En 2010, quatre scientifiques français publient un article1 qui nous avertit que : Nombre d’écologues tiennent le même discours alarmiste que les ONG de protection de la nature vis-à-vis des espèces introduites. Cet article rappelle que la science écologique, qui s’est développée autour des concepts d’« équilibre » et de « stabilité » des écosystèmes, a contribué à maintenir une vision statique de la nature. Elle reste encore imprégnée de cette idéologie d’essence créationniste, et n’a pas encore intégré le rôle du hasard et de la variabilité de l’environnement dans la mise en place des faunes et des flores.

L’écologie, en tant que science, s’était fixé comme objectif de rechercher un ordre dans la nature. Ce qui suppose implicitement que la nature est ordonnée, tout au moins au sens où l’entendent les sciences physiques. Et si nous nous étions trompés de concept fondateur ? Le monde vivant n’est-il pas d’abord le domaine du hasard, du conjoncturel, de l’opportunité, de l’aléatoire ? Ce que Darwin nous invitait déjà à examiner au XIXème siècle, même s’il éprouvait quelque difficulté avec ce concept et parlait plus fréquemment de « variations » que de « hasard », des effets plus que de la cause.

Le rôle de ce hasard, caractéristique du fonctionnement du monde vivant à tous les niveaux de son organisation, des gènes aux écosystèmes, a probablement été marginalisé. Par nécessité ? Par idéologie ? Par incapacité intellectuelle à s’inscrire dans un monde en mouvement, non prédictible exactement ? En battant en brèche le déterminisme qui rend plus aisée l’élaboration de prédictions et de programmes, le hasard gêne les institutionnels et les institutions. Il fait même peur alors qu’il ouvre, au contraire, des espaces de liberté et de créativité...L’écologie moderne met aussi l’accent sur le rôle de l’hétérogénéité et de la variabilité dans la dynamique des écosystèmes. Et on parle de plus en plus du rôle du hasard, tant en génétique qu’en écologie...

Notons que selon Gould, la contingence (la possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas) a probablement joué un rôle important dans l’évolution2 et dans la mise en place des écosystèmes, ce qui ne cadre pas très bien avec l’idée de systèmes auto-régulés...La contingence et le hasard deviennent les principaux acteurs de la dynamique des communautés sur la durée3

...«Hasard» et «conjoncture», «nécessité» et «adaptation» sont actuellement les mots clés de la science écologique...Même si l’équilibre de la nature n’existe pas, nous aimons croire qu’il en va ainsi. Il est vrai que c’est aussi une question d’échelle et que, sur de courtes périodes, on peut avoir l’impression qu’il existe un (des) équilibre(s). Il est vrai également que nos outils et nos moyens d’analyse statistique sont bien adaptés à la notion de stationnarité alors que nous sommes assez démunis sur le plan des outils et des concepts pour prendre en compte la variabilité et le hasard...Le fait que le hasard joue un rôle dans l’organisation et la structuration des écosystèmes signifie-t-il pour autant que l’on puisse tout se permettre ?

C’est bien la crainte de certains scientifiques qui, « pour la bonne cause », estiment qu’il est dangereux de lancer de telles idées qui peuvent être interprétées comme une porte ouverte au laisser-faire. Est-ce au scientifique de se censurer ?...S’appuyant sur le concept d’équilibre, longtemps enseigné par l’écologie scientifique, des groupes sociaux ont tenté, pour des raisons idéologiques, de réhabiliter le mythe du paradis perdu en jouant sur le sentiment de culpabilité : l’homme est le grand perturbateur de l’équilibre de la nature, ce qui met en danger son existence sur terre...On nous invite à assister à la sixième grande extinction, en précisant que celle-ci sera encore plus catastrophique que les précédentes parce que plus rapide.

Effet d’annonce s’il en est, car il faudrait, pour le démontrer, que l’on soit capable d’estimer la rapidité de ces extinctions, ce qui est loin d’être le cas. Pour en sortir, on nous propose l’heuristique de la peur envisagée comme force mobilisatrice4, qui reprend la vieille idée selon laquelle la peur est le commencement de la sagesse.

