Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres montre toute l’ampleur de son acharnement dans un discours apocalyptique tenu en décembre 2020.

À l’en croire, nous serions en guerre avec la nature. On croirait entendre Lord Portsmouth. Une entreprise suicidaire car pour Guterres celle-ci riposte toujours et elle le fait déjà avec une force et une fureur croissantes. La plus grande tâche du XXIème siècle sera de faire la paix avec elle, affirme-t-il.

La biodiversité s’effondre. 

Un million d’espèces sont menacées d’extinction. Les écosystèmes disparaissent sous nos yeux. Les déserts gagnent du terrain. Les zones humides sont en train de disparaître. Nous perdons des millions d’hectares de forêt. Les récifs coralliens meurent. La pollution de l’air et de l’eau tue des millions de personnes.

Mais on enregistre toujours des niveaux record de dioxyde de carbone, et la tendance est à la hausse. Comme les êtres humains et le bétail empiètent de plus en plus sur les habitats des animaux et perturbent les espaces sauvages, il n’est pas impossible que nous voyions davantage de virus et d’autres agents pathogènes passer des animaux aux hommes.

La décennie qui s’achève a été la plus chaude de l’histoire de l’humanité. Les incendies et les inondations, les cyclones et les ouragans apocalyptiques deviennent la norme.

Nous nous dirigeons vers une augmentation de la température de 3 à 5 degrés Celsius au cours du XXIème siècle. La science est très claire : pour limiter l’élévation de la température à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels, le monde doit réduire la production de combustibles fossiles d’environ 6% par an d’ici à 2030.

Mais le monde s’engage dans la direction opposée – et prévoit une augmentation annuelle de 2 %. Comme toujours, ce sont les personnes les plus vulnérables au monde qui sont les plus touchées. Ce sont les personnes qui ont la moindre part de responsabilité dans le problème qui en souffrent le plus. Soyons clairs : les activités humaines sont à l’origine de notre plongée dans le chaos. Mais cela signifie aussi que l’action humaine peut nous aider à nous en sortir.

Faire la paix avec la nature sera la grande œuvre du XXIe siècle. Ce doit être la première priorité. La priorité absolue. Pour tout le monde. Partout.

La nature a besoin d’un plan de sauvetage. Il est temps de passer à l’action. Nous avons une chance de ne pas simplement relancer l’économie mondiale, mais de la transformer. Une économie durable reposant sur les énergies renouvelables sera le gage de nouveaux emplois, d’infrastructures plus propres et d’un avenir résilient.

Prenant en compte les engagements de l’Union Européenne, du futur président des États-Unis, Joe Biden, et de la Chine, cela signifie que d’ici au début de 2021, des pays représentants plus de 65 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone et plus de 70 % de l’économie mondiale auront pris des engagements ambitieux en matière de neutralité carbone.

Il veut profiter de cet élan et en faire un véritable mouvement. Chaque personne a un rôle à jouer, puisque nous sommes toutes et tous des consommateurs, des producteurs, des investisseurs. Nous avons un atout de notre côté : la technologie.

Mais il reconnaît qu’il faudra prendre en compte les coûts humains de la transition énergétique.

Il y a des signes qui ne laissent d’être inquiétants. Certains pays ont profité de la crise pour revenir sur les mesures qui avaient été prises pour protéger l’environnement. D’autres misent sur l’exploitation des ressources naturelles et renoncent à toute ambition climatique. Les membres du G20, dans leurs plans de sauvetage, consacrent maintenant 50% de plus aux secteurs liés à la production et à la consommation de combustibles fossiles qu’aux énergies à faible intensité de carbone.

Tous doivent dépasser le stade des déclarations de bonnes intentions et prouver que l’on peut accorder du crédit à leurs paroles. Guterres note que les signataires de Paris sont tenus de soumettre leurs contributions déterminées au niveau national révisées et améliorées, avec leurs objectifs de réduction des émissions d’ici à 2030.

Il n’oublie pas l’adaptation – c’est tout à son honneur – car ladaptation à un climat en mutation rapide est une course contre la montre. Elle ne doit pas être omise dans l’action climatique.

