Le 21 Mars 1970 fut un grand jour pour John McConnell.

Ce militant pacifiste et ancien prédicateur pentecôtiste, alors affilié à l'église luthérienne de sa deuxième épouse, vit la concrétisation d'une idée qu'il avait eue dès 1968.

Cherchant un moyen de promouvoir la paix dans le monde, il pensa à la création d'un jour consacré à la terre, un Earth Day, Jour de la Terre.

Le 21 mars, jour du printemps, traditionnellement associé à la renaissance et au renouveau, lui parut convenir parfaitement. La Ville de San Francisco fut la première à adopter le principe de sa célébration pour le 21 mars 1970, suivie de New York et de quelques autres. Les Nations-unies adoptèrent la fête l'année suivante, consacrée par le branle de la "Cloche de la paix", cadeau du Japon, le 21 mars de chaque année.

Comme chrétien, McConnell n'appelait pas à un culte de la Terre mais à une intendance de celle-ci. Il espérait promouvoir un climat de paix et de justice, préalable à la conservation écologique, via une collaboration avec les Nations-Unies.

La même année 1970, le sénateur Gaylord Nelson1, avait planifié pour le 22 avril une action politique de masse pour développer la prise de conscience environnementale.

L'action devait se nommer Environmental Teach-In Day2.

Selon McConnell, un représentant de Nelson vint le voir pour le féliciter de son idée et lui proposer de déplacer son jour au 22 avril, Nelson acceptant de changer le nom de son propre événement en Jour de la Terre. McConnell refusa la proposition. Nelson "emprunta" pourtant à McConnell ce nom tellement plus porteur pour son événement dont le succès fut considérable.

Selon Schneider...l’événement entraîna des centaines de milliers de personnes, ensemble, pour une reconnaissance publique de l’urgence d’agir immédiatement pour sauver Mother Earth. Comme des marmottes émergeant de leurs terriers, nous regardions autour de nous en clignant des yeux de surprise au nombre de personnes présentes3.

Selon Cobb, Population Bomb, de Ehrlich, fut l’une des influences majeures de l’évènement4.

Le 22 avril éclipsant finalement le Jour de la Terre original, l'ONU elle-même finit par l'adopter sous le nom de Jour de la Terre Nourricière, adaptation française discutable de Mother Earth Day car elle occulte la filiation religieuse évoquée par la dénomination anglaise.

L’expression Terre Mère implique une personnalisation de la terre, une dimension cultuelle et entraîne souvent l’idée qu’elle devrait être sauvée comme l’indique la réflexion de Schneider. Adoptée en 2009 par l'assemblée générale, la dénomination est basée sur la reconnaissance du fait que l'expression serait utilisée "dans un certain nombre de pays et de régions pour désigner la planète Terre et qu’elle illustre l’interdépendance existant entre l’être humain, les autres espèces vivantes et la planète sur laquelle nous vivons tous".

La version anglaise Mother Earth peut-être.

En français, l’expression terre nourricière est peu usitée hors de l’ONU. Certains lui trouvent un lien avec l’expression latine Alma Mater, mère nourricière, désignant des déesses mères telles que Cérès ou Cybèle, ensuite parfois la Vierge Marie et enfin des universités censées se comporter en mère nourricière pour leurs élèves.

En pratique, c’est Terre Mère qui est utilisé par la plupart des personnes amenées à traduire Mother Earth.

Le but de l’ONU est de parvenir à un juste équilibre entre les besoins économiques, sociaux et environnementaux des générations présentes et futures, et afin de promouvoir l'harmonie avec la nature et la Terre, l'Assemblée générale a décidé de proclamer le 22 avril Journée internationale de la Terre nourricière. Par sa résolution A/RES/63/278, elle invite tous les États Membres, les organismes des Nations Unies, les organisations internationales, régionales et sous-régionales, la société civile, les organisations non gouvernementales et les parties prenantes concernées à observer comme il se doit la Journée internationale de la Terre nourricière et à la faire connaître au public.

