Il est une tentation à laquelle il faut absolument résister, quand on parle d’écologie, c’est de réduire le conflit à une opposition gauche-droite, ne fut-ce que parce que ces concepts prennent des accents différents d’un pays à l’autre, et que nous vivons à l’heure de la mondialisation de l’environnement.

Nous avons vu que l’écologie politique est une vision du monde née d’une diversité de valeurs spirituelles et religieuses, opposées aux valeurs matérialistes, humanistes, rationalistes, agnostiques, déistes ou athées qui ont forgé les Temps Modernes.

Encore cette vision ne fait-elle pas l’unanimité dans les milieux religieux, la Cornwall Alliance en est un exemple.

Il faut aussi se garder de la vision simpliste d’une opposition entre conservateurs et progressistes car ce sont souvent les présumés progressistes qui ne croient plus au progrès.

On remarque que l’agriculture biologique est née dans des milieux forts marqués à droite. C’est avant tout parce qu’elle représente une réaction spirituelle et religieuse, collective et internationale, face au matérialisme alors dominant, surtout à gauche.

On y décèle pourtant certaines formes de pensées provenant de la gauche chrétienne que l’on peut symboliquement rattacher au mythe de Jésus chassant les marchands du Temple – où le Temple est l’ensemble de la Création, comme le fit John Muir.

Une pensée qui rejette la vénalité de l’argent sans renoncer à une justification économique de leur activité agricole, comme on le voit chez les pionniers du bio.

On constate, dès les années 1970, que les idéologies de la décroissance et néo-malthusienne obtiennent un modeste succès dans certains cercles de gauche alors très minoritaires, la majorité du peuple de gauche restant résolument progressiste.

La chute du rideau de fer et le triomphe du néo-libéralisme ont entraîné un grand basculement. Un flot de naufragés du marxisme se sont rués dans le premier train d’apparence anticapitaliste passant en gare : l’écologie.

Tirant à vue sur l’agriculture intensive, les pesticides, les biotechnologies comme autant de symboles du capitalisme, sans plus penser à réclamer que l’état prenne en main ces technologies comme l’auraient fait leurs devanciers.

Aveugle au fait que la religion occupe déjà solidement la place, cette nouvelle gauche se prend à rêver que luttes contre le réchauffement climatique, pour la biodiversité et l’agriculture biologique soient les outils d’une lutte antisystème.

De fait, elles sont déjà le système. Enracinés dans les traditions religieuses, soutenues par de nombreux états, l’union européenne et l’ONU, elles bénéficient du soutien opportuniste de nombreux intérêts capitalistes. Les capitalistes se ruent sur la manne des subsides verts et les capitaux sur les grands chantiers écologistes. Sans eux ils resteraient en rade – certains auraient mieux fait d’y rester, vu leur peu d’utilité.

Ce qui n’empêchent les derniers défenseurs des valeurs modernistes de se faire constamment traiter de vendus à différents lobbies industriels.

C’est la paille et la poutre...En retour, les accusateurs se font souvent traiter d’obscurantistes et ne comprennent pas pourquoi. Inconscients des fondements religieux des idéologies qu’ils défendent. Inconscients des enjeux spirituels derrières les politiques environnementales. C’est pourquoi tout humaniste, tout rationaliste, tout athée se doit de comprendre cette réaction religieuse et de mesurer son ampleur s’il veut donner une chance à ses idéaux d’avoir encore voix au chapitre.