En fonction de cette utopie d’un état idéal de la nature qui prévalait avant que l’homme ne bouscule les quilles, certains nous invitent à revenir à un état antérieur supposé « plus naturel », en restaurant les écosystèmes dégradés. Et cet état est, bien entendu, dépourvu d’espèces exotiques, considérées comme allant à l’encontre de l’ordre établi.

Mais, dans le monde réel, il n’y a pas de retour sur image car les espèces naturalisées sont difficiles à éradiquer. Par ailleurs, les changements climatiques et les transformations des habitats favorisent l’arrivée de nouveaux immigrés. En matière de restauration, les conditions du passé ne peuvent donc être érigées en objectif à atteindre….La véritable question est de savoir...Quelles natures voulons-nous ?…

Bien entendu, la grande majorité des scientifiques récusent le fait d’être créationnistes. Pourtant, la collusion entre science, politique et religion a marqué l’histoire de certains pays comme les États-Unis.

Consciemment ou non, les idéologies ont sans aucun doute imprégné la pensée scientifique. Ainsi, il n’est guère surprenant que la biologie des invasions, avec son discours alarmiste, soit justement devenue une branche majeure des recherches écologiques aux États-Unis et que maintes grandes ONG de protection de la nature aient leur siège aux États-Unis, où le fondamentalisme religieux est bien implanté.

Une piste de recherche consisterait à analyser le rôle qu’a pu jouer la pensée religieuse dans l’évolution des idées en écologie chez les scientifiques américains et parmi les mouvements de conservation de la nature.



J’espère que ce blog aura un tant soit peu contribué à débroussailler le sujet.



L’écologie est-elle encore scientifique ? C’est le titre évocateur d’un livre écrit par Christian Lévêque, l’un des auteurs de l’article cité ci-dessus.

En tant qu’écologue ayant pataugé dans des systèmes aquatiques continentaux en divers endroits du monde, afin d’essayer de comprendre leur organisation et leur fonctionnement, je ne me reconnais plus dans certaines dérives actuelles de ma discipline5.

L’écologie est une science instrumentalisée par l’écologie politique, les mouvements conservationnistes et l’économie. Elle devrait s’affranchir des idéologies. Le discours écologique qualifié de scientifique est en réalité souvent teinté de jugement de valeur et d'a priori idéologiques. Imaginer que la science écologique est neutre et rationnelle relève de l'illusion. Comme les autres citoyens, les écologues sont imprégnés des idées dominantes de leur temps et de leur culture.

Certains écologues sortent de leur rôle en invoquant des valeurs éthiques pour vendre leurs recherches. Plusieurs auteurs, à la suite de Callicott, ont développé une éthique qui considère le monde vivant comme un tout qui doit être respecté en tant que tel.

Les espèces et les milieux ont une valeur intrinsèque, disent-ils, toutes les espèces ont un droit inhérent à exister.

Doit-on, au nom de l’éthique, renoncer à lutter contre les moustiques au motif qu’ils auraient droit à la vie ou que leur disparition perturberait les écosystèmes ?

En outre cette démarche renforce l’idéologie de l’équilibre de la nature au sein duquel toutes les espèces ont leur place et sont indispensables.

Il n’y a pas, en écologie, de cloison étanche entre une supposée objectivité ou rationalité scientifique et une moralité subjective. Ce qui pose des problèmes de déontologie. Dans quelle mesure des individus engagés, participant à la promotion d’idées voire d’idéologies peuvent mener une recherche distanciée en écologie ?

Certains écologues surfent sur la vague de la dramatisation, ou rentrent dans le jeu des lobbies conservationnistes et politiques soit par conviction, soit parce qu'ils y trouvent un profit médiatique ou économique. Beaucoup d’écologues tiennent un langage similaire à celui des ONG sur la biodiversité. Un mélange de genre fâcheux pour la science.

Le discours politiquement correct sur la biodiversité porté par les mouvements conservationnistes occulte délibérément des évidences scientifiques et de terrain. Au nom de la bonne cause. Et dans certains pays où la pensée religieuse a un poids social important, les écologues peuvent-ils réellement s’affranchir des idéologies dominantes ?…

L'écologie perd ainsi petit à petit son statut de science. Les mouvements conservationnistes comme l'écologie politique ne retiennent de l'écologie scientifique que les résultats qui leur conviennent. Ils colportent l'idée que l'homme est responsable de la dégradation de la nature et qu'il existerait un milieu naturel idéal en l'absence de l'homme.

