Philosophie introduite en 1926 par le général Smuts, homme d'état sud-africain, l’holisme fut décrit par son auteur comme : la tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, au travers de l'évolution créatrice1. C'est l'ennemie atavique de la pensée réductionniste, qui cherche à analyser un problème en le réduisant en constituants.

Calviniste convaincu dans sa jeunesse, Smuts développera ultérieurement des amitiés chez les quakers, sans adhérer à leur société. Dans une de ses dernières lettres, adressée à la reine Frederica de Grèce, il parle de la conscience du divin non comme quelque chose au-delà, mais comme l'âme et l'essence de la nature et le soi-même. Ayant suivi des études de théologie, amoureux de la nature, expert tant en biologie qu'en philosophie, il voyait dans l'évolution un développement et la stratification graduels de séries progressives de totalités, qui s'étirent depuis les commencements inorganiques jusqu'aux niveaux les plus élevés de la création spirituelle2.

Pour Smuts, une force de création de totalités est à l’œuvre partout dans l'univers. Particules élémentaires, êtres vivants, esprits et personnalités font partie d'un même ensemble holiste. Chaque série de totalités progresse en complexité d'éléments et unité de modèle jusqu'à un point où elle mute dans un nouveau type de modèle qui suit le même développement holiste, avant de muter à son tour vers un type supérieur. À chaque étape, quelque chose de nouveau entre en jeu, qui fait que la nouvelle totalité est plus que la somme de ses parties. Et cette nouvelle totalité est également une cause car elle agit en retour sur ses composants. Smuts voyait en fait deux forces à l’œuvre dans toute existence : l’une, source de croissance et développement (l’évolution), l’autre, régulatrice et formative (le Holisme).3

Cette philosophie inclut le concept de propriété émergente, représentant ici l’idée que le tout est plus que la somme des parties. Une notion également acceptable dans des visions du monde qui considère le tout non pas comme supérieur à la somme de ses parties mais simplement différent. Voire moindre, si l’on considère que les parties perdent une grande part de leur potentialité quand elles sont liées dans un tout.

La philosophie holiste, née indépendamment de la théorie de l'organisme de Whitehead, en partage une partie de la démarche. La deuxième édition de Holism and Evolution en soulignera les ressemblances. Parmi les influences de Smuts, on trouve Walt Whitman4, autoproclamé barde du peuple, d’origine quaker mais fortement influencé par les cosmologies orientales. Il soutenait l’idée de connexion organique universelle et voyait de la spiritualité jusque dans un brin d’herbe. Ce fut, pour Smuts, une libération de son éducation calviniste puritaine. Le péché cessa de dominer sa vie. Sur ces bases, Smuts intégra une conception personnelle de l’évolution darwinienne, comme on le voit dans son postulat des deux forces à l’œuvre, évolution et holisme, mais de principe philosophique très différentes du monde aveugle de Darwin.

Il a lui-même influencé certains théologiens, tels Leonardo Bof, premier théologien de la libération à situer les considérations sociales de celles-ci dans un contexte écologiste plus vaste qui utilise le holisme pour souligner l’interconnexion et la complexité de tout être, exprimée par la métaphore de l’Esprit5. Très actif en politique, l’holisme de Smuts le poussa à privilégier la coopération internationale, étant à la base de la Société des Nations et des Nations-Unies. Sans toutefois le faire renoncer à la discrimination raciale en vigueur alors dans son pays.

Victime de son succès, le concept de Smuts a été dégradé en une vision simplifiée, voir simpliste, qui consiste à privilégier toute approche basée sur une vue d’ensemble, souvent loin des motivations spirituelles de Smuts, et parfois appliqué à des philosophies qui lui sont bien antérieures. Néanmoins, les notions de spiritualité et d’organismes sont souvent très proches des visions se revendiquant du holisme.



1Jan Smuts, Holism and Evolution. Londres : Macmillan & Co Ldt, 1926, 362 p (selon wikipédia)

2Wikipédia (Holism and Evolution)

3Rose De La Hunt, A Man and his Vision, The Holistic Smuts, critique de Piet Beukes, The Holistc Smuts : A study in personality

4Walt Whitman (1819-1892) Encyclopediae of Religion and Nature, p1738 Continuum, 2008

5Leonard Bof (1938 - ) voir Encyclopediae of Religion and Nature, p207-208 et p783 Continuum, 2008