Les négociations ne furent pas aussi faciles qu’il y paraît quelques décennies plus tard. Des pays tels que la Chine, l’Inde et la Russie venaient à grands frais de se doter d’une industrie capable de produire des CFC. Ils soupçonnaient les pays occidentaux, qui avaient anticipé l’interdiction, d’avoir exagéré le danger pour des raisons commerciales. Le traité dût prévoir des compensations financières pour être signé11. Inaugurant par-là les coutumes néfastes - suspicions, compensations - qui allaient prendre une ampleur encore bien plus grande dans le domaine climatique.

Cette même année 1987, les dirigeants de l’UNEP et du WMO12 convinrent de créer ensemble un groupement intergouvernemental pour évaluer la question climatique.

En juin 1988, le mois du témoignage de Hansen au sénat américain, une conférence climatique réunissant ministres responsables, scientifiques, ONG environnementales se tint à Toronto. Les ONG tentèrent d’y imposer une réduction des émissions de 20 % pour 2005. Cet objectif paru irréaliste à de nombreux experts, notamment Houghton, Schneider et Bolin.

En septembre, Margaret Thatcher, cheffe du gouvernement britannique, prononce devant la prestigieuse Royal Society un discours qui se veut très écologiste. Au chapitre climat, elle annonce : Il nous est dit qu’un réchauffement de un degré par décennie excéderait de beaucoup la capacité de résistance de notre habitat.

Elle était très mal informée, note Bolin13. Ce chiffre est en effet plus de dix fois supérieur aux observations de l’époque. Très supérieur aux prévisions actuelles. Mais où donc est-elle allée chercher çà ?


À l’occasion de la Marche pour la science de 2017, James Hansen déclara que c’est un changement attendu depuis longtemps que les scientifiques deviennent plus actifs. Les scientifiques comprennent le danger de laisser aux jeunes un système climatique hors de contrôle14.

Cette idée de perte contrôle revient souvent sous la plume de Hansen. Mais le climat peut-il être contrôlé ?

Que le réchauffement climatique soit le fait de l’humanité n’implique pas qu’elle puisse le contrôler. En effet, la collaboration de l’ensemble de l’humanité est nécessaire pour cela – et des moyens techniques adéquats.

Contrôler l’humanité dans son ensemble dépasse la compétence de qui que ce soit. L’idée de parvenir à contrôler le climat en vue d’atténuer le réchauffement climatique est une dangereuse illusion qui trouve une partie de son origine dans le succès obtenu sur la question de l’ozone via le protocole de Montréal.

Bolin a souligné l’impact de ce succès sur l’idée d’agir de manière similaire pour le climat, tout en indiquant que la différence d’ampleur entre les deux problématiques avait bien été perçue15.

Et pourtant le défi politique et technologique a manifestement été sous-estimé dans les milieux scientifiques militants pour la cause climatique. Houghton affirmait que le même degré d’action et de résolution est nécessaire pour le climat que pour l’ozone16. Schneider, lui, remarquait que le protocole de Montréal avait arrêté la destruction de la couche d’ozone, prouvant qu’un effort international concerté pouvait être un succès17. Il notait aussi que certains pays avaient suspecté les Occidentaux d’avoir inventé le "trou" dans la couche d’Ozone pour freiner leur propre développement industriel. Des mécanismes de compensations financières avaient été instaurés pour les inciter à accepter le protocole. Schneider suggérait d’adopter les mêmes principes de compensations dans les négociations climatiques. Ce qui fut fait.

Avec des résultats désastreux. Certains pays utilisent ces négociations pour lier tout effort climatique de leur part à des incitants financiers imposés aux pays développés, considérés comme coupables du problème. Lesquels, poussés à obtenir des accords coûte que coûte par les ONG et leurs opinions publiques, promettent de payer et traînent ensuite les pieds pour tenir parole.

Techniquement, le problème climatique est d’une complexité bien plus grande que celui de l’ozone. Et implique un effort d’adaptation dont l’ampleur dépend du taux de réussite de l’atténuation, ainsi que de la variabilité naturelle du climat.

Souvent présentés comme complémentaires18, l’atténuation et l’adaptation sont en fait en concurrence. Car les moyens engagés pour l’un ne sont souvent plus disponibles pour l’autre. Dans ce contexte, il est évident que s’il existait une baguette magique pour une atténuation efficace, même coûteuse, elle devrait être agitée frénétiquement car cela diminuerait le coût de l’adaptation.

Hélas, il n’en existe pas. S’il en existe une un jour, elle ne pourra d’ailleurs pas être utilisée si elle n’est pas conforme aux dogmes écologistes, tout particulièrement dans ses dimensions holiste et naturiste.

