L'humanité est en crise. Cette crise est avant tout celle d'un monde dynamique dont la vitesse de changement augmente. C'est ensuite celle d'une perte de confiance en elle-même qui l’a poussé dans les bras de ses vieux démons religieux. Dans l'illusion du respect et de la révérence comme remèdes aux dangers qui la menacent. Dans un réflexe conservateur pour tout ce qui l'entoure, suicidaire dans un environnement au dynamisme accru qui est le nôtre aujourd'hui.

Surgissant de la nuit des temps, les vieux mythes créationnistes gouvernent à nouveau les visions dominantes du monde. L’origine des espèces a dû rendre la préséance à la Genèse. Parfois sous la mauvaise excuse d'interprétation métaphorique. Toujours sous l'influence de clichés créationnistes.

Certes rarement le créationnisme de la jeune terre, qui nie que la terre a plus de quelques milliers d'année d'existence. Un créationnisme à éclipse qui occulte tout ce qui, dans le récit biblique, est trop manifestement opposé à la réalité scientifique pour sauver du naufrage tout ce qui peut maintenir les apparences.

Et n'en est que plus dangereux. Qui nous perçoit à tort comme les intendants d'un monde bon et harmonieux.

Et qui rêve toujours de nous amener à rédemption du crime imaginaire d'un ancêtre imaginaire.

Nombre de religions ont des tendances à la culpabilisation car c’est un puissant instrument de pouvoir social. La religion chrétienne est la championne du genre toutes catégories1. Notre prétendue culpabilité est étalée partout. Souvent revendiquée.

L’emprise de la religion sur l’écologie est parfois insidieuse. Des expressions comme l’environnement, la planète, la nature, aux sens premiers bien différents, sont devenus dans le langage courant les substituts interchangeables d’un mot qu’il n’est plus politiquement correct de prononcer en public : Création !

Toujours nous en est imposé le respect comme salut à la crise présente.

Le respect ou la révérence ne sont pas plus utiles à surmonter la crise environnementale que prier Dieu pour gagner à la loterie. Vous pouvez toujours essayer. Vous avez peu de chance de gagner mais pour celui qui gagne quand même, c’est aussitôt la preuve que cette méthode est la bonne. Ceux qui perdent peuvent toujours se «consoler» en se disant qu’ils ont péché.

C’est dans la proactivité qu’il faut chercher nos solutions. Au siècle passé, il a pu sembler à beaucoup que le christianisme s’était libéré de l’emprise du récit de la Genèse. Rien n’est plus faux. Il domine encore et toujours le discours des principales églises chrétiennes jusqu’aux plus hauts niveaux.

Concernant l’origine et la structure de notre environnement, la Genèse a TOUT faux et certainement l’idée que Dieu a fait la nature bonne. De là coule l’exercice de théodicée qui fait de nous des coupables, au cœur de l’écologie politique contemporaine.

Est-ce notre faute si le soleil est cancérigène ? Nous finirons par le croire. Faute de quoi il faudrait conclure que Dieu n’a pas fait le monde bon.

Dans un monde post-darwinien, chacun devrait avoir le courage d’évaluer sa vision du monde face à la rupture conceptuelle dramatique initiée par Darwin. Pratiquement personne ne le fait. Pire, des clercs, des théologiens, des philosophes se rattachent encore en masse aux textes de la Genèse. On entend parfois que le récit de la Création en six jours peut être pris comme un récit allégorique représentant en fait plusieurs milliard d’années.

Non, car l’idée que Dieu a créé ses créatures selon les espèces ne peut être vraie car cette idée est radicalement anti darwinienne. Si Dieu existe, il a créé un monde basé sur les processus aveugles qui le façonnent encore aujourd’hui et qui sont darwiniens.

Il y a un avant et un après Darwin. Pour sortir de la vision religieuse de l’environnement omniprésente aujourd'hui, nous devons construire un monde véritablement post-darwinien, qui reconnaisse et accepte la rupture initiée par Darwin et intègre toutes les notions environnementales développées ensuite, débarrassées de leurs gangues spirituelles et religieuses.

Non, les écosystèmes n'ont pas de santé, bonne ou mauvaise, non les espèces ne méritent pas le culte qu'on leur porte et non, nous ne sommes pas les intendants de Dieu sur terre. L’écothéologie et la foi des charbonniers naturiste ont bouleversé les rapports de la religion avec la politique et la société en ceci qu’au culte chrétien traditionnel pour le Créateur elles ont ajouté un culte pour la Création.

Celui-ci exerce un pouvoir attractif très fort, non seulement sur les croyants mais aussi sur la grande masse des gens qui ont perdu la foi en l’existence du Dieu biblique mais ont gardé un esprit profondément religieux.

Ainsi le Pape François, imitant l’Église orthodoxe, a fait du premier septembre un jour de sauvegarde de la Création. Les questions de savoir si Dieu existe et si Jésus-Christ était son fils sont des opinions purement individuelles qui ne méritent pas qu’on se dispute. La sacralisation de l’environnement et la diabolisation de l’impact humain sur celui-ci mènent inéluctablement à des conflits humains plus graves.

Invoquant l’écologie en paravent à sa religiosité, une grande partie du monde, Europe en tête, sombre dans un profond obscurantisme naturiste.

