La Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU fut une entreprise pionnière de l’ONU en matière de prise en charge supranationale des politiques environnementales. Elle remit en 1987 son rapport, Notre avenir à tous, surnommé Rapport Brundtland du nom de la présidente de la Commission.

Pour la commission Brundtland, l’ONU définit le terme développement durable comme suit : Le genre humain a parfaitement les moyens d’assumer un développement durable, de répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire les leurs. La notion de développement durable implique certes des limites. Il ne s’agit pourtant pas de limites absolues mais de celles qu’imposent l’état actuel de nos techniques et de l’organisation sociale ainsi que de la capacité de la biosphère de supporter les effets de l’activité humaine.

De fait, le développement durable est le quasi antonyme de la durabilité issue du concept d'état économiquement stable. Un enterrement de première classe. Double : le néo-malthusianisme rejoint la croissance zéro dans la tombe onusienne. La cause en est également double : les pays pauvres veulent pouvoir se développer comme les riches l'ont fait, et ceux-ci ne veulent pas entendre parler de dé-développement.

Le rapport de la commission Brundtland spécifie que le développement durable vise à favoriser un état d’harmonie entre les êtres humains et entre l’homme et la nature1. Un engagement imprégné de religiosité qui, notons-le, perçoit la nature comme extérieure à l’humanité. Les églises sont d’ailleurs invitées à participer à l’action : Un développement rationnel suppose une évolution des valeurs et des attitudes à l’égard de l’environnement et du développement, à vrai dire, à l’égard de la société et du travail à la maison, dans les exploitations agricoles et les usines. Les religions du monde pourraient contribuer à orienter et à motiver cette évolution en proposant de nouvelles valeurs qui mettraient l’accent sur la responsabilité individuelle et conjointe à l’égard de l’environnement et en favorisant l’harmonie entre l’humanité et l’environnement2.

Ultérieurement ce credo en une vie en harmonie avec le monde est devenu un leitmotiv dans les publications environnementales de l’ONU.

On trouve aussi dans le Rapport une volonté louable de valoriser les droits des peuples autochtones, mais accompagné d’une idéalisation de leur supposée vie en harmonie avec la nature, prémisses d’un culte qui va faire fureur, rappelant celui du bon sauvage de jadis :

Les processus de développement aboutissent généralement à l’intégration progressive de communautés locales dans un cadre social et économique plus large. Or, certaines communautés – dites peuplades indigènes ou tribales – restent isolées en raison de facteurs tels que les barrières physiques à la communication ou les différences marquées de pratiques sociales et culturelles...L’isolement de bon nombre de ces populations signifie qu’elles ont conservé un mode de vie traditionnel en étroite harmonie avec l’environnement naturel. Leur survie même a dépendu de leur prise de conscience de l’écologie et de la manière dont elles s’y sont adaptées. Mais la contrepartie de leur isolement est que peu d’entre elles ont profité du développement économique et social du pays. Cette situation peut se refléter dans la médiocrité de leur santé, de leur nutrition et de leur éducation...

Par une ironie terrible, lorsque le développement s’enfonce dans des forêts pluviales, des déserts et d’autres environnements isolés, il tend à détruire les seules cultures qui aient réussi à prospérer dans ces environnements.

Le point de départ d’une politique juste et humaine à l’égard de ces groupes consiste à reconnaître et à protéger leurs droits traditionnels sur leurs terres et les autres ressources qui assurent leur mode de vie – droits qu’ils sont susceptibles de définir en des termes qui n’ont rien à voir avec les systèmes juridiques ordinaires. Les institutions de ces groupes, qui réglementent les droits et les obligations, jouent un rôle capital dans le maintien de l’harmonie avec la nature et de la conscience de l’environnement, caractéristiques du mode de vie traditionnel. Par conséquent, la reconnaissance des droits traditionnels doit aller de pair avec des mesures tendant à protéger les institutions locales qui inculquent la responsabilité de l’utilisation des ressources. Cette reconnaissance doit aussi donner aux communautés locales la possibilité d’intervenir dans les décisions prises au sujet de l’utilisation des ressources dans leur région3.

