Appropriation et accaparement sont des concepts liés à la sémantique édénique qui visent à culpabiliser l'humanité pour son impact sur l'environnement.

Par exemple Vitousek, les époux Ehrlich et Pamela Matson ont conjointement produit une étude sur l'appropriation1 des produits de la photosynthèse par l'humanité, estimée à presque 40% de l’énergie fixée par la biosphère, respiration des producteurs primaires déduites, dont Birch dit qu'elle n'a jamais été contestée.

D'entrée, le mot appropriation du titre indique l'humeur culpabilisante des auteurs, qui ouvrent l'article en affirmant qu’Homo Sapiens, qui n'est qu'une parmi cinq à trente millions d'espèces sur la planète, en contrôle une part disproportionnée des ressources.

Ils proposent trois estimations. Une basse, basée sur l'utilisation directe de ces ressources par l'humanité et les animaux domestiques. Une intermédiaire, incluant la productivité des surfaces dédiées à l'usage humain, tels que champs (et non seulement les produits des cultures réellement consommées), pâtures et même les plantations d'arbres, assimilées à une appropriation par l'humanité. Et une haute, incluant la productivité "perdue" par la conversion de terres en villes et pâturages, le surpâturage et l'érosion excessive.

L'estimation haute nous semble une affirmation raisonnable, disent les auteurs de ce raisonnement curieux, résolument anti-humaniste, consistant à dire que la création d'un champ, d’une ville, d'une pâture ou d'une forêt exploitable est une perte. Les auteurs pensent que la production d'énergie des surfaces cultivées est inférieure à celle des systèmes naturels qu'ils remplacent, largement parce qu'elles font appel à des plantes annuelles mais reconnaissent que l'irrigation et certaines techniques peuvent inverser la relation.

Citant des études contradictoires sur la question de savoir si les systèmes agricoles produisent plus ou moins d'énergie que les systèmes naturels, ils soulignent que l'option favorable à l'agriculture implique en fait que l'humanité coopte une plus grande part de l’énergie produite. "L’appropriation" des ressources énergétiques par l'humanité monte alors de 38,8%, à 41,4% de l'activité terrestre potentielle par la "faute" d'une agriculture productrice d’énergie. Le chiffre baisse toutefois à 24,8% si on inclut les zones aquatiques, car l'utilisation humaine de la productivité maritime est relativement petite et même si elle n'est pas durable, elle n'est pour ces auteurs pas susceptible d'entraîner un effondrement des écosystèmes océaniques.

Pour finir, l'étude affirme qu'avec les taux d'exploitation et de consommation d'alors, une population humaine de moitié supérieure à ce qu'elle était en 1986 ne pourrait subsister sans coopter plus de la moitié des ressources énergétiques terrestre. Et de conclure : Les observateurs2 qui pensent que les limites de la croissance sont si distantes que pour être sans conséquence pour les décideurs actuels semblent inconscients de ces réalités biologiques.

Tout l'exercice se ramène donc à une offensive néo-malthusienne contre les cornucopiens3, ceux qui croient que les bénéfices du développement technologique dépassent presque toujours les coûts environnementaux et sociaux4.

Particulièrement Julian Simon5 et Herman Kahn6. C'était l'époque du fameux pari Simon – Ehrlich. En 1980, Simon lança un défi à Ehrlich quant à l'évolution du prix des métaux. Ehrlich, aidé de John Holdren et John Harte7, sélectionna cinq métaux, pariant que leurs cours seraient à la hausse une décennie plus tard, contre à la baisse pour Simon.

Simon gagna le pari. Les défenseurs d'Ehrlich pointent le choc pétrolier de 1980 et la récession de 1990 comme cause de cette apparente anomalie, mais il faut faire remarquer que c'est Ehrlich qui a choisi les métaux. Trop sûr de son propre catastrophisme ?

1Human Appropriation of the Products of Photosynthesis, University of California Press, 1986, pour L’American Institute of Biological Sciences.

2Citant Simon and Kahn 1984, The Resourceful Earth. Blackwell Scientific Publ., New York

3Néologisme signifiant « ceux qui croient à la corne d'abondance »

4Ecoscience, p5

5Julian Lincoln Simon, économiste américain (1932-1998). Ne se reconnaissait pas cornucopien et défendait la ressource ultime : l’humanité.

6Herman Khan (1922-1983), futurologue américain

7Professeur à l’Université de Californie