L’année 2019 voit de gigantesques manifestions de citoyens désorientés par un bombardement continu de propagande apocalyptique qui souligne cruellement l’inefficacité des politiques climatiques. On réclame des solutions, sans en proposer de crédible. Phénomène nouveau, des grèves pour le climat sont menées dans de nombreux pays par des écoliers emmenés par la jeune Greta Thunberg.

Les révoltes des jeunes pousses contre les vieilles barbes ne sont pas nouvelles mais celle-ci à une caractéristique extraordinaire : cette révolte de la jeunesse est soutenue par une grande partie des vieilles barbes.

Certains disent : manipulées par elles. Tout particulièrement celles qui luttent en vain depuis quarante ans pour ralentir le réchauffement climatique et protéger la biodiversité.

Loin d’admettre l’utopie de la tentative de contrôle de l’ensemble de l’humanité nécessaire au projet, ils voient dans la révolte des écoliers la réalisation de leurs rêves. Ainsi, Robert Watson, dans sa communication sur le rapport 2019 de l’IBPES, qui provoqua le déchaînement hystérique de 2019, écrit que depuis les jeunes leaders d’opinion mondiaux du mouvement #VoiceforthePlanet jusqu’aux grèves des étudiants pour le climat, il y a une vague de fond qui montre que les jeunes comprennent qu'une action urgente est nécessaire si nous voulons assurer un semblant d’avenir durable.

À une réunion extraordinaire de l’ONU pour le climat, Greta Thunberg se lance dans une invective qui a tout des prêches culpabilisantes des prêtres en chaire. Elle accuse les grands de ce monde de lui avoir volé ses rêves et son enfance, accusation puérile et incongrue au siège de l’ONU qui fait pourtant fureur sur les médias. On aperçoit en arrière-plan l’un ou l’autre ponte qui secoue gravement la tête en signe d’approbation. Le président des États-Unis, Donald Trump, qui ne brille pas par son aménité, en rigole ouvertement. L’évènement fait le tour de la planète bien que Thunberg n’ait aucune solution nouvelle à avancer en fait d’atténuation climatique.

À la même époque, les appels en faveur de l’adaptation lancés par Ban Ki Moon et Bill Gates ne recueillent qu’un accueil poli. C’est pourtant là que se joue l’essentiel du futur de l’humanité. Encore très rares sont les articles de presse sur l’effort d’adaptation. Exceptionnels en première page. On trouve bien de temps à autre un article qui, dans le contexte français, porte souvent sur la date anticipée des vendanges, et, malheur, les changements à attendre dans le goût du vin. On prédit même, oh horreur, la disparition du cépage Riesling en Alsace ! Nos descendants devront-ils boire du Riesling suédois ? Si c’était là tout le drame du réchauffement climatique !

Lorsque la presse belge montre la photo d’une adolescente brandissant un carton proclamant Noble terre, ô mère chérie, à toi notre cœur, à toi notre sang, nous le jurons, tous, tu vivras2, personne ne s’alarme de la montée de ce fanatisme mystique dans notre jeunesse.

Pire, on applaudit. On voit apparaître une nouvelle forme de pathologie : l’éco-dépression. Touchant prioritairement les jeunes fragilisés par l’atmosphère apocalyptique et l’absence manifeste de solution, elle plonge les victimes dans un désespoir environnemental dont il est fort difficile de les faire sortir.

L’Union Européenne surenchérit dans l’exaltation. Elle se lance dans un grand Green Deal qui vise à faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone – en oubliant apparemment qu’elle a exporté une grande partie de son empreinte carbone à l’autre bout de la terre.

Pas tout à fait car ressurgit le vieux projet de taxe carbone aux frontières. Un must, si l’Europe veut mettre fin à l’exportation de son empreinte carbone vers les pays émergents. Mais il faudrait assumer la comptabilité carbone défavorable qui en résulterait. Déjà se profile une stratégie malsaine de l’exception qui maintiendrait des fuites d’empreinte carbone hors de ses frontières.

Frans Timmermans, le Vice-Président socialiste de la commission européenne, proclame que Mother Earth en a assez de notre comportement. On est bien loin du socialisme matérialiste de Tansley lorsqu’il inventa l’écosystème. La déification de la planète est accomplie, elle nous fait savoir son mécontentement par la voix du plus haut dignitaire socialiste de l’Union Européenne. Charles Michel, le président libéral du Conseil européen, proclame que l’Europe a signé un traité de paix avec la planète. Étions-nous en guerre ? Non, la mystique de la culpabilité règne en maître au plus haut niveau. Les mauvaises langues se demandent si Dieu a signé comme témoin...faute de quoi la planète s’est probablement fait avoir. Mais où sont donc passés les libres penseurs d’antan ? L’Europe, de continent des Lumières, est devenue celui de l’Obscurantisme. Naturiste. On voit les formations politiques jadis matérialistes et sécularistes se convertir à la religion triomphante.