Jusqu’à présent, l’adaptation représente 20 % du financement de la lutte contre les changements climatiques et n’a atteint que 30 milliards de dollars en moyenne en 2017 et 2018.

Non seulement cette carence entrave les travaux indispensables de réduction des risques de catastrophe, mais elle trahit un manque de sagacité. Le soutien à l’adaptation doit devenir une action à grande échelle, préventive et systématique.

Il affirme qu’il est impossible de séparer l’action climatique de l’état de la planète au sens plus large. Tout est lié – les biens communs mondiaux et le bien-être mondial. Cela signifie que nous devons agir à plus grande échelle, de manière plus holiste et sur maints fronts simultanés, pour préserver la santé de notre planète, dont dépend toute vie.

La nature nous nourrit, nous habille, étanche notre soif, produit notre oxygène, façonne notre culture et nos croyances et forge notre identité même.

L’année prochaine, les pays se réuniront à Kunming pour élaborer un cadre de la biodiversité pour l’après 2020 en vue de mettre un terme à la crise d’extinction des espèces et d’engager le monde sur la voie d’une vie en harmonie avec la nature.

Aucun des objectifs mondiaux fixés pour 2020 en matière de biodiversité n’a été atteint.

Il faut donc que nous rehaussions nos ambitions et redoublions de détermination pour atteindre des objectifs mesurables et mettre en place des moyens d’agir, en particulier des mécanismes de financement et de contrôle.

En pratique des zones de conservation plus nombreuses et plus vastes, gérées efficacement, afin de stopper nos agressions contre les espèces et les écosystèmes. Une agriculture et une pêche favorables à la biodiversité, réduisant notre surexploitation et la destruction du monde naturel. La biodiversité, ce n’est pas seulement une pléthore d’espèces sauvages charmantes et attendrissantes, c’est la matrice palpitante et respirante de la vie elle-même.

La surpêche doit cesser ; la pollution par les produits chimiques et les déchets solides – notamment les plastiques – doit être réduite de façon drastique ; les réserves marines doivent être fortement multipliées ; et les littoraux doivent être bien mieux protégés.

En bref, l’année prochaine (2021) nous offre d’abondantes possibilités d’arrêter le pillage et de commencer la guérison.

L’un de nos meilleurs alliés est la nature elle-même. En effet, les solutions basées sur la nature pourraient permettre de réaliser un tiers des réductions des émissions nettes de gaz à effet de serre requises pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Les connaissances autochtones, acquises au fil de millénaires d’échanges étroits et directs avec la nature, peuvent nous montrer la voie. Les peuples autochtones représentent moins de 6 % de la population mondiale et pourtant ils s’occupent de 80 % de la biodiversité terrestre mondiale. Nous savons déjà que lorsqu’elle est confiée aux soins des peuples autochtones, la nature se dégrade moins vite qu’ailleurs.

Les conséquences des changements climatiques et de la dégradation de l’environnement touchent plus durement les femmes. En effet, elles représentent 80 % des personnes déplacées par les changements climatiques. Mais elles forment également l’épine dorsale de l’agriculture et sont les principales gardiennes des ressources naturelles. Elles sont au rang des plus grands défenseurs et défenseures des droits humains en matière d’environnement.

Et la signature des accords sur l’action climatique est directement corrélée à la représentation des femmes dans les parlements nationaux.

Alors que l’humanité met au point des stratégies pour la gouvernance des ressources naturelles, la préservation de l’environnement et la construction d’une économie verte, nous avons besoin de plus de décideuses à la table des négociations.

Mais il discerne aussi des raisons de nourrir espoir. Entre autre: de nombreuses villes deviennent plus vertes. L’économie circulaire réduit les déchets. Les lois environnementales ont de plus en plus de portée.

Au moins 155 états Membres de l’ONU reconnaissent désormais légalement que le droit à un environnement sain est un droit humain fondamental. Un monde nouveau est en train de prendre forme. Les mentalités évoluent. De plus en plus de personnes comprennent qu’elles doivent faire leurs propres choix au quotidien pour réduire leur empreinte carbone et respecter les limites de la planète.  

