Résumé
J’avais décrit ma participation à l’enquête publique sur la stratégie belge pour la biodiversité 2030.
Sans surprise, mes arguments n’ont pas été repris. Mais ils n’ont pas été rejetés non plus.
C’est de l’invisibilation. Faire en sorte que mes arguments ne soient pas entendus. Afin qu’ils ne soient pas connus. Après plainte auprès du ministère de la Santé, puis recours au médiateur fédéral pour obtenir une réponse plus cohérente que celle initialement reçue, ce que j’ai pu comprendre des deux lettres reçues est que l’exercice avait pour but d’obtenir un consensus avec les ONG.
Tenir compte des objections d’un hérétique n’est pas possible et devait être invisibilisée.
Particulièrement inquiétante est l’idée que nous aurions un devoir de respect pour toutes les espèces parce que l’évolution leur aurait conféré une valeur intrinsèque – concept défendu dés 1985 par Michael Soulé, mais qui est absurde vu l’impossibilité de donner une définition claire et complète du concept d’espèce. Ce qui n’existe pas intrinsèquement ne saurait avoir de valeur intrinsèque – à supposer que le concept lui-même ait un sens. Ce qui n’est pas le cas dans ma culture humaniste
Encore un pas de plus vers la biocratie !
Plus en détail
En réponse à ma plainte il m’a été répondu que :
« Nous avons pris connaissance de votre plainte et nous pouvons vous confirmer que nous avions bien reçu et lu avec beaucoup d'attention votre contribution dans le cadre de la consultation publique relative à la Stratégie nationale pour la Biodiversité jusqu'en 2030.
Nous nous présentons également nos excuses quant à l'absence de réponse pour vos demandes d'explication adressées à l'adresse mail consultation-snb@naturalsciences.be qui a été établie pour le temps utile de la consultation.
Sachez que nous apprécions le soin et le temps que vous avez consacrés à la rédaction de votre contribution. Votre texte était très détaillé et documenté.
Dans le cadre de cette stratégie nationale, notre but était de modifier/adapter ou compléter les objectifs stratégiques et opérationnels ainsi que les mesures de mise en œuvre contenues dans la stratégie sur base des contributions reçues. Votre contribution étant de nature essentiellement philosophique, nous n'avons pas pu en tirer des éléments suffisamment concrets et en lien direct avec le texte existant que pour pouvoir amender ce dernier.
Nous vous remercions pour vos efforts et espérons avoir apporter une réponse à vos interrogations tout à fait légitimes ».
Mais si j’ai fait de la philosophie, c’est parce le texte proposé en était plein, si je les ai critiqués, c’est parce que ces conceptions philosophiques auront des impacts bien concrets et en conséquence mes objections appartiennent bien au domaine du concret. Si elles n’avaient d’impact concret, il aurait fallu les rejeter avec le même argument qui m’a été opposé.
Citons seulement deux faits importants :
1) La question de la valeur intrinsèque : Vide de sens dans une culture humaniste, basée sur l’idée que l’humanité est la mesure de toute chose, elle est dans cette stratégie invoquée pour nous imposer le respect de la biodiversité, ainsi que des espèces :
La biodiversité possède une valeur intrinsèque, indépendamment de ce qu’elle peut offrir en termes de bénéfices immédiats. Chaque espèce vivante est le fruit d’une longue évolution et a sa propre raison d’exister, méritant respect et préservation.
Ainsi, la protection de la biodiversité n’est pas seulement une question de survie humaine.
La question du respect est on ne peut plus concréte. Rappelons que dans BioDiversity, cette valeur intrinsèque est reliée au récit biblique par Cobb, à un soutra bouddhiste par Soulé – également auteur de l’idée que l’évolution lui aurait conféré cette valeur intrinsèque dans un article de 1985, qu’Ehrenfeld, qui la défend également dans BioDiversity la relie au principe de Noé dans The Arrogance of Humanism. Qui nous oblige à respecter les pathogènes comme Variola, Covid 19 ou Ébola. C’est la conséquence du principe de valeur intrinsèque et de l’expression Chaque espèce vivante.
C’est vraiment concret. Et absurde, d’autant plus qu’il est impossible de donner une définition claire et objective du concept d’espèce.