Pour Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, le Green deal sera l’équivalent européen de la conquête de la lune. De fait, l’Europe tombe dans le travers climatique habituel de tirer des plans sur la comète. On pense au grand bond en avant chinois sur fond de retour à Éden. Elle fixe des échéances arbitraires, ouvre des budgets avant de les avoir financés. Le tout sans accord politique mondial et sans solutions technologiques crédibles. Elles devront suivre l’échéancier idéologique. Quand l’Europe sera zéro carbone, tout le monde va suivre son exemple. C’est certain. Les dirigeants européens le croient-ils vraiment ou pensent-ils avant tout à laver leurs âmes du pêché contre l’environnement ? Qu’ils prennent garde, car pour s’être coupés du monde réel, celui-ci pourrait provoquer la chute de leur régime.

Aux premiers temps de l’écologie politique, certains l’accusaient de vouloir ramener l’humanité au moyen-âge. C’était injuste et faux. L’histoire ne recule jamais. Peut-être la décadence actuelle est-elle un moyen-âge, mais alors c’est un nouveau moyen-âge. Encore que, pour mériter ce nom, il faudrait que survienne une nouvelle renaissance. Faute de quoi le déclin actuel sera irréversible.

Lynn White avait tort. Le christianisme est innocent de la crise environnementale. Quantités d'autres cultures ont commis et commettent encore des erreurs similaires. Sans doute est-ce cette perversion de la culpabilisation qui l'a poussé à accuser sa propre religion.

Cobb, sur qui l’influence de White fut importante, l’a clairement exprimé : Ma nouvelle vocation fut de critiquer la théologie Protestante qui m’avait guidé, et bien d’autres, à être aveugle à la dépendance de la vie humaine de systèmes écologiques plus vastes. Nous, les Protestants, avions beaucoup de responsabilité pour la cécité de notre société entière. Nous fûmes appelés à nous repentir3.

David Ehrenfeld avait tort. L'humanisme n'est pas plus coupable de la crise environnementale que le christianisme. Et pas plus arrogant que les adeptes de la religion verte qui s'imaginent capables d'atténuer substantiellement le réchauffement climatique et s’obstinent à vouloir conserver la nature telle qu’ils la rêvent, voire à restaurer un jardin d’Éden qui n’a jamais existé. L’autoflagellation se cumule avec la culpabilisation car c’est leur propre culture qu’ils attaquent.

L’humanité ne peut-elle pas résoudre ses problèmes elle-même ? Mais qui donc le ferait à sa place ? Reconnaître qu’il faut sortir de l’illusion que nous pouvons tout contrôler n’implique pas de s’illusionner sur la possibilité d’une aide extérieure, de se réfugier dans le respect ou la révérence dans l’espoir d’un secours qui ne viendra jamais.

Car le seul espoir est en nous.

Pour sortir du piège vert dans lequel nous sommes tombés, nous avons besoin d’une véritable renaissance humaniste. L’humanisme est la boussole morale dans un monde sans finalité à laquelle Herman Daly ne croyait pas.

Ehrenfeld avait raison de noter qu’il y a autant de définitions de l’humanisme que d’humanistes. Je ne vous infligerai pas la mienne mais notez que pour tout humaniste une certaine conception de l’humanité ou des personnes humaines est le but et la préoccupation première de ses objectifs sociaux et politiques.

Anthropocentriste ? Ouuui ! Et alors ?

Il est vrai que notre monde darwinien impose une métaphysique qui rejette toute position centrale à l’humanité. Nous ne sommes que les accidents d’une vieille histoire. Pour Gould Homo Sapiens est un détail dans l’histoire de la vie4.

Il n’en est pas de même dans le contexte politique. Nous sommes les seuls sur terre à pouvoir qualifier l’évolution actuelle de crise.

Et lui trouver des solutions. Humaines. La terre s’en fout. La nature s’en fout. L’environnement s’en fout.

Et la Création biblique qu’ils remplacent dans le discours dominant n’a jamais existé. Tant que les principales églises chrétiennes n’auront pas reconnu officiellement que ni le jardin d’Éden, ni le péché originel n’ont jamais existé et rejeté leurs transpositions allégoriques et métaphoriques, nous ne pourrons avoir une gestion humaniste de la crise environnementale. En Occident, la seule définition finalement cohérente de naturel est : fait directement par Dieu, avant le péché originel. Quand la Création était encore bonne. Avant d’être corrompue par la révolte de l’humanité contre Dieu.

Mais c’est un mythe, vide de toute crédibilité. Il n’existe pas deux mondes, un monde naturel – ou sauvage – et un monde humain ou artificiel.

C’est pour ça que, dans le monde réel, naturel de veut rien dire. Et c’est pour ça que c’est une vérité si difficile à accepter pour beaucoup d’Occidentaux. Souvent victimes inconscientes de la foi du charbonnier naturiste. L’obsession de nous voir extérieurs à la nature s’est transformée d’un sentiment de sélection divine en un sentiment de culpabilité et de rejet de nous-même mais c’est la même erreur.

Il est urgent de purger le naturel de nos législations. Ce mot qui ne veut rien dire mais peut tout dire devrait être rayé des lois.

Il ne suffit pas de dire qu’une substance n’est pas nécessairement bonne parce qu’elle est naturelle, il faut mettre en cause l’existence même du concept «naturel». Et il est urgent de purger la sémantique édénique de nos législation et de notre façon de parler de l’environnement.


Notre renaissance humaniste devrait s’accompagner d’une libre pensée environnementale qui nous réapprendra à regarder l’environnent tel qu’il est. Accompagnée d’une solide dose de pragmatisme. Pour suppléer à l’objectivité mise à mal par le post-modernisme.

