Au printemps 1983, Carl Sagan convoqua une réunion pour discuter d'une théorie qu'il avait développée avec quelques collègues : une guerre nucléaire provoquerait un tel dégagement de poussières qu'il en résulterait un refroidissement général persistant capable de geler l'ensemble de la planète.

Phénomène bientôt surnommé hiver nucléaire. Pour analyser l'impact du changement climatique induit, Sagan avait demandé à Paul Ehrlich de diriger une session multidisciplinaire en suite de son exposé où l'on trouvait également Stephen Jay Gould, John Holdren et Robert May, un écologue, physicien et mathématicien australien qui sera ultérieurement le conseiller scientifique de deux premiers ministres britanniques, et président de la prestigieuse Royal Society.

L'idée de Sagan, selon Stephen Schneider, était de soumettre sa thèse à la critique de ses collègues avant de l'officialiser lors d'une présentation à Washington connectée avec un groupe de scientifiques soviétiques.

Un soir, dans la chambre d'Hôtel de Sagan, il fut décidé que les scientifiques feraient de leur mieux pour renforcer la crédibilité du scénario et, le cas échéant, en souligner les erreurs. Schneider suggéra que rien de ces travaux ne devait filtrer avant une nouvelle réunion à Washington et, selon ses dires, toutes les personnes approuvèrent.

Quelques semaines plus tard, Schneider et ses collègues, armés d'un modèle plus sophistiqué, aboutirent à des conclusions bien différentes de Sagan : la planète ne pourrait geler complètement. La situation, quoique désastreuse mériterait plutôt le nom d'automne nucléaire. Mais Sagan n'en changea en rien sa position, le film pour la présentation était prêt, la revendication politique aussi : les arsenaux nucléaires devaient être réduits d'un facteur cent pour écarter le danger d'une planète gelée en cas de conflit.

La présentation eut lieu lors d'un grand show animé par Sagan, avec liaison satellitaire directe avec Youri Israël, chef du Comité d'État pour l'Hydro-Météorologie de l'Union Soviétique.

La querelle qui s'en suivit entre les deux scientifiques américains brisa leur amitié jusqu'à ce que le sénateur Timothy Wirth et son épouse les réconcilient, juste à temps pour l'Appel Conjoint1 de Sagan, signé par Schneider.

Le show de Sagan valut à l'hiver nucléaire une célébrité mondiale.

En 1987, le Rapport de la Commission Brundtland mentionne que : Ces dernières années, les savants ont en outre attiré notre attention sur la perspective d’un « hiver nucléaire ». Quelque 300 scientifiques venus des États-Unis, de l’URSS et de plus de 30 autres pays, travaillant en collaboration malgré leurs divergences idéologiques, ont étudié cette question avec toute l’autorité qui s’attache à leur compétence.2

1Cf Prologue

2Notre avenir à tous ; chapitre 11- les références n'oublient pas de mentionner les travaux de Schneider.