La popularité de l’agroécologie doit beaucoup à Miguel Altieri, écologue américano-chilien, dont la notoriété provient de son ouvrage intitulé Agroecology: The scientific basis of an alternative agriculture (1983).

Il fut co-auteur, avec Laura Merrick1 du chapitre 41 de Biodiversity, intitulé Agroecology and in situ Conservation of native Crop Diversity in the third World qui, paradoxalement, ne contient nulle part, hormis le titre, le terme agroécologie.

Cest un plaidoyer pour la conservation de la diversité génétique des cultures dans les pays du tiers monde, perçue comme mise en danger par la «révolution verte» initiée dans les pays développés et largement appliquée dans les pays en voie de développement. In situ plutôt que par des banques de gènes ex situ, car le stockage des gènes gèle le processus évolutionnaire, les plantes n’étant plus en mesures de répondre aux pressions sélectives de l’environnement. De plus, les méthodes ex-situ coupent les cultures de leur contexte culturel et écologique. Enfin, se pose le risque de spoliation posé par le libre accès des pays développés à des ressources laborieusement crées par les agriculteurs du tiers-monde.

D’où la nécessité, pour les auteurs, d’une préservation in-situ de cette diversité, notant que des défenseurs des stratégies in situ recommandent que les fermiers soient incorporés dans des programmes de conservation par la création de réserves de biosphère où les paysans pourraient continuer leur agriculture traditionnelle de manière subsidiée.


Cette démarche doit se comprendre dans un mouvement plus large qui valorise une agriculture locale et «paysanne» au détriment d’une agriculture globale et «industrielle».

En 2017, Altieri, en compagnie de Peter M.Rosset, revient sur l’évolution d’un mot qu’il a rendu célèbre, dans un livre qui est la principale source des paragraphes ci-dessous.2.

Les principes et pratiques de l’agroécologie doivent se trouver dans l’accumulation de connaissances des agricultures paysannes et indigènes – idéalisée de manière parfois naïve. Guidés par une connaissance complexe de la nature, celles-ci auraient bâti une agriculture robuste et résiliente à un climat changeant rapidement, aux ravageurs, aux maladies et, plus récemment, à la mondialisation et à la pénétration des technologies et autres tendances modernes.

L’agroécologie se doit de rejeter la révolution verte qui n’était pas neutre en échelle. Les petits fermiers pauvres en technologies y auraient moins gagné que les gros.

Elle implique une repaysanisationreconquérir les terres sur l’agrobussiness et autres grands propriétaires. La transition d’une agriculture dépendante des intrants industriels vers l’agroécologie doit rendre les fermiers plus «paysans», terme qui implique une recherche permanente d’autonomie.

Cette opposition aux intrants industriels met l’agroécologie sur la même ligne que l’agriculture biologique, mais pour des raisons bien différentes.

Moins sensible aux fondements spirituels et religieux de celle-ci, c’est sur un projet social que s’appuie l’agroécologie d’Altieri. Les origines de ce projet se trouveraient dans les sciences sociales et théories sociales du néo-narodnisme - peu connu chez nous, ce mouvement semble être une version écologiste d’un ancien mouvement populiste, socialiste et paysan russe. - et du marxisme libertaire hétérodoxe3.


1Agronome enseignant à l’université de l’Iowa.

2Agroecology - Science and Politics – Agrarian Change & Peasant Studies - Practical Action Publisher . The Schumacher Center, Rugby UK, 2017.

3Origine attribuée ici aux recherche d’Eduardo Sevilla Guzmán et autres sociologues ruraux.