Notre renaissance humaniste doit donner une place primordiale à la crise environnementale mais pour chercher les solutions les plus favorables à l’humanité sans jamais donner de valeur intrinsèque à l’environnement.

Loin des clichés religieux sur la bonté du monde et le péché originel qui n’ont jamais existé. Humanisme et écologie ne font pas bon ménage. L’un est anthropocentriste, l’autre est biocentriste – et méprise l’anthropocentrisme. L’humaniste met sa conception de l’humanité au centre de ses préoccupations. L’écologiste met sa conception de la vie au centre des siennes. L’humaniste cherche à rendre l’environnement bon pour l’humanité. L’écologiste veux rendre l’humanité bonne pour l’environnement, dans l’illusion que l’environnement est intrinsèquement bon. Ces deux visions sont incompatibles. Quand tout va bien, l’humanisme mène à la démocratie. L’écologie mène à la biocratie, avec son cortège de droits donnés aux formes de vie telles que les espèces. Voire à des entités inertes comme les fleuves.

On parle même de crime contre le climat ou d’écocide – comme si le climat, les écosystèmes ou l’environnement avaient une personnalité leur permettant de ressentir un dommage. Ce faisant, on les habille d’une valeur intrinsèque qui, comme dans le cas de la biodiversité, nous prive de tout débat de valeurs les concernant. Aboli le droit d’aborder notre environnement sur base de valeurs humanistes.

La biocratie s’impose petit à petit en donnant une personnalité juridique à quantité de concepts sans humanité. Sous l'influence de l'écologie politique, les législations se déshumanisent un peu partout.

L’écologie déshumanise car elle conçoit le droit comme l’émanation d’une réalité qui nous est supérieure. Elle croit qu’il existe des lois universelles que nous avons la capacité mais non le droit moral d’enfreindre. C’est l’essence de la religion.

Le passage de l’anthropocentrisme humaniste au biocentrisme écologiste entraîne celui de la démocratie vers la biocratie. L’humanisme voit le droit comme le fait des hommes et ce qui lie leurs sociétés. Il peut donner des droits aux animaux – comme des compagnons de route qui sont aussi des personnes non-humaines – mais ne se soucie guère de conférer des droits à de simples formes telles que des espèces.

L’écologie impose des zones «protégées» de plus en plus gigantesques. Protégées contre qui ? Contre l’humanité, éternelle coupable de porter atteinte à la Création. Humanité qui, dans un monde écologiste, se condamne et s’exclut elle-même d’une grande partie de la planète – de la Création.

La protection de la nature est en réalité un saccage de la vision humaniste de l’environnement, patiemment bâtie depuis des siècles. L’avancée des surfaces édéniques est aussi inquiétante que celle des déserts.

Certains vont hurler en lisant tout cela. Il est de bon ton de donner des masques humanistes à l’action environnementale et beaucoup bâtissent des systèmes philosophiques pour concilier les deux. C’est marier l’eau et le feu. Souvent ils sont attaqués comme n’étant pas de vrais écologistes. Les contradictions de leurs démarches prêtent le flan à cette critique.

Seuls les écologistes qui revendiquent leur anti-humanisme sont à la fois sincères et cohérents.

Pour paraphraser Northbourne, les écologistes qui mettent l’environnement au-dessus de l’humanité sans même assumer leur antihumanisme, ne sont pas les moins dangereux. Wilson, par exemple, se veut sincèrement humaniste5 mais donne toujours la préséance à la valeur intrinsèque, à la wilderness, sur les valeurs humanistes, allant jusqu’à dénigrer la domestication elle même.

Les visions environnementales de l’écologisme profond et de l’écothéologie ont une plus grande cohérence car elles sont bâties sur un monde virtuel qui n’existe pas. Complètement coupées des réalités humaines comme environnementales.

En pratique, l’humanité doit toujours céder la place face à la biocratie. Le berger doit sacrifier ses moutons au culte du loup. L’agriculteur doit sacrifier son art et une partie de ses terres au culte de la biodiversité. Utiliser les pesticides imposés par un credo plutôt que par une gestion rationnelle des risques.

Et sacrifier sa productivité au nom de ces mêmes idéologies qui la conçoivent volontairement sous-performante. L’agriculture ne pourra pas nourrir l’ensemble de l’humanité ? Les idéologues vous répliquent qu’il y a trop de monde sur terre. De plus en plus d’occidentaux en sont persuadés. Les plus conséquents avec eux-mêmes se refusent à faire des enfants. Laissant ainsi la place à ceux qui aiment les familles nombreuses. Stratégie perdante à coup sûr.

L’humaniste affirme qu’il faut lutter pour adapter l’agriculture à la réalité démographique ? L’écologiste lui répond que la planète n’y arrivera pas. La vision écologiste de la planète ne le pourra pas, c’est sûr. Car elle a été conçue pour ne pas y arriver. Inutile d’essayer. La planète – la Création – d’abord. L’humanité après.

Et si l’humaniste cherche des solutions novatrices ? Interdites. Car elles ne seraient pas naturelles.

Çà ne veux rien dire ? Vous n’avez rien à dire. À tout hasard, on peut toujours invoquer le principe de précaution. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Aujourd’hui, l’ignorance légitime l’interdiction. De droit.

