Le combat climatique contient, depuis ses débuts officiels et la formation du GIEC, deux bras : atténuation et adaptation, définie par le GIEC comme suit : L’adaptation au changement climatique désigne les mesures prises pour gérer les impacts du changement climatique en réduisant les vulnérabilités et l’exposition à ses effets nocifs et en exploitant tout avantage potentiel1.

Malheureusement, l’atténuation a attiré à elle toute l’attention politique et médiatique au point que, selon un discours tenu par le secrétaire général de l’ONU en 2020, l’adaptation ne bénéficie que de 20% des dépenses climatiques.

Il aurait fallut faire l’inverse, car si l’atténuation est souhaitable, l’adaptation est indispensable. Il est évident que s’il existait une baguette magique pour une atténuation efficace, même coûteuse, elle devrait être agitée frénétiquement car cela diminuerait le coût de l’adaptation. Hélas, il n’en existe pas. Soulignons que dans la phrase Nous devons agir face à la crise climatique, le nous de l’atténuation implique la collaboration de l’ensemble de l’humanité alors que celui de l’adaptation ne nécessite que celle de spécialistes compétents en la matière. Bien que des initiatives aient lieu, elles sont peu médiatisées et disposent de fonds ridiculement bas par rapport aux actions remarquablement inefficaces engagées pour l’atténuation.

Ban Ki-moon, ancien secrétaire général de l’ONU et Bill Gates, ancien homme le plus riche du monde, ont formé une commission internationale qui œuvre à l’adaptation dans une indifférence quasi générale. On peut se demander pourquoi cette évidence, donner la priorité à l’adaptation, échappe à la plupart des dirigeants politiques et commentateurs médiatiques. Il y a, bien sûr, les ONG qui poussent aux programmes idéologiques qui les arrangent, même si elles ne fonctionnent pas en pratique. Il y des lobbies industriels qui se sont formés pour profiter de ces solutions bidons et ne vont pas reconnaître que leur activité n’aide en rien à la résolution du problème climatique.

Et surtout, il y a le sentiment que le réchauffement climatique, et la crise environnementale sont un pêché contre la Création , thèse reprise par le pape François, qui entraînent repentance et devoir moral à lutter même si la cause est impossible à gagner. Lutter pour lutter, lutter pour sauver son âme. Il en sera tenu compte lors du Jugement Dernier. Dans cette optique, on entend de plus en parler de dérèglement climatique, version créationniste du réchauffement qui ignore que le climat n’a jamais été réglé. On pense à la métaphore du grand horloger de l’univers de William Paley2. Le sentiment de péché aujourd’hui implicite au réchauffement, rejette l’idée qu’il puisse avoir des effets bénéfiques, ou même que notre action puisse faciliter l’adaptation de notre environnement. Le tabou est devenu tel que toute découverte d’un effet positif du réchauffement fera l’objet d’une étude contradictoire cherchant à prouver l’apparition d’effets négatifs ultérieurement et que l’idée même d’intervenir sur l’environnement pour faciliter son adaptation est rejetée au nom de la conservation de la nature.

Il ne s’agit pas ici de prétendre que le réchauffement climatique pourrait être plus bénéfique que négatif car cette question est mal posée. Il s’agit de prendre conscience que par l’adaptation, nous pouvons pousser l’aiguille vers moins néfaste sur le compteur des impacts du réchauffement climatique pour que, sur le long terme, la situation devienne bénéfique.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ignore l’expression dérèglement climatique car comme son nom l’indique, il ne s’agit que de changement climatique, défini comme suit : On entend par changements climatiques des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables. Nulle idée de dérèglement ici. Mais on remarque que la variabilité naturelle est exclue de l’expression changements climatiques. Dès le départ, on pouvait craindre un certain fatalisme face aux catastrophes naturelles «légitimes» par rapport à celles causées par les descendants d’Adam. On remarque maintenant une tendance à attribuer au réchauffement anthropique la moindre catastrophe naturelle, comme s’il n’y avait jamais eu de tornades ou d’incendies avant.

La sous-estimation de la nécessité d’adaptation est un problème chronique de la lutte climatique. Bert Bolin, parlant de la conférence de Kyoto, considère que la conférence accepta sans beaucoup de discussions le fait que le réchauffement était en cours et qu’il fallait prendre d’urgence des mesures afin de limiter les émissions. Mais elle accorda peu d’attention au fait qu’il y aura un changement climatique significatif et dès lors ne discuta pas beaucoup des mesures d’adaptation à prendre3.

La conférence de Paris en 2015, ultra médiatisée dans sa dimension atténuation a pu faire croire à beaucoup qu’elle ne se souciait pas d’adaptation. Que du contraire, des participations volontaires en matière d’adaptation étaient exigées dans un silence médiatique assourdissant.

Et l’accord mentionne que l'action pour l'adaptation devrait suivre une démarche impulsée par les pays, sensible à l’égalité des sexes4, participative et totalement transparente, prenant en considération les groupes, les communautés et les écosystèmes vulnérables, et devrait tenir compte et s’inspirer des meilleures données scientifiques disponibles et, selon qu’il convient, des connaissances traditionnelles, savoir des peuples autochtones et des systèmes de connaissances locaux, en vue d’intégrer l’adaptation dans les politiques et les mesures socio-économiques et environnementales pertinentes, s’il y a lieu.

À Glasgow, en 2021, l’ONU avait prévu, comme d’habitude, un volet adaptation dans les discussions, profitant même de l’évènement pour proclamer les projets vainqueurs d’une compétition5 pour l’adaptation, et comme d’habitude la presse ne souffla mot de ce volet – ou presque.

Il y a un sérieux danger que les prêches d’apocalypses se transforment en prophéties auto-réalisatrices. Pour avoir négligé nos meilleures chances de surmonter la crise environnementale par l’adaptation, pour avoir gaspillé des sommes folles à des stratégies d’atténuation inefficaces, nous courons à la catastrophe que nous voulons éviter. Et les prophètes d’apocalypse auront beau jeu de dire : Vous voyez bien que nous avions raison !

























Special Report on Global Warming of 1.5°C chapitre 1. Le glossaire mentionne toutefois : Dans les systèmes humains, le processus d'adaptation au climat actuel ou prévu et ses effets, afin de modérer les dommages ou d'exploiter les opportunités bénéfiques. Dans les systèmes naturels, le processus d'adaptation au climat actuel et ses effets ; l'intervention humaine peut faciliter l'adaptation au climat attendu et à ses effets.





1Special Report on Global Warming of 1.5°C chapitre 1. Le glossaire mentionne toutefois : Dans les systèmes humains, le processus d'adaptation au climat actuel ou prévu et ses effets, afin de modérer les dommages ou d'exploiter les opportunités bénéfiques. Dans les systèmes naturels, le processus d'adaptation au climat actuel et ses effets ; l'intervention humaine peut faciliter l'adaptation au climat attendu et à ses effets.

2William Paley (1743-1805), théologien anglais.

3Bolin, A History of Science and Politics of Climate Change, p153

4Traduction douteuse – partisane ? - de Gender responsive

5GEF Challenge Program for Adaptation Innovation