Ouvert aux croyants comme aux incroyants, l’idée typiquement religieuse d’harmonie avec la Terre fait de ce jour tout naturellement l'occasion d'exprimer diverses professions de foi religieuses. Ainsi le Pape François tint un discours sur l’intendance de la création le jour de la Terre 2015. Ainsi la Spiritual Alliance for Earth (SAFE), organisation développant les liens entre spiritualité et écologie, naquit d'une initiative visant à développer le sens spirituel du Jour de la Terre en rassemblant des personnes qui défendent la cause de l'intendance de la création.

Autre initiative, le jour de la Terre 2019 vit la publication d’un manuel destiné aux dirigeants religieux de toutes les confessions axé sur le thème de la protection des espèces. Le don de la nature, proclame la brochure, ce sont les espèces que nous aimons. Hélas, les humains ont irrévocablement perturbé l’équilibre de la nature et, en conséquence, le monde affronte le plus grand taux d’extinction depuis que nous avons perdu les dinosaures, il y a plus de 60 millions d’années. Mais, contrairement au destin des dinosaures, celui-ci est la cause des activités d’une seule espèce : la nôtre.

Toute chose vivante a une valeur en elle et venant d’elle. Chacune joue un rôle dans la toile complexe de vie. Nous devons protéger nos espèces si nous voulons survivre nous-même.

Parmi les actions suggérées par la brochure figurent la création d’une équipe d’intendants, l’élimination des espèces invasives5, une collecte de déchets, un repas commun végan ou végétarien…sans plastique !


L'organisation américaine fondée par Nelson, toujours prépondérante pour la célébration du Jour de la Terre, a également publié un Guide et ressources pour les communautés religieuses 6 où nous lisons Earth Day Network reconnaît le fait que les dirigeants religieux ont été une force déterminante derrière certains des mouvements sociaux les plus importants et les plus réussis... L'intendance de la planète et les traditions religieuses sont intrinsèquement liés. Nous fournissons un ensemble de ressources pour guider les dirigeants et les communautés de croyants qui organisent des Jours de la Terre afin de maximiser une intendance environnementale complète.

L’UNEP avait jadis également initié un Sabbat de l’environnement.

L’idée aurait déjà été émise lors du premier Jour de la Terre de 1970. Oubliée, elle fut reprise suite à la rencontre de deux événements en apparence sans rapport7 : les Déclarations d’Assise de 1986, organisées par le WWF à la demande du Duc d’Édimbourg et la proclamation par l’ONU que 1987 serait l’année des sans-abris.

Pour l’UNEP, ces événements devaient être liés. Noël J. Brown, directeur de l’UNEP pour l’Amérique du nord et John J. Kirk, professeur de sciences environnementales, convinrent que, puisque la science et les technologies ne pouvaient apporter toutes les réponses, les valeurs spirituelles et éthiques étaient essentielles pour des politiques environnementales équitables.

Ils invitèrent quelques dirigeants religieux aux nations-unies pour un projet visant à informer les congrégations des périls menaçant la planète. Le but fut d’instaurer un Sabbat environnemental – un jour de repos annuel pour la planète.

L’idée eut pour un temps un certain succès et évolua vers une organisation multiconfessionnelle : l’Interfaith Partnership of the Environment.

On constate qu’à l’ONU on ne pratique guère de séparation entre l’église et l’état – au sens français du terme.

Et aucune neutralité religieuse n’y est à l’ordre du jour.


1Gaylord Anton Nelson (1916-2005), Sénateur démocrate et Gouverneur du Wisconsin. Ensuite conseiller à l’ONG Wilderness Society.

2Journée d'action environnementale

3Stephen Schneider, Science as a Contact Sport, National Geographic Society, p14

4Encyclopedia of Religion and Nature, p394 Bron Taylor, Continuum 2008

5Aussi appelées envahissantes

6Guide and Ressource for communities of Faith

7Selon Libby Basset in Encyclopedia of Religion and Nature, p616 Bron Taylor, Continuum 2008