En matière d’environnement, il ne faut pas s’égarer dans l’éthique. L’éthique est purement humaine. Nous n’allons pas surmonter la crise environnementale avec de l’éthique mais avec du bon sens pragmatique et humaniste.

Il n’y pas d’éthique ou de morale dans la nature. Pas de loi du plus fort non plus, car ce serait encore une morale.

Lynn White avait raison. Le darwinisme a échoué à convaincre que l’humanité n’est qu’un phénomène naturel comme un autre. Il ne faut pourtant pas baisser les bras. Corriger le tir en enseignant à la jeunesse les théories de l’évolution darwinienne et post-darwinienne de manière beaucoup plus approfondie. Qu’elle ait la possibilité d’interpréter les politiques environnementales sur base d’une vision crédible de l’environnement.

Que les jeunes reçoivent aussi la chance de comprendre qu’un monde harmonieux est absurde et que vivre en harmonie avec la nature est un non-sens.

Qu’ils puissent percevoir toute la beauté du monde aveugle qui est le nôtre, bien supérieur à la fadeur d’un monde qui ne serait qu’harmonieux. Et les risques et dangers que nous impose ce si beau monde.

Non, l'humanité n'est pas une perturbatrice d'harmonie, c'est la perturbatrice d’un monde aveugle. Et la plus grande créatrice dans la nature actuelle.

Combien de personnes savent-elles que la notion d’espèce n’admet pas de définition claire et complète ? Car concept biblique inadapté à la réalité du monde vivant façonné par les mécanismes aveugles de la sélection naturelle. Les espèces, aux sens bibliques de moule ou d’essence, n’existent pas. Ce qui n’empêche pas de puiser dans la masse des définitions proposées celle qui convient à tel ou tel travail pratique, comme outil de travail. En restant conscient qu’aucune ne peut s’étendre à l’ensemble de la vie.

Il faut éviter un malentendu. Lorsque je critique les liens entre l’écologie et la religion, beaucoup me répondent que ce ne serait le cas que de l’écologie «extrémiste». Avoir une vision religieuse ou spirituelle n’est un rien un extrémisme. La grande majorité des gens sont croyants et cela influence le plus souvent leur vision de l’environnement. Il n’y a aucun extrémisme à cela.

Et c’est le droit de tout le monde d’avoir un credo. Mais ces visions de la crise environnementale sont extrêmement éloignées de la réalité du monde qui tient certainement plus de Darwin et de ses successeurs que de la Bible. Et sans une vision adéquate de l’environnement, les dégâts de la crise ne peuvent qu’être accentués. Une renaissance humaniste implique de comprendre que l’humanité s’est développée petit à petit par essais, erreurs, et leurs corrections.

Pas par le principe de précaution. Pas par le culte de la biodiversité. Pas par la révérence ou la conservation.


L’humanisme implique aussi donner la priorité à l’agriculture sur la conservation de la nature – bien sûr une agriculture pérenne, pour éviter le mot ambigu de durable. Retrouver le chemin de l’humanisme est la condition pour réussir l’anthropocène – non la mystique transition écologique, vouée à l’échec – et en faire l’ère d’une humanité décomplexée.

L’agriculture est l’autre domaine qui doit être mieux enseigné dans les écoles. Non pas que les enfants des villes aient besoin de savoir comment faire pousser des betteraves, mais parce qu’ils devraient mieux comprendre les enjeux et les difficultés des agriculteurs qui les nourrissent. Les agriculteurs connaissent une crise humaine, celle d’une société qui ne les comprend plus, faute d’être assez nombreux pour influencer le discours dominant.

L’agriculture en général et l’élevage tout particulièrement rejoignent les biotechnologies et les pesticides «synthétiques» dans la catégorie des condamnés d’avance.

Elle doit subir une foultitude de labels idéologiques, qui la cancérisent petit à petit, bio en tête. Dans le discours dominant aujourd’hui, l’agriculture produit trop de CO2, l’élevage consomme trop d’eau, de surfaces cultivables. Il faut réduire sa consommation de viande. Inutile de tenter de réduire l’empreinte carbone par de nouvelles technologies... on n’y arrivera pas.

Inutile d’essayer. Sauf à manger moins de viande, à manger bio, à restaurer la biodiversité supposée maltraitée par les agriculteurs.

En contraste avec les énergies renouvelables, auxquelles on pardonne d’avance toutes les failles et pollutions en attendant les lendemains qui chantent vert, l’agriculture doit s’adapter sans délai.

Ce devrait être l’inverse : l’agriculture nous nourrit, ses objectifs de développement durable doivent être adaptés prioritairement à l’objectif de nourrir au moins dix ou douze milliards de personnes. La réduction de son empreinte carbone adaptée à cet objectif. L’agriculture est bien la dernière activité humaine à devoir sacrifier sa productivité à la lutte climatique. Et seulement si la lutte contre la faim est gagnée. Allons-nous sacrifier des milliards de personnes pour la satisfaction morale de lutter contre le réchauffement ? Pour racheter nos péchés contre la Création ? Mieux vaut un monde plus chaud qu’un monde plus affamé.

Nous allons avoir les deux, sans même avoir suffisamment anticipé l’adaptation climatique tout en brimant l’agriculture.

