Il n’est pas jusqu’au concept le plus évident pour limiter notre impact environnemental qui ne soit pas souvent pris en défaut.

J’ai nommé les économies d’énergies.

Elles provoquent des effets rebondsaussi appelé paradoxe de Jevons, du nom de son découvreur.

Cet économiste britannique craignait, vers la fin du XIXème siècle, que le Royaume-Uni ne courre vers une pénurie grave de charbon – et que les énergies de substitution ne fussent illusoires.

C’est en étudiant cette idée doublement fausse qu’il découvrit le paradoxe qui porte son nom : les améliorations apportées à la machine à vapeur par James Watt, la rendant moins énergivore, loin d’avoir réduit la demande de charbon, l’avait fortement augmentée.

Il conclut que c'est une confusion d'idées que de supposer que l'utilisation économique du carburant équivaut à une consommation réduite. Le contraire est la vérité1.

La raison en était que l’efficacité énergétique plus grande de la machine l’avait rendue plus attractive, entraînant une hausse de son utilisation et donc de la consommation d’énergie.

Ainsi de la famille modèle qui diminue sa consommation de chauffage en isolant sa maison, découvre qu’elle fait une belle économie et en profite pour partir en vacance en avion pour une destination lointaine.

Si l’exemple semble caricatural, il est extrêmement difficile de ne pas dépenser l’économie faite par quelque action réduisant l’empreinte sur l’environnement en une action sans impact sur celui-ci. Et il va parfois se nicher où on l’attend le moins. Le télétravail, par exemple, semble exemplaire pour réduire son impact environnemental.

Las ! Certains travailleurs en profitent pour ressortir leur voiture, abandonnant les transports en commun. On parle de pourcentage de rebond : par exemple 50 % si on a quand même une perte de seulement la moitié de l’effet attendu. Plus surprenant encore, les gens qui travaillent beaucoup en télétravail ont tendance à aller habiter loin des transports en commun, car les logements y sont moins chers. Ils doivent alors plus employer leur voiture, pour faire leurs courses, pour conduire leurs enfants à l’école … et ont plus de temps et de flexibilité dans leur travail pour en profiter.

Même l’apparition de voitures moins énergivores n’est pas un gage de réduction de la consommation d’énergie globale car elle peut inciter son propriétaire à rouler plus.

C’est pour pallier à cet effet que François Schneider, chercheur en environnement français, a proposé un effet débond consistant à profiter des gains de productivité pour réduire ses besoins. La meilleure façon d’y arriver serait alors de réduire son temps de travail rémunéré.

1Jevons, W.S., The Coal Question : An Inquiry Concerning the Progress of the Nation, and the Probable Exhaustion of Our Cual-mine,p75. Cité par Dieter Helm in The carbon Crunch, p102.