La réalité, en Europe, est que la plupart des systèmes écologiques sont les produits d'une histoire géologique et climatique et d'une coévolution homme-nature.

L’écologie scientifique sert avant tout de caution scientifique, dans la mesure où ce sont les écologues qui font le constat de la dégradation de la planète, thème qui est la raison d'être de l'écologie politique. Les écologues sont donc avant tout des pourvoyeurs d'informations, mais celles-ci sont filtrées au tamis des idées défendues par l'écologie politique.

On est par principe contre le nucléaire, contre les OGM, contre les pesticides, etc… C'est à dire que l'on ne retient du discours scientifique que ce qui va dans le sens des idées fondatrices du mouvement ! Les discours alarmistes ou idéologies qui jettent l'anathème sur l'humanité ne sont pas du ressort de l'écologie scientifique.

La trop grande inféodation de la recherche écologique à ces mouvements peut rendre suspects certains résultats, ou museler certaines expressions. Un scientifique adepte de l'écologie politique, et ce n'est pas rare, a-t-il toujours le recul nécessaire pour poser les bonnes questions en écologie scientifique ? Quand les pompiers se font pyromanes le public se tourne souvent vers les lanceurs d'alerte pour trouver des solutions.

L’écologie politique parle souvent d'équilibre et d'harmonie de la nature, et certaines réglementations ont, elles aussi, une approche fixiste de la nature. Équilibre, stabilité résilience des écosystèmes, sont des termes fréquemment utilisés dans le langage écologique, qui laissent imaginer une certaine pérennité dans le temps. Or ces idées vont à l'encontre des résultats de l'écologie rétrospective et des observations sur les trajectoires temporelles des écosystèmes. Il est matériellement impossible de faire des prévisions fiables à l'échelle de quelques décennies. Il n'empêche que quelques scientifiques laissent encore croire que c'est possible.

La stabilité est un paradigme largement utilisé en écologie mais qui n'a jamais été défini de façon satisfaisante. Le concept tient plus de la subjectivité et de l'intuition que d'une définition précise. Il est vrai que les concepts de stabilité et de résilience correspondent à la représentation d'un monde en équilibre qui arrange particulièrement bien les gestionnaires et les conservationnistes.

Pourtant l’écologie a revisité ses concepts fondateurs qui faisaient la part trop belle à la notion d'équilibre de la nature. De l’époque où l'on parlait d'équilibre et de stabilité des écosystèmes, nous sommes passés à celle de systèmes en perpétuel changement, dont la dynamique s'inscrit dans des trajectoires temporelles. Variabilité et hétérogénéité sont devenues les mots clés de l'écologie moderne.

On est passé d'une approche déterministe à une approche stochastique donnant un plus grand rôle au hasard et à la conjoncture. Une véritable révolution culturelle loin d'être prise en compte dans les manuels d'écologie. L'écologie se prête mal à une approche déterministe de même nature que celle qui fit le succès des sciences physiques. L’écologie souffre du « syndrome de Newton » et de la fascination exercée par la science reine : la Physique.

Beaucoup d’écologues ont encore l'idée qu'il y a des bons et mauvais états des systèmes écologiques. La littérature abonde de termes tels que dégradation, perturbation, dysfonctionnement, désordre, sans qu'ils soient définis rigoureusement.

Ils relèvent plus du jugement de valeur que d'une démarche scientifique. Il est possible par des études minutieuses de comprendre le fonctionnement de systèmes écologiques locaux, mais ces connaissances ne sont pas transférables, même à des systèmes en apparence similaires.

Et le concept d'écosystème ne sert plus qu'à maintenir qu'il y a un semblant de stabilité sur de courtes échelles de temps. Il n’existe pas de preuves convaincantes de l’existence de propriétés émergentes dans les écosystèmes, à l'instar des organismes, et c’est le concept lui-même qui en est ébranlé, avec la vision holistique du monde qui lui est souvent associée.

La conservation de la nature s’est longtemps focalisée sur la préservation des écosystèmes dont le principe fondateur est l'exclusion de l'humanité du milieu à protéger.