L’agriculture est une tentative d’introduire diverses formes de conscience dans un monde aveugle, toujours prêt à écraser le travail de l’agriculteur, sans même s’en rendre compte. La nature est aveugle et sourde. Elle ne se soucie pas de nous laisser faire de l’agriculture ni de l'empêcher. Elle l'indiffère. Elle n'écoute pas nos prières, n'accepte pas nos offrandes. Un champ n’est pas le jardin d’Éden. C’est un combat permanent.

Nous avons besoin d’une agriculture en phase avec la philosophie du développement durable, respectueuse de l’humanité et ouvertement blasphématoire face à la religion naturiste qui nous est imposée au nom de l’écologie. Capable de renverser tous les veaux d’or érigés sur son chemin.

Et le véritable défi du développement durable est d’augmenter notre empreinte environnementale de manière soutenable. Le dire est déjà un blasphème.

Nous n’avons pas besoin d’un Green Deal. Nous avons besoin d’un Human Deal.

Nous avons besoin d’une biologie de l’adaptation pour remplacer la biologie de conservation. Celle-ci a fait trop de mal, gaspillé trop de ressources humaines et financières, exclut trop d’humains de leur environnement. Pour un échec final inéluctable face à un monde changeant vite.

Pour son fondateur, Soulé, c’est une discipline orientée mission, qui est à la biologie ce que la guerre est aux sciences politiques. Avec le chantage émotionnel pour arme redoutable. Pour quelle mission? Sauver la création ! La guerre contre qui ? Contre l’humanisme, en suite d’Ehrenfeld, fondateur de la revue Conservation Biology. Et que devient alors l’humanité ?

Il y a un sérieux danger que les prêches d’apocalypses se transforment en prophéties auto-réalisatrices. Pour avoir négligé nos meilleures chances de surmonter la crise environnementale par l’adaptation, pour avoir gaspillé des sommes folles à des stratégies d’atténuation inefficaces et au culte de la biodiversité, nous courons à la catastrophe que nous voulons éviter. Et les prophètes d’apocalypse auront beau jeu de dire : Vous voyez bien que nous avions raison !

Faudra-t-il fonder un Front de libération de l’humanité ou une ONG Mankind First ! pour nous délivrer des dénigrements dont nous sommes victimes ?


Me voici arrivé au terme de ma quête qui visait, au départ, à comprendre pourquoi le mécréant que je suis est obligé de subir la loi d’une théocratie naturiste de plus en plus éloignée de la réalité du monde qui nous entoure. Au passage, j’ai appris avec tristesse qu’une partie du monde scientifique s’est égarée sur les chemins boueux du militantisme, nous imposant ses errements idéologiques, spirituels et religieux.

Gould a écrit : les scientifiques disposent d’un certain pouvoir, du fait du respect inspiré par leur discipline. Ils peuvent donc être vivement tentés de se servir de ce pouvoir pour favoriser un préjugé personnel ou un but social particulier – et pourquoi ne pas donner un coup de pouce à une préférence personnelle dans le domaine de l’éthique ou de la politique, en la présentant sous le couvert de la science ? Mais il faut absolument qu’ils évitent cela, s’ils ne veulent pas perdre ce respect même qui les conduit à la tentation6.


Aujourd’hui, il existe des branches entières de la science qui ont la politique comme but premier. La tribu des scientifiques qui ne pensent qu'à conserver l’environnement est portée aux nues. Celle qui cherche à le comprendre, laissée dans l'ombre. Et celle qui cherche à le modifier pour le bien de l'humanité, vouée aux gémonies. Cela pourrait changer. Cela devrait changer !


Il faut remercier ces climatologues qui nous ont prévenus du péril climatique. Moins convainquant fut leur engagement en faveur de son atténuation. Certes, la plupart ont insisté sur la nécessité de s’adapter aussi. Mais cette partie de leur message est tombée dans des oreilles de sourds.

La culpabilisation a joué à fond en faveur de l’atténuation et en défaveur de l’adaptation. Pour des raisons essentiellement religieuses. Nous voici confrontés à une pléthore de solutions bidon pour la première alors que la deuxième peine encore à décoller.

Bien sûr, l’incapacité des dirigeants politiques mondiaux à s’entendre pour trouver des solutions est la cause première de l’échec. Mais cet échec était facile à prévoir vu l’impossibilité de contrôler l’ensemble de l’humanité et bien des scientifiques ont erré par naïveté politique en lançant la lutte climatique.

Beaucoup plus consternant est le combat pour la biodiversité. Bien que née au sein du monde scientifique, elle n’est en rien un concept scientifique. Elle n’est pas née d’une soif de connaissance, mais d’un besoin d’influence politique au service d’une vision conservatrice et religieuse du monde.

Si le concept de biodiversité était scientifique, il se serait effondré depuis longtemps sous le poids de ses contradictions internes, rejoignant le phlogistique et l’éther dans les poubelles de l’histoire des mauvaises sciences.

À l’origine slogan pour une vision conservatrice de l’environnement, brandi par un groupe de scientifiques pour beaucoup en pleine crise spirituelle, car ayant perdu la foi au Dieu de leurs ancêtres sans pour autant pouvoir se libérer de la vision religieuse du monde elle-même, la biodiversité leur a échappée pour devenir une chimère à trois têtes, biologique, culturelle et spirituelle, qui se chamaillent à l’occasion mais se réconcilient pour combattre toute personne remettant en cause leur légitimité. Encore la tête biologique est-elle celle, hautement politisée, de la biologie de conservation, les deux autres étant fortement marquées de relativisme post-moderne.