Et que penser du fait que, si ma critique a été invisibilisée, celle d’un participant demandant de mettre cette valeur intrinsèque en avant a bien été reçue et entendue ?
« La biodiversité et les écosystèmes sont principalement abordés comme des « fournisseurs de produits et de services », il n'y a qu'une référence sporadique à l’« interdépendance » de la nature et de l'homme et à la valeur intrinsèque de la biodiversité. Nous le regrettons et recommandons des ajustements supplémentaires à cet égard. »
Réponse des organisateurs à ce participant : « Modification dans la Partie I.2 afin de mettre en avant la valeur intrinsèque de la nature dans le texte de la SNB. »
2 ) Le probléme de la collaboration avec le WWF :
« Le WWF, en étroite collaboration avec d’autres ONG et instituts scientifiques, a produit le “Rapport planète Vivante” en 2020. Ce rapport a évalué l’Indice Planète Vivante (IPV) pour la Belgique, offrant un outil essentiel pour évaluer l’évolution de la biodiversité dans le pays. La promotion d’une telle initiative de collaboration est cruciale et devrait être renouvelée, car elle fournit un outil de base aux décideurs politiques pour ancrer leurs ambitions. »
Cette collaboration est problématique, car le WWF est une organisation privée, militant pour une vision du monde hostile à l’humanité qui l’amenée à soutenir indirectement des actions contraires aux droits humains en Afrique.
Ma critique sur ce point visait bien contre un point éminemment concret.
Sans réponse à ma réplique, j’ai sollicité le médiateur fédéral, qui a relancé ma plainte
Grâce à son intervention, j’ai reçu une réponse plus crédible :
« Cher Monsieur,
Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour notre réponse tardive.
Il était difficile pour nous de répondre à votre demande car l'équipe qui a géré l'ensemble de la consultation publique n'est plus en place depuis décembre 2024. Pour pouvoir vous fournir cette présente réponse, nous avons dû prendre expressément contact avec l'ex-coordinateur qui ne travaille pas au sein de notre SPF.
C'est ainsi que nous pouvons vous répondre que vos remarques ont bien été comptabilisées et reprises dans les 9 contributions reçues de la part de particuliers. Nous tenons à signaler que la plupart des remarques que nous avons réceptionnées, ont été transmises par des groupes, associations et ONG ; Il s'agit donc d'une consultation particulièrement représentative.
Nous avons pris note des fondements idéologiques, philosophiques, métaphysiques et spirituels ainsi que de la vision que vous présentez. Toutefois, votre contribution, étant rédigée de manière très controversée, il s'est révélé difficile d'en tirer des éléments constructifs exprimant pleinement la nature de votre contribution.
La stratégie est le résultat d'un processus de consultation – intrinsèquement démocratique – visant à parvenir à un consensus. C'est pourquoi des points de vue plus marqués ou extrêmes peuvent ne pas être reconnaissables ou ne pas se retrouver dans le résultat final.
Vu le fait que l'équipe qui a travaillé sur la consultation n'est plus affectée à sa gestion et que cette dernière est définitivement clôturée (sans possibilité d'y apporter des modifications), nous ne sommes pas en mesure de répondre, de manière plus étoffée, à de nouvelles remarques de votre part.
Nous vous remercions d'avance pour votre compréhension et vous prions d'agréer nos meilleures salutations.
N'hésitez pas à contacter nos services pour tout renseignement complémentaire en y mentionnant le numéro susmentionné. »
Ce qui importait, c’était un consensus entre les ONG, pas de permettre un débat démocratique contradictoire. Les ONG sont ici considérées comme représentatives de la démocratie alors qu’elles ne représentent qu’elles-mêmes. Qu’elles n’ont aucun compte à rendre aux citoyens, aux élus ou même au monde réel. Que les nombreux privilèges qu’elles ont reçus en suite du rapport de la commission Brundtland sont une des causes de déclin de la démocratie, avec la mondialisation de la gouvernance dont est issue la biodiversité et l’accord de 2022.
Évidement, ma réaction à cette lettre est restée sans réponse. Ce serait, d’ailleurs, un dialogue de sourds.