Il y a toutefois un bémol à cette vision d’harmonie idéalisée : Cela dit, le développement durable n’est pas un état d’équilibre, mais plutôt un processus de changement dans lequel l’exploitation des ressources, le choix des investissements, l’orientation du développement technique ainsi que le changement institutionnel sont déterminés en fonction des besoins tant actuels qu’à venir. Nous ne prétendons certainement pas qu’il s’agit là d’un processus simple. Des choix douloureux s’imposent. En dernière analyse, le développement durable est bien une affaire de volonté politique.

Et ceci s’accompagne d’un optimisme prudent : La notion de développement durable implique certes des limites. Il ne s’agit pourtant pas de limites absolues mais de celles qu’imposent l’état actuel de nos techniques et de l’organisation sociale ainsi que de la capacité de la biosphère de supporter les effets de l’activité humaine. Mais nous sommes capables d’améliorer nos techniques et notre organisation sociale de manière à ouvrir la voie à une nouvelle ère de croissance économique. La Commission estime que la pauvreté généralisée n’est pas une fatalité. Or, la misère est un mal en soi, et le développement durable signifie la satisfaction des besoins élémentaires de tous et, pour chacun, la possibilité d’aspirer à une vie meilleure. Un monde qui permet la pauvreté endémique sera toujours sujet aux catastrophes écologiques et autres4.

Outre un appel à l’aide à l’aide aux églises, le rapport suggère une plus grande coopération avec l’industrie et, surtout, inclut une demande pressante d’accroître le rôle politique de la communauté scientifique et des organisations non gouvernementales5. Les groupes scientifiques et les ONG ont joué – avec l’aide des jeunes – un rôle important dans le mouvement en faveur de la protection de l’environnement. Ce sont des savants qui, les premiers, ont signalé les risques sérieux auxquels était exposé l’environnement, ainsi que les modifications importantes provoquées par l’intensité croissante des activités humaines...Les gouvernements de nombreux pays doivent reconnaître et étendre le droit des ONG à être informées de la situation de l’environnement et des ressources naturelles, leur droit à être consultées et à participer à la prise de décisions concernant les activités qui risquent d’exercer des répercussions importantes sur l’environnement dont elles sont responsables, et leur droit à obtenir des mesures correctives et des compensations juridiques lorsque des atteintes graves risquent d’être portées, ou ont été portées, à la santé des populations ou à la situation de l’environnement. Les ONG, ainsi que des groupements privés et communautaires, peuvent souvent agir en lieu et place d’organismes publics pour mener à bien des programmes et des projets. Cet appel se double d'un appel au financement des ONG favorables à la cause de l’ONU : Un autre moyen d’accroître l’efficacité du Fonds pour l’environnement consistera à apporter un soutien accru et à coopérer plus étroitement avec les ONG qui sont en mesure d’exécuter des éléments du programme du PNUE6...Les ONG internationales ont besoin de recevoir un appui financier nettement plus important pour pouvoir élargir leur rôle particulier et les fonctions dont elles s’acquittent au nom de la communauté mondiale et dans l’intérêt des ONG nationales. La Commission estime que le soutien accru qui serait accordé à ces organisations pour leur permettre d’étendre leurs services représenterait un investissement à la fois indispensable et d’un bon rapport coût-efficacité.7

ONG qui ont reçu de l'ONU une autre faveur : celle, pour nombre d'entre elles, d'être officiellement reconnues comme représentantes de la Société Civile, disposant du statut d’observateurs8 lors de réunions telles que les célèbres conférences des parties (COP).

Cet appel onusien induit un renforcement majeur du pouvoir politique des scientifiques et des ONG. Ce pouvoir, qui préexistait depuis longtemps à un état embryonnaire, est devenu un fait majeur et problématique des sociétés contemporaines.

1Dans les conclusions du chapitre II

2Chapitre IV 3.2

3Chapitre IV 3.3

4Introduction I.3

5Chapitre XII, 4.1. Accroître le rôle de la communauté scientifique et des organisations non gouvernementales.

6UNEP, le Programme Environnemental de Nations-Unies, l'agence onusienne en charge de l'environnement.

7Notre avenir à tous, chapitre XII 2.2.4 et 4.1

8Statut reconnu par l’ONU dès 1968 à la demande de l’IUCN (selon Wikipedia)