Au contraire, les notions de réchauffement et de refroidissement climatique sont des concepts objectifs, entrés dans la science occidentale au XIXème siècle à l’occasion de la découverte des ères glaciaires et de leur alternance avec des périodes plus chaudes.

Dans les années soixante-dix, une petite querelle a opposé les climatologues croyant au réchauffement par le CO2 à ceux qui penchaient vers un refroidissement dû aux émissions industrielles. Ce sont des faits objectifs qui, vers 1980, ont tranché la querelle du changement climatique en faveur du réchauffement.

Rien d’objectif dans la biodiversité. On lui faire dire ce qu’on veut. Gare cependant à celui qui s’éloigne du dogme de la valeur intrinsèque de la biodiversité.

Conserver est la raison d’être du concept. À la rigueur restaurer. Non créer de la diversité. Haro sur les formes de vie exotiques ou crées par l’humanité, même quand elles peuvent augmenter la biodiversité tout autant qu’aider au développement humain.

Nous avons vu que les climatologues alarmistes de la première heure n’hésitaient pas à montrer leur agacement face aux excès des ONG environnementales, même s’ils leur gardaient généralement leur sympathie, convergence politique oblige.

Rien de tel chez les inventeurs de la biodiversité, qui font eux-mêmes partie du problème. On les retrouve en effet souvent dans des postes de direction ou de conseil au sein de ces ONG. À la source de leurs excès. Darwiniens côté cour et religieux côté jardin.

Relevons que Cobb a souligné que les scientifiques hautement formés sont autant que les personnes peu éduquées susceptibles de succomber à l'autoritarisme dans les domaines de l'éthique et de la religion7.

La biodiversité n’est pas un marqueur crédible pour la crise environnementale actuelle. Ni le concept d’espèce, qui n’est pas fiable.

L’espèce n’est un outil conceptuel fertile que tant qu’on est conscient de ses limites. Si les ersatz contemporains reflètent bien une réalité approximative de l’évolution, la multiplicité des définitions et leur incomplétude reflètent l’aveuglement de ses mécanismes.

Inéluctablement, la diversité des définitions entraîne la classification de certaines formes de vie comme espèces par les uns et comme variétés par les autres comme l’avait très justement relevé Darwin dans l’Origine des espèces. Sans oublier le monde ultra nominaliste des microbiologistes.

Remarquons que le fait que nous définissions les espèces pour notre facilité n’implique pas que ces choix soient complètement arbitraires. Nous les motivons d’arguments rationnels, mais ceux-ci diffèrent pour les animaux, les plantes, les micro-organismes et même à l’intérieur des royaumes du monde vivant, diffèrent selon les visions des différents scientifiques qui en font usage.

Un grand nombre de ce que nous appelons espèces peuvent disparaître sans que nous ne remarquions rien.

Inversement, augmenter localement le nombre des espèces ne nous protège en rien des foudres des conservationnistes si une seule espèce endémique venait à disparaître. L’origine biblique du concept en fait le vecteur idéal de la culpabilisation.

Nous avons une fâcheuse tendance à vouloir achever ce que l’évolution n’a pu faire en conférant une valeur intrinsèque aux espèces et à la biodiversité elle-même. Elles n’en ont pas.

Et les partisans de cette valeur intrinsèque sont très convaincants à démontrer la faiblesse des arguments en faveur des valeurs utilitaires. Elles ne sont, au mieux, qu’occasionnelles, liées à des circonstances locales bien particulières. Donner un sens global aux valeurs utilitaires de la biodiversité, c’est faire rentrer la valeur intrinsèque par la porte de derrière.

En partant d’un concept approximatif ou erroné, on induit des politiques erronées. Nous vivons une époque où les espèces deviennent des sujets de droits. Des sujets de cultes. Des moyens de faire peur. En agitant leur disparition.

Dans ce contexte, le flou du concept n’est plus acceptable. Il est urgent de désacraliser l’espèce. Comme les autres formes de vie, car on constate une fuite en avant visant à conserver les variétés, même les genres, comme le montre le dilemme sur les rats des îles Ryukyu et du Sri Lanka.

Le concept d’écosystème ne vaut guère mieux quand on se rappelle de l’avertissement de Tansley. C’est un découpage conceptuel de l’environnement qui a pour but de nous en faciliter l’étude. Cela ne devrait jamais être un sujet de respect. Et la diversité intraspécifique c’est le brouillard qui cache le flou de l’ensemble.


Pourtant, crise environnementale il y a. Celle d’un monde dynamique dont la vitesse de changement augmente. Avec un flux constant de déchets à gérer pour ne pas se faire submerger. On ne peut accumuler sans fin des plastiques dans les océans. Un problème sérieux...non un sacrilège.

À ceci va probablement s’ajouter tôt ou tard une crise généralisée des ressources non-renouvelables. C’est une erreur de jugement que de nous y croire déjà. Bien sûr il serait sage de pouvoir l’anticiper. Malheureusement le fait que nous ne vivions pas encore dans une crise de la pénurie empêche de filtrer le bon grain de l’ivraie, les solutions idéologiques bidon des solutions pragmatiques applicables.

