Le Sommet des Consciences pour le Climat fut une réunion préparatoire à la COP21 tenue à Paris en juillet 2015, à l’initiative de Nicolas Hulot, Envoyé spécial du Président de la République française pour la protection de la planète et organisé par le groupe Bayard - éditant notamment le journal La Croix -, l’ARC, le CESE1 et R20 (Regions of Climate Action), ONG fondée par Arnold Schwarzenegger. L’ancien gouverneur de Californie, absent, envoya toutefois une vidéo de soutien au sommet. On y entendit, outre les représentants politiques français - le président François Hollande, la ministre de l’environnement Ségolène Royal, le ministre du développement Laurent Fabius - quelques dizaines de personnalités étrangères dont notamment : Michael Higgins, président de la république d’Irlande, le Prince Albert de Monaco, Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, le Patriarche Œcuménique Bartholomée, le Cardinal Turkson, le Rabin David Rosen, Edgar Morin, des dirigeants indigènes de l’Amazonie et l’inéluctable Vandana Shiva. Celle-ci déclare que la compassion est le véritable test de notre humanité et elle affirme que deux-cents fermiers indiens se sont récemment suicidés en Inde faute d’eau salubre. Une accusation qui rappelle celle, très controversée, qu’elle lança contre les OGM Bt.

Dans son discours, le Cardinal Turkson pose la question : que voulons-nous léguer ? Nous avons reçu un jardin pour foyer et nous transmettons une wilderness… comprendre ici le produit d’une négligence. Et il ajoute : dans le passé, nous avons parlé d’intendance2, maintenant nous devons parler de soucis – care en anglais, le mot d’ordre du sommet est en effet "The climate, why do I care" ("le climat, pourquoi je m'en soucie"3). Dans un mouvement remarqué le gouvernement français accepte que la question soit envoyée par ses canaux diplomatiques aux délégations attendues à la COP21.

Martin Palmer, secrétaire général de l’ARC, souligne que La France est l’un des gouvernements les plus sécularistes du monde et, venant du président et du gouvernement de la France, il est hautement inhabituel de voir ce niveau de coopération avec les principales religions du monde. De fait, tant Ségolène Royal que Laurent Fabius déclarèrent qu’il était sans précédent.

Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef au journal La Croix, fournit sur son blog une belle image d’ambiance :

Une moniale bouddhiste qui invite toute l’assemblée – ministres y compris- à respirer pour se mettre au diapason de la nature ; un hindou qui cite Gandhi pour appeler à convertir son attitude ; des enfants qui portent une planète terre symbolique au patriarche Bartolomeos devant un Laurent Fabius légèrement déstabilisé… Une chose est sure: ceux qui ont eu la chance d’assister au sommet des Consciences pour le Climat, mardi 21 juillet, au Conseil économique, social et environnemental, en sont sortis avec le sentiment d’avoir vécu un moment exceptionnel.

Exceptionnel d’abord, sur la forme. C’est la première fois, dans la France laïque, que le rôle des religions et spiritualités se trouve ainsi reconnu, et même célébré : dans un lieu aussi éminemment républicain, voir des bouddhistes en robe, des hindous en sari, des chamanes indiens avec leur coiffe en plumes, un mollah en turban, un rabbin avec sa kippa et des prélats en soutane, appeler, au nom de leur foi, à un autre rapport à la nature, sous le parrainage du président de la République venu ouvrir ce sommet, constitue sans aucun doute une première...Encore plus exceptionnelle, l’émotion perceptible des invités politiques présents (de François Hollande à Michael Higgins, président de la République d’Irlande, en passant par Janos Pasztor, le secrétaire adjoint de l’ONU, Laurent Fabius et Ségolène Royal) à évoquer des sujets sous un angle pour eux inhabituel.








1Conseil économique, social et environnemental, agence publique dirigée à l’époque par Jean-Paul Delevoye

2stewardship

3Traduction AFP