Recréer la nature est devenu le mot d’ordre de l’écologie de restauration. Elle offre l’opportunité de développer un savoir-faire appliqué et de tester les théories. Selon Clewell et Aronson la restauration écologique satisfait le profond désir humain de retrouver un élément de valeur perdu... quand un écosystème est restauré, il doit pouvoir s'auto-organiser, se pérenniser et être capable de se maintenir comme un écosystème non perturbé du même genre situé dans un même contexte ou paysage6.

Ce mythe, souligne Lévêque, n’est pas un objectif réaliste dans la plupart des cas. En Europe, la plupart des systèmes écologiques ont été aménagés et ont acquis une valeur patrimoniale, tels la Camargue ou la Sologne. Ils n’ont rien à voir avec des systèmes dégradés. Dans un contexte de restauration, la réponse à la question « quelle nature voulons-nous » est plus souvent abordée par des considérations idéologiques, éthiques ou esthétiques, que scientifiques.

Elle relève alors avant tout de l’application concrète de système de valeurs. Un consensus social est alors souvent plus simple à obtenir par les moyens de concertation habituelle, puisqu’elle s’affranchit de la démarche écologique, source de conflits et de complications.

La société n'a pas attendu la naissance de la science écologiste pour acquérir un savoir-faire en matière de gestion des espaces naturels et de leurs ressources. Les forestiers, comme les gestionnaires de pêche, avaient acquis un savoir-faire qui a d'ailleurs servi aux écologues.

Mais pour acquérir le statut de science, les écologues se sont démarqués des savoirs populaires. Avec une certaine arrogance, ils ont avancé leur arsenal conceptuel scientifique pour se démarquer des savoirs populaires et disqualifier les pratiques traditionnelles. Il faut pourtant élaborer des stratégies qui prennent en compte les attentes des citoyens.

Autre sujet de préoccupation pour Lévêque : l’écologie utilise de nombreux termes qui n’ont pas de signification précise, entraînant une grande confusion du langage. On a introduit la notion de « santé » des écosystèmes, une analogie ou une métaphore qui part du principe que les activités humaines entraînent des «dysfonctionnements» (ou considérés comme tels) dans les écosystèmes anthropisés. Le gestionnaire doit maintenir un écosystème en bon état de fonctionnement de même qu'un médecin doit maintenir un individu en bonne santé. Il ne semble y avoir de définition universellement acceptée de ce que serait cette santé des écosystèmes. Mais il a, de toute évidence, un fort effet d’appel auprès des gestionnaires.

Les services écosystémiques sont un gadget à la mode visant à une OPA des économistes sur l'écologie. Ses promoteurs prétendent que l’évaluation monétaire des services rendus par les écosystèmes va éclaircir le débat sur la préservation de la biodiversité.

Il faut dire que certains écologues ont joué avec le feu. Impuissants à faire entendre leur voix pour la protection de la nature, ils ont fait appel aux économistes pour essayer de donner un prix à la nature.

De là sont issus les notions de bien et de services rendu par les écosystèmes. Mais si la nature est pourvoyeuse de bienfaits, elle l’est aussi de nombreuses nuisances. La plupart des travaux ne considèrent que les aspects «positifs» de la biodiversité et des écosystèmes, en ignorant de manière délibérée les aspects «négatifs».

Et le raisonnement circulaire voulant qu’il faille maintenir l'écosystème en bon état de fonctionnement pour bénéficier de ses services ne résiste pas à la réalité des faits : les écosystèmes ont été modifiés pour fournir certains services.

Le panier des expressions ambiguës s’est enrichi des fonctions écologiques, définis comme les processus biologiques qui permettent le fonctionnement et le maintien des écosystèmes. Pourtant les écosystèmes et les fonctions écologiques ne sont pas des objets qui peuvent être identifié en tant que tels dans la nature. Ce sont des constructions intellectuelles abstraites qui dépendent dans une large mesure des objectifs que se sont fixés les observateurs ainsi que de leur représentation de la nature. Fonction et processus sont utilisés indifféremment, en sus de fonctionnalité utilisé tour à tour comme synonyme de fonction ou processus, et comme celui de fonctionnement.

