En 1987 les dirigeants de l’UNEP et du WMO1 convinrent de créer ensemble un groupement intergouvernemental pour évaluer la question climatique : le GIEC , Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat, traduction douteuse de Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC).

Houghton rapporte que, lors des discussions informelles préliminaires, il fut établi qu’il fallait un effort de rédaction des rapports qui les rendent accessibles aux décideurs, aux responsables politiques et au grand public. Et aussi qu’il fallait une distinction claire entre les évaluations scientifiques et les négociations politiques sur les mesures à prendre.

Maurice Strong, le premier président de l’UNEP en 1972, avait reproché à Houghton le côté intergouvernemental, qui rendait l’institution inéluctablement politique, suggérant une structure purement scientifique. Houghton répondit qu’ils étaient en fait un corps d’experts scientifiques sans responsabilités politiques, mais que la force de la nouvelle institution était sa nature intergouvernementale, parce qu’il y avait une propriété commune à l’ensemble des gouvernements et scientifiques du monde entier sur la totalité de leurs travaux2. Schneider, mis au courant par Bolin du projet, fut d’abord sceptique. Bolin le convainquit en lui faisant valoir qu’il serait impossible d’obtenir des politiques climatiques sans un groupe scientifique sur lequel les différents pays du monde auraient un contrôle3.

En juin 1988, le mois du témoignage de Hansen au sénat américain, une conférence climatique réunissant ministres responsables, scientifiques, ONG environnementales se tint à Toronto. Les ONG tentèrent d’y imposer une réduction des émissions de 20 % pour 2005. Cet objectif paru irréaliste à de nombreux experts, notamment Houghton, Schneider et Bolin. Une polémique faisait également rage quant à l’attribution de la vague de chaleur qui régnait sur l’Amérique du nord au réchauffement climatique. Pour Bolin et Houghton, c’était un avertissement du chaos qui menaçait les débats climatiques sans approfondissement de la base scientifique. Le GIEC fut officiellement formé à Genève en novembre, par 28 pays à peine. Bert Bolin en fut nommé président. Houghton, président du premier groupe de travail, celui consacré à la science climatique. Le deuxième groupe, en charge de l’impact et de l’adaptation, échu au soviétique Youri Israël. Le troisième, consacré à l’atténuation, à l’américain Frederick Bernthal. Derrière le paravent de la Suède neutre, les grandes puissances avaient assuré leur présence à la tête des groupes de travail.

1Organisation météorologique mondiale

2Houghton, In the Eye of the Storm, p156

3Stephen Schneider, Science as a contact Sport, p125, National Geographic Society