Le Jour de la Terre 2017 prit une tournure toute particulière. Ce fut le jour choisi par la communauté scientifique militante pour organiser une Marche pour la Science, en réponse à l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Célèbre pour avoir professé quelques solides inepties en matières climatiques et autres sujets, il est accusé d'attitude anti-science. Les organisateurs soulignent que La Marche pour la Science démontre notre passion pour la science et résonne comme un appel à supporter et sauvegarder la communauté scientifique. De récents changements de politiques scientifiques ont causé de fortes inquiétudes chez les scientifiques. La qualification abusive de la science comme une question de partis, qui a servi de prétexte pour rejeter des preuves flagrantes, est un problème critique et urgent. Il est temps pour les personnes qui supportent la recherche et les politiques basées sur les preuves de prendre position publiquement et d'être prises en comptes.

La manifestation est hébergée par Earth Day Network, organisateur du Jour de la Terre, qui affiche des partenaires aussi ouvertement politisés que Greenpeace, le Nature Conservancy, l'Union of Concerned Scientists, Citizen Climate Lobby, Berkeley Vegan et l'AAAS. Celle-ci se joint à la marche en annonçant qu'elle est un appel aux politiciens pour appliquer des politiques basées sur la science ainsi qu'une célébration de la science et les services publiques énormes qu'elle fournit à notre démocratie, notre économie, et notre vie quotidienne.

Si la manifestation principale, massive, a lieu à Washington, d'autres sont organisées un peu partout aux États-Unis et dans le monde entier, notamment à Amsterdam, Copenhague et Bruxelles. Dans cette dernière ville, les organisateurs déclarent que la marche est explicitement un mouvement politique, visant à tenir les dirigeants politiques et scientifiques responsables. Lorsque les institutions de toutes affiliations faussent, ignorent, abusent ou interfèrent avec la science, nous devons nous exprimer. La science devrait éclairer la prise de décision politique. En même temps, les décisions politiques influencent profondément le type de science que nous sommes en mesure de faire et le type de personnes autorisées à mener des activités scientifiques et à bénéficier des progrès scientifiques. Cependant nous prenons des positions fermes sur les questions politiques sur la base des meilleures preuves scientifiques disponibles, mais nous ne laisserons pas notre mouvement être défini par un politicien ou un parti ni n'essayerons de faire progresser les perspectives d'un parti ou d'un individu. La science affecte les gens partout dans le monde, et nous voulons construire un mouvement qui peut faire progresser la capacité de la science à servir les communautés pendant très longtemps, longtemps après que les politiciens d'aujourd'hui auront quitté leurs fonctions et que les partis politiques auront évolué.

Comment pourrait-on prendre des positions fermes sur les questions politiques sans y mettre d’opinions idéologiques ? Sans poser de jugements de valeur ? Sur la base des meilleures preuves scientifiques disponibles est dangereusement illusoire.

Vu les origines religieuses du jour de la Terre, il n'est pas étonnant que des militants croyants aient fait le déplacement ou soutenu l’événement. L'AAAS, qui possède un programme de dialogue sur la Science, l'Éthique et la Religion (DoSER), mentionne diverses réactions religieuses favorables à la manifestation :

BioLogos est une organisation soutenant une vision théiste de l'évolution. Un créationnisme qui accepte l’existence de celle-ci mais maintient un credo affirmant que la Bible représente la parole de Dieu et cherche à réconcilier science et religion. Que l’évolution a une finalité. Que nous sommes tous des pécheurs contre Dieu en attente de salut. Elle diffère de la doctrine du dessein intelligent en ceci que celle-ci n’implique aucune adhésion au message chrétien. Elle a publié le témoignage de trois scientifiques favorables à la marche, lesquels ont déclaré que Le grand réformateur John Calvin a écrit : «Toute vérité vient de Dieu». En tant que chrétiens qui croient que Dieu est la source ultime de lumière et de vie, nous ne pourrions être plus d'accord. En tant que scientifiques qui croient que les lois de la nature peuvent être soigneusement exposées par une enquête empirique, nous disons de tout cœur : «Amen !»

Geoff Mitelman, directeur de Sinai and Synapse, organisation de promotion de la science dans un contexte religieux judaïque, qui portait dans la marche de New York un panneau mentionnant Science is Sacred !, raconte : Alors que je marchais, des dizaines de personnes sont venues me demander de prendre une photo. Alors que je parlais avec d'autres passionnés de science, une catholique fervente m'a dit à quel point elle valorisait la science. Une baptiste du Sud m'a dit qu'elle voyait Dieu dans le travail des scientifiques et une femme en hijab a dit : "C'est un signe étonnant ! Shabbat Shalom." Mais mon objectif en marchant n'était pas seulement de plaider pour la science. C'était pour surprendre les gens et leur montrer que nous pouvons souvent découvrir des alliés inattendus. En effet, la plupart des gens ne réalisent pas à quel point nous avons besoin de religieux pour défendre la science, et combien les scientifiques ont besoin de communiquer avec les religieux.

Suhag Shukla, directeur exécutif de la Hindu American Foundation a déclaré que La science et la méthodologie scientifique conviennent naturellement à l'hindouisme, la nôtre a toujours été une tradition d'enquête. C’est le cadre historique et théologique qui oriente nos efforts pour promouvoir des politiques soutenues par la science.



James Hansen lui-même apporta son soutien à la marche : c’est un changement attendu depuis longtemps que les scientifiques deviennent plus actifs. Les scientifiques comprennent le danger de laisser aux jeunes un système climatique hors de contrôle1.

Cette idée de perte contrôle revient souvent sous la plume de Hansen. Mais le climat peut-il être contrôlé ? Que le réchauffement climatique soit le fait de l’humanité n’implique pas qu’elle puisse le contrôler. En effet, la collaboration de l’ensemble de l’humanité est nécessaire pour cela – et des moyens techniques adéquats. Contrôler l’humanité dans son ensemble dépasse la compétence de qui que ce soit. L’idée de parvenir à contrôler le climat en vue d’atténuer le réchauffement climatique est une dangereuse illusion.

1Interview au Guardian 27012017