Ces termes ont le défaut embarrassant de suggérer une vision mécaniste du monde qui poursuivrait un but. Ainsi un fleuve compterait parmi ses fonctions l’évacuation des eaux vers la mer et servir d’habitat pour la faune et la flore.

En outre, l’écologie, science d’observation par excellence, se transforme en science virtuelle recyclant les mêmes informations en l'absence de données nouvelles, par des chercheurs qui n'ont jamais mis les pieds sur le terrain. Certains ne veulent plus perdre de temps à collecter des données. Travaillent en laboratoire, par les maths et les microcosmes.

La vocation de l’écologie à être une science expérimentale en vraie grandeur se perd en l'étude des microcosmes ou des modèles virtuels abstraits loin des réalités du monde. Elle subit une fascination exagérée pour les mathématiques. Une kyrielle d’indices ont vu le jour, dont celui de Shannon, issus de la théorie de l’information, qui bénéficie d'une vaste littérature mais d'aucun intérêt opérationnel.

Bien souvent, des modèles mathématiques sont élaborés sans se soucier de confrontation avec la réalité environnementale. Les écologues de terrains et les mathématiciens paraissent appartenir à deux sphères déconnectées. Il faut donner plus d'importance aux observations de terrains, à l'étude des trajectoires écologiques, à leur confrontation dans des contextes donnés.

Les chercheurs sont confrontés à l’injonction Publier ou Périr. La qualité de leur travail est jugé par un certains nombres d’indices mathématiques portant sur les revues qui les publient, souvent obscurs ou discutables. Le chercheur, pour faire carrière, doit impérativement améliorer ses scores.

Et négliger d’autres activités telles qu’animation d’équipes ou enseignement. Il a tendance à saucissonner ses travaux pour améliorer ses indices, à associer ses collègues à ses articles dans une stratégie donnant-donnant. Des travaux qui ne vont pas dans le sens de la pensée dominante sont souvent refusés. Nature et Science sont des revues « people » qui n'hésitent pas à mettre en avant des titres chocs.

Cerise sur le gâteau, le chercheur français qui a pris le soin de faire relire par un anglophone son article obligatoirement en anglais, se voit fréquemment invité à revoir son anglais médiocre.

In fine, l’écologie scientifique doit avoir de grandes ambitions pour sortir du marasme actuel. L’une d’entre elle est de retrouver le chemin de la science et de prendre ses distances par rapports aux discours médiatiques et dramatisant.

La nature n'est ni bonne ni mauvaise, elle est indifférente. L'écologie doit présenter le plus objectivement possibles les conséquences des actions de l'humanité, qu’on les considère comme négatives ou positives selon nos critères.

Elle doit surtout afficher beaucoup plus clairement que les milieux sur lesquels elle travaille sont des milieux anthropisés. Elle n’a pas à entretenir la nostalgie des systèmes vierges qui relèvent le plus souvent de la mythologie, mais à travailler à une meilleure coévolution entre les milieux naturels et les activités humaines, sur base des critères locaux à débattre. Avec une écologie de synthèse ?

À l’image de la biologie de synthèse, en appliquant les principes d'ingénierie écologique qui nous permettent d'envisager de créer de nouveaux systèmes, à l'image de ce qui se fait déjà dans les parcs et jardins où on mélange des espèces issus de continents différents, et la phytoremédiation, la création de nouveaux systèmes écologiques lié à la pollution. Rien n'interdit de penser que l'on puisse aller plus loin et que de nouveaux écosystèmes pourront aussi être créés en utilisant, par exemple, les nouveaux systèmes biologiques issus de la biologie de synthèse.



1Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou, Alain Pavé et Claudine Schmidt-Lainé, À propos des introductions d’espèces, écologie et idéologies, Études rurales, 185 | 2010, 219-234.

2Gould, S.-J. La vie est belle. Paris, Le Seuil (« Points »), 1989

3Gould, S.-J., Structure de la théorie de l’évolution. Paris, Gallimard, 2006

4Jonas, H., Le principe responsabilité. Paris, Les Éditions du Cerf, 1990

5Christian Lévêque, L’écologie est-elle encore scientifique ? Quæ, 2013 – ce qui suit est un résumé, non une citation ,

6Clewell AF et Aronson J – la restauration écologique Actes Sud, 2010