La Croisière de l’apocalypse est un surnom apocryphe pour un symposium tenu lors d’une croisière en mer Égée en 1995. Le titre en était Le Livre de la Révélation et l’Environnement car en cette année 1995, la chrétienté célèbre le mil-neuf-centième anniversaire de la parution de ce livre, plus connu sous le nom d'Apocalypse. Conçu sept ans plus tôt par un groupe d'écologistes mené par Iohannis Zizioulas, Métropolite orthodoxe de Pergame, alors l'un des plus brillants théologiens chrétien, qui dirige l’événement. Sept années de préparation associant théologiens et scientifiques.

Organisé par le WWF, sous le haut patronage de Bartholomée, Patriarche de Constantinople, et de son président, le duc d’Édimbourg lequel souligne dans son adresse, sur papier à entête de la célèbre ONG:

Puisque Noé sauva les choses vivantes de cette terre dans son arche, il est peut-être approprié que ce symposium prenne place sur un bateau1.

Et le duc de souligner que le choix du mil-neuf-centième anniversaire de la publication de l’Apocalypse pour organiser ce symposium ne pouvait être plus pertinent étant donné que l’humanité devait affronter une apocalypse de sa propre facture.

Environs deux-cents personnalités participèrent à cette croisière. Scientifiques, leaders religieux, philosophes, économistes, artistes et responsables politiques, réunis dans une démarche multiconfessionnelle. Issus de trente-deux pays et représentant les religions chrétiennes, musulmanes, judaïques, hindoue, bouddhistes, jaïn, sikh, zoroastrienne et bahaïe.


On trouve, outre le climatologue John Houghton, la présidente en charge de l'AAAS, Jane Lubchenco, océanographe, qui coordonnera, avec Sarah Obson, écrivaine et cinéaste, le rapport issu du symposium2. Également Timothy Wirth, alter ego de Gore quant à la défense de l'environnement au sein du Parti Démocrate américain, le Cardinal Etchegarry, le Révérend anglican Richard Chartres, le biologiste britannique Norman Myers, Senior Fellow 3du WWF, et tant d'autres. On note la présence d’une délégation indienne importante, incluant la militante écoféministe Vandana Shiva.

Le séminaire se veut aussi marchant main dans la main avec la science, dans la mesure où la religion, avec ses traditions millénaires et son influence, peut doter la société d’une nouvelle vision et sortir la science de son isolation pour la promouvoir comme pilier d’inspiration morale et spirituelle4.


Le Patriarche Bartholomée s'est référé particulièrement à la nécessité de se repentir, chacun, de ses propres façons, de porter préjudice à la planète, parce que « dans la mesure où tous nous causons de petits préjudices écologiques», nous sommes appelés à reconnaître «notre contribution – petite ou grande – à la défiguration et à la destruction de la création5». Sur ce point, il s’est exprimé à plusieurs reprises d’une manière ferme et stimulante, nous invitant à reconnaître les péchés contre la création : « Que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides ; que les hommes portent préjudice à leurs semblables par des maladies en contaminant les eaux, le sol, l’air et l’environnement par des substances polluantes, tout cela, ce sont des péchés6 » ; car « un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu7 À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit

Lettre encyclique papale Laudato' Si, sur la sauvegarde de la maison commune.


Ces récits suggèrent que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre. Selon la Bible, les trois relations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché. L’harmonie entre le Créateur, l’humanité et l’ensemble de la création a été détruite par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu, en refusant de nous reconnaître comme des créatures limitées.

Lettre encyclique papale Laudato' Si, sur la sauvegarde de la maison commune.


La notion de péché contre l'environnement est le point clé des Propositions de Patmos qui cloturent l’événement :

Un nouveau sens du péché. Toutes les religions affirment comme un impératif de prendre soin de la Terre et de l'ensemble de la nature. Polluer l'environnement ou ne pas en prendre soin devrait être un péché. Ce nouveau sens du péché dépasse ce qui a traditionnellement été considéré comme erroné.

Cette nouvelle catégorie de péché devrait inclure des activités qui mènent à :

-l'extinction d'espèces

-la réduction de la diversité génétique

-la pollution de l'hydrosphère, la lithosphère et l'atmosphère

-la destruction d'habitat

-la perturbation de modes de vie durables8.


Cette croisière-symposium aura des successeurs, sous le thème de la Religion, la Science et l'Environnement et sous le patronage de la commission européenne. En 1997, dans la Mer Noire, et la Mer Égée sous les auspices du Patriarche Bartholomée et de Jacques Santer, président de la commission européenne.

Dans son introduction au symposium, Richard Chartres, Lord Bishop de Londres, a rappelé aux participants que:

Après le grand déluge décrit dans l'histoire de Noé, la menace de destruction divine de la terre a été retirée et l'arc-en-ciel a été nommé comme signe d'une "alliance entre Dieu et toute créature vivante de toute chair qui est sur la terre''. Maintenant, c'est une menace humaine plutôt que divine que de rendre la planète «vide et vide», ce qui provoque de l'anxiété. Telle est l'impulsion qui rassemble les gens de foi et autres intéressés par l'avenir de notre planète dans la région fertile mais fortement polluée de la mer Noire.


Les croisières se suivent encore un temps, en remontant le Danube en 1999. En 2002 dans l’Adriatique, en 2003 dans la mer Baltique. Au tour de l'Amazon en 2006, puis l'Arctique en 2007. Le Mississippi en 2009. Une croisière planifiée pour 2010 dans la vallée du Nil semble avoir marqué la fin de l'expérience.

1Revelation and the Environment AD 95-1995, p V

2Revelation and the Environment AD 95-1995

3Chercheur expérimenté

4Revelation and the Environment AD 95-1995, p VIII

5Message pour la Journée de prière pour la sauvegarde de la création (1er septembre 2012)

6Discours à Santa Barbara, California (8 novembre 1997)

7idem

8Revelation and the Environment AD 95-1995,p202