Après 1974, quelques auteurs ont introduit une dose de développement minime dans le concept de durabilité.

La plus ancienne allusion à la possibilité d’introduire une certaine croissance associée à la durabilité semble être celle de Dennis Clark Pirages (1942-2020).

Déjà co-auteur avec Paul Ehrlich de ARK II : Social Response to Environmental Imperatives en 1974, il édite en 1977 un ouvrage collectif intitulé The Sustainable Society: Implications for Limited Growth. Dans sa participation à l’ouvrage, A social design for sustainable growth, on lit : La croissance durable est un concept difficile à gérer, mais elle semble être le meilleur guide pour l’avenir que nous ayons actuellement. Cela signifie une croissance économique qui peut être soutenue par des environnements physiques et sociaux dans un avenir prévisible1.

À noter qu’Herman Daly a lui aussi contribué à ce livre par un article qui défend l’intendance de la création, la fraternité pour les générations futures et la vie «sous-humaine», l’holisme, l’humilité, et les théories de Boulding2.

Rien de surprenant car Pirage, Daly et Boulding avaient fait partie d’un groupe de discussion autour de Nicholas Georgescu-Roegen, père d’une théorie mélangeant thermodynamique, économie et écologie. Lequel critiquera les théories de Daly, son ancien élève, argumentant que l’état économiquement stable ne pourra sauver l’humanité d’un déclin inéluctable et prônant un programme bioéconomique minimal encore plus sévère.

Ce serait l’IUCN qui aurait utilisé le terme développement durable en premier, en 1980, dans un document3 conçu avec l’aide de l’UNEP et du WWF. On y lit : la conservation et le développement ont si rarement été combinés qu’ils apparaissent souvent comme étant incompatibles. Les conservationnistes eux-mêmes ont aidé plutôt inconsciemment à nourrir cette idée fausse. Trop souvent ils se sont autorisés à être vus comme opposés à tout développement. Le but de la stratégie proposée était d’aider à avancer l’accomplissement du développement durable à travers la conservation des ressources.


C’est l’ONU qui a propulsé le concept dans la contexte de la mondialisation en en faisant le premier point de l’ordre de marche de la Commission Brundtland. Suivirent quantité d’initiatives, la plus importante étant la fondation de l’IPBES, organisation onusienne dédiée à la biodiversité et aux services écosystémiques.


Néanmoins, certains se sont, dès le début, opposés au concept de développement durable, notamment dans les milieux néo-malthusiens ou attachés au concept d’état économiquement stable, à l’origine de la durabilité.

Ainsi Herman Daly souligne que l'environnement et l'économie sont en prise dans un combat mortel. Le développement durable est une tentative pour résoudre ce conflit.4

Le concept de développement durable ne sied pas au malthusianisme du couple Ehrlich : Si un scénario ressemblant en quoi que ce soit au scénario de croissance proposé par le rapport Brundtland se réalise, nous pouvons dire adieu à la plus grande partie de la biodiversité mondiale, et peut-être à la civilisation au passage5.

Michael Soulé qualifie le développement durable de Graal profane - la vieille illusion d'avoir le beurre et l'argent du beurre.

Hugh Iltis a également pris des positions contre le développement durable.

Dans la «Bible» de la biodiversité, Golliher note au passage l’existence de critiques face à la notion de développement durable : pour certains, il perpétuerait la dépendance des pays en voie de développement vis-à-vis des économies du Nord. Il perpétuerait des structures politiques et économiques inéquitables qui ne peuvent se justifier du point de vue spirituel. Ce serait un concept anthropocentrique contradictoire basé sur l’assomption fausse que la valeur de la terre est avant tout instrumentale et utilitaire. Et sur l’assomption que les forces du marché vont sauver la terre. Les générations futures sont trop éloignées pour qu’on puisse baser des politiques sur ce concept. Mais il constate aussi que de nombreux représentants de communautés religieuses ont reconnu que la sauvegarde de la biodiversité, pour être un succès, doit se dérouler dans le contexte du développement durable.

1D.C. Pirage, The Sustainable Society, p10, Pirage, Praeger Publishers 1977

2H.E. Daly The Sustainable Society, p113-114, Pirage, Praeger Publishers 1977

3World Conservation Strategy

4Environment and Revelation, p62

5Ehrlich & Ehrlich, The Value of Biodiversity, p225 in Takacs, The Idea of Biodiversity, p215