Nous ne pouvons pas retourner aux anciennes normes d’inégalité, d’injustice et de domination inconsciente de la Terre. Le chemin est devant nous : les solutions sont là. L’heure est venue de transformer la relation de l’humanité avec le monde naturel – et les rapports des humains entre eux. Et c’est ensemble que nous devons le faire.


Que dire de ce discours ? Qu’il est une insulte à l’humanité. Mélange de prêche apocalyptique culpabilisante et d’utopisme naïf sur fond de religiosité omniprésente.

Un demi-siècle de lutte religieuse réactionnaire trône aujourd’hui au sommet de l’ONU.

Avec son holisme. Avec la prétendue santé d’une terre qui évoque la métaphore du corps de Dieu de McFague et l’hypothèse Gaïa de Lovelock.

Terre personnifiée qui doit guérir et contre laquelle nous mènerions une guerre, accusation absurde qui n’a de sens que si nous postulons que, consciemment ou inconsciemment, le mot planète est ici un substitut de Création.

Avec les mythiques services écosystémiques - non, la nature ne nous nourrit pas, nous devons arracher le moindre radis à notre environnement.

Avec les illusions d’un monde harmonieux et d’un droit à un environnement sain - qui n’ont jamais existé et n’existeront jamais, sous notre beau soleil cancérigène.

Le rejet de l’abus de domination que nous aurions commis – si typique de l’écothéologie née de l’accusation portée par Lynn White en 1966.

Le bien-pensant culte des peuples autochtones, pris en otages du mythe occidental du bon sauvagepeuples qui vont nous guider vers les lendemains qui chantent verts.

Avec une ignorance abyssale des limites et insuffisances des concepts d’espèce, d’écosystème et de biodiversité dont nous serions les agresseurs. Et dont le culte doit entraîner une exclusion toujours plus grande de l’humanité de la planète via des zones de conservation toujours plus vastes. Car nous perturbons les espaces «sauvages», derniers vestiges d’Éden.

Il appelle à une agriculture favorable à la biodiversité. Laquelle ? L’agriculture à sa propre diversité, composée de quantité de variétés de plantes et d’animaux pour la plupart créées par les agriculteurs eux-mêmes. Beaucoup nous appellent à chérir celle-ci. En pratique, c’est une biodiversité de deuxième classe, elle consiste le plus souvent en la conservation de ses variétés pour des raisons utilitaires. Elle n’a pas, ou peu, de valeur intrinsèque revendiquée. Elle n’aura jamais la préséance sur la conservation de la biodiversité de la wilderness. Elle est aujourd’hui limitée dans sa créativité biologique au nom de la biodiversité elle-même. L’amalgame avec les problèmes de la pêche, qui ne créé pas de diversité, est symptomatique de ce qui est demandé ici à l’agriculture, qui n’est pas de développer sa propre diversité, mais de s’inféoder au culte de la «vraie» biodiversité et sa très religieuse valeur intrinsèque.

Ce sont toujours les personnes les plus vulnérables qui sont les plus touchées, dit justement Guterres – oui, et c’est la même chose avec la lutte contre le réchauffement climatique, les insuffisances en matière d’adaptation, le culte de la biodiversité, les agressions contre l’agriculture et l’extension sans fin des zones Édéniques.

Il faut louer Guterres pour son rappel de la nécessité de mieux financer l’adaptation climatique. Malheureusement sa bonne volonté en la matière se perd dans son prêche apocalyptique.

Que ne réserve-t-il ce prêche à la paresse en matière d’adaptation ? Que ne propose-t-il pas d’inverser la répartition ? 80 % des moyens pour l’adaptation, 20 % pour l’atténuation.

Il reconnaît lui-même les preuves que l’atténuation ne marche pas et que de nombreux pays ne s’en soucient pas sincèrement.

Les faits nous hurlent que l’adaptation doit devenir prioritaire ! Pourquoi tant de sourds ? Au contraire, la comédie des participations volontaires a repris avec pour objectif de limiter le réchauffement à 1,5° alors que celles de Paris avaient raté – de très loin – les 2°.

Le bal des tricheurs relancé pour une nouvelle valse macabre ? On se bouscule pourtant pour faire des promesses de réduction d’empreinte carbone mirobolantes. On peut toujours rêver…