Ceux qui, tel Ehrlich, ont jadis prédit un effondrement imminent se sont lourdement trompés. Ça ne veut pas dire qu’ils auront toujours tort. Nous n’avons même pas atteint l’échéance pronostiquée par The Limits to Growth pour l’effondrement général.

L’industrie de la peur environnementale non seulement exagère les dangers de certains aspects particuliers de la crise environnementale, mais surestime encore plus l’innocuité de l’environnement «naturel». Effet pervers qui pousse à toujours plus de conservatisme.

Nos dirigeants devraient apprendre à se libérer des manipulations sémantiques omniprésentes dans le discours écologiste dominant.

Reprendre la main sur la définition de concept tels que le danger, paraphrasant Bolin en considérant que les scientifiques ne peuvent fournir que des réponses techniques aux problèmes techniques et économiques et qu’ils doivent laisser aux citoyens et aux responsables politiques le soin de juger à quel point un problème environnemental pourrait-être sérieux, l’urgence des mesures spécifiques à prendre et plus généralement des questions de valeurs.

Écouter les experts en risques, sans absorber leurs valeurs idéologiques, pour adapter leurs commentaires aux réalités.

Cesser de courber l’échine devant les prêcheurs de catastrophe, les grands prêtres naturistes, et la société civile des ONG «vertes» dont ils devraient abolir les privilèges. Cesser de faire des lois pour le jardin d’Éden mais en faire pour le monde réel. Cesser de se faire les chantres des visions religieuses du monde telles que l’agriculture biologique. Se libérer des gourous en tout genre.

Rendre l’environnement à ceux qu’il environne, et surtout leur rendre le débat de valeurs sur l’environnement, confisqué depuis des décennies par la Nébuleuse née de la mondialisation.

Il faut réhabiliter le hasard et le remettre à sa juste place.

Non, l’évolution n’est pas le résultat du hasard seul, mais du hasard et de la sélection – à travers les processus de la reproduction. Ensemble ils forment la sélection naturelle. La sélection est un processus logique qui empêche le hasard de mener au chaos.

La combinaison des trois donne un monde aveugle qui n’est ni chaos ni ordre, un monde où rien n’est conçu pour une fin spécifique. Où tout interfère sans pour autant former un monde organiquement interconnecté. Où interférences se font et se défont en permanence. Où tout doit se découvrir sans tomber dans le piège de tout réduire à un monde de formes. La sélection naturelle ne complète jamais les formes qu’elle nous semble esquisser.


Nous avons trois grands défis à relever : nourrir une population annoncée autour de dix à douze milliards de personnes, nous adapter au réchauffement climatique et l’atténuer à la mesure de nos possibilités et nous libérer de la domination écologiste et de la biocratie qui en découle.

Retrouver les chemins de la démocratie implique de sortir de ceux de la biocratie. De renverser les idoles nées de la sacralisation des concepts écologiques. Environnement, espèce, écosystème, nature, planète, biodiversité, climat ne méritent aucun culte.

Il faut réapprendre à respecter l’humanité, non l’environnement, la planète, la biodiversité. Œuvrer à un environnement bon pour l’humanité plutôt qu’à une humanité bonne pour l’environnement.

Sauver la planète ? Si elle pouvait parler, elle dirait : non merci ! Elle ne se soucie pas de nous. D’être plus chaude ou plus froide, de la disparition des pangolins et des diplodocus – elle ne sait pas ce qu’est la biodiversité et personne ne le sait vraiment. Elle est aveugle et inconsciente et poursuit son petit bonhomme de chemin sans rien nous demander. Remarquez que refuser de respecter l’environnement n’autorise pas à jeter ses ordures n’importe où ; il y a assez d’arguments humanistes pour refuser ce comportement sans se croire tenu au respect.

Il faut briser un tabou : les écologistes n’ont pas le monopole de l’intérêt pour les problèmes environnementaux. Ce n’est pas parce que je ne suis pas écologiste que je ne m’intéresse pas aux problèmes d’environnement. Au contraire, c’est parce que je m’intéresse aux problèmes d’environnement que je ne suis pas écologiste.

Osez ! Osez dire que vous n’êtes pas écologiste. Parce que vous avez une autre religion ou parce que vous n’en avez pas…. parce que vous êtes agnostique, parce que vous êtes athée... Ou tout simplement, dites avec moi : non, je ne suis pas écologiste. Parce que je suis humaniste.



1Le péché originel est secondaire chez les juifs. Chez les musulmans, Dieu pardonne à Adam (selon l’Encyclopedia of Religion and Nature, p312)

2J’y réfléchis, site de Vers l’avenir, 12 avril 2019

3John Cobb, Encyclopedia of Religion and Nature, p394, Bron Taylor, Continuum 2008

4Stephen J.Gould, La vie est belle, Éditions du Seuil, 1991 (original : 1989)

5E.O. Wilson, Naturalist, p369, Island Press 2006

6Stephen Jay Gould, La foire aux dinosaures, p533 Éditions du Seuil 1993 (1991 pour l’original)

7John Cobb in Sheila Greeve Davaney, Theology at the End of Modernity, p181, Trinity Press International, 1991