Soulignons que dans la phrase Nous devons agir face à la crise climatique, le nous de l’atténuation implique la collaboration de l’ensemble de l’humanité alors que celui de l’adaptation ne nécessite que celle de spécialistes compétents en la matière.

Et qu’il n’existe ni accord global ni solution technique convaincante pour l’atténuation, qui devrait céder la priorité à l’adaptation. Rien de tel ne se produit, bien que l’adaptation soit au menu de la lutte au même titre que l’atténuation, et ce depuis les débuts du GIEC et de l’UNFCCC.

Bien que des initiatives aient lieu, elles sont peu médiatisées et disposent de fonds ridiculement bas par rapport aux actions remarquablement inefficaces engagées pour l’atténuation. Ban Ki-moon, ancien secrétaire général de l’ONU et Bill Gates, ancien homme le plus riche du monde, ont formé une commission internationale qui œuvre à l’adaptation dans une indifférence quasi générale.

On peut se demander pourquoi cette évidence, donner la priorité à l’adaptation, échappe à la plupart des dirigeants politiques et commentateurs médiatiques. Il y a, bien sûr, les ONG qui poussent aux programmes idéologiques qui les arrangent, même s’ils ne fonctionnent pas en pratique.

Il y des lobbies industriels qui se sont formés pour profiter de ces solutions bidons et ne vont pas reconnaître que leur activité n’aide en rien à la résolution du problème climatique.

Et surtout, il y a le sentiment que le réchauffement climatique est un pêché contre la Création qui entraîne repentance et devoir moral à lutter même si la cause est impossible à gagner.

Lutter pour lutter, lutter pour sauver son âme. Il en sera tenu compte lors du Jugement Dernier.

Dans cette optique, on entend de plus en parler de dérèglement climatique, version créationniste du réchauffement qui ignore que le climat n’a jamais été réglé. On pense à la métaphore du grand horloger de l’univers de William Paley19.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ignore l’expression car comme son nom l’indique, il ne s’agit que de changement climatique, défini comme suit : On entend par changements climatiques des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables.

Nulle idée de dérèglement ici. Mais on remarque que la variabilité naturelle est exclue de l’expression changements climatiques. Dès le départ, on pouvait craindre un certain fatalisme face aux catastrophes naturelles «légitimes» par rapport à celles causées par les descendants d’Adam.

On remarque maintenant une tendance à attribuer au réchauffement anthropique la moindre catastrophe naturelle, comme s’il n’y avait jamais eu de tornades ou d’incendies avant.

Au lendemain de l’échec de la COP25 de 2019, un exemple remarquable d’obstination est donné par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres qui déclare sur le site de l’UFCCC : Je suis plus que jamais déterminé à travailler pour que 2020 soit l’année où tous les pays s’engageront à ce que la science nous dit être nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et une augmentation de température qui ne soit pas supérieure à 1,5°20.

Alors qu’il n’existe aucun accord concret pour 2°. Malheureux scientifiques du GIEC à qui l’on demande des rapports techniques basés sur des objectifs politiquement irréalistes !



1Svante August Arrhenius (1859-1927), physicien suédois.

2Knut Johan Ångström (1857 – physicien suédois, fil de Anders Jonas Ångström qui donna son nom à une unité de longueur.

3via le New York Times

4Scope 29, organisation de l’UNEP, WMO (Organisation météo rologiquemondiale,ICSU International council of Science

5Bert Bolin (1925-2007)

6Moustafa Kamal Tolba (1922-2016), scientifique égyptien

7Bert Bolin, A History of Science and he Politics of Climat Change, p38, Cambridge University

8Chlorofluorocarbures

9Britannique né en 1948, scientifique à la Nasa, ayant mené l’évaluation de l’UNEP sur la question de l’ozone, futur président du GIEC puis de l'IPBES

10Bert Bolin, A History of Science and he Politics of Climat Change, p38, Cambridge University

11Stephen Schneider, Science as a contact Sport, p11, National Geographic Society

12Organisation météorologique mondiale

13A History of the Science and Politics of Climate Change, p56

14Interview au Guardian 27012017

15Bert Bolin, A History of Science and he Politics of Climat Change, p46, Cambridge University

16John Houghton, In the Eye of the Storm, p81, Lion Books

17Stephen Schneider, Science as a Contact Sport, National Geographic Society, p.173

18Par exemple dans le rapport du giec de 2007, selon Houghton p205

19William Paley (1743-1805), théologien anglais.

20S’entend par rapport à la température qui prévalait avant la révolution industrielle.