L’IPBES est la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique1 sur la biodiversité et les services écosystémiques, une institution onusienne chargée de la prise en charge des problèmes liés à ces deux concepts, dont l’organisation est librement inspirée de celle du GIEC.

Elle organise des conférence des parties, à la manière de l’UNFCCC pour le climat, telle la COP14 qui s’est tenue en 2018 à Charm el-Cheikh, en Egypte

En 2016, elle publie un rapport sur la passionnante et très controversée question des pollinisateurs, basée sur l’examen de près de trois mille études, dont nous citerons ici quelques extraits tirés du résumé à l‘intention des décideurs.

C’est alors Robert Watson, ancien président du GIEC, qui prête son talent et son expérience à l’institution en la présidant. Le développement des dimensions culturelles et spirituelles de la biodiversité y est matérialisée par un mot d’introduction d’Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, aux côtés de ses collègues de l’UNEP, de la FAO - Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture - et du Programme des Nations Unies pour le Développement. Elle y souligne que Pour la première fois dans le cadre du rapport de l’IPBES sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire, les connaissances scientifiques et autochtones ont été réunies afin d’évaluer un service important dépendant de la biodiversité, la pollinisation…

Cette alliance égalitaire entre science et savoir autochtones est rappelée de nombreuses fois dans ce résumé, au point que l’expression savoirs autochtones et locaux en constitue le leitmotiv dominant.

Un aspect curieux de ce résumé 2016 est celui de bienfaits de la nature pour l’homme qui, selon le glossaire, comprend les effets néfastes comme bénéfiques de la nature sur la réalisation d’une bonne qualité de vie pour différentes populations et dans différents contextes. Il est souvent nécessaire de trouver un juste équilibre entre les effets bénéfiques et néfastes des organismes et écosystèmes, une démarche qui doit se comprendre à la lumière des multiples effets qu’un écosystème donné produit dans des contextes spécifiques.

L’ours qui dévore les brebis du berger, avec un randonneur de temps à autre pour varier le menu, le virus à couronne qui envoie une partie de l’humanité sous terre et bloque le reste chez elle pendant des mois, les loups qui tuent plus de mouton qu’ils n’en peuvent manger, le mildiou qui ravage les vignes, le tigre qui attaque les paysans indiens, des bienfaits de la nature ? Sans doute une volonté de compromis est-elle à l’origine de cette curieuse définition des bienfaits de la nature qui comprennent ses méfaits. Bien peu auront la curiosité d’aller chercher dans le glossaire la réalité incongrue qui se cache derrière le terme angélique de bienfaits.

À noter que dans le rapport 2019 sur la biodiversité, la notion de bienfait de la nature est remplacée par celle de contribution. Qui ne comprend apparemment aucun aspect négatif. Sauf à avoir la curiosité d’aller consulter le glossaire dans les annexes du document. Il nous indique que Contributions de la nature aux populations s’entend de l’ensemble des avantages que l’humanité obtient de la nature. Les biens et services écosystémiques, envisagés séparément ou en paquets, sont inclus dans cette catégorie. Dans d’autres systèmes de connaissance, les bienfaits de la nature et autres concepts similaires désignent les avantages naturels qui procurent à l’humanité une bonne qualité de vie. Les aspects de la nature qui peuvent être nuisibles aux populations (causant un dommage), tels que les ravageurs, les agents pathogènes ou les prédateurs, entrent également dans cette large catégorie.

Voilà que les nuisances sont bien reprises dans le concept de contributions de la nature...tout en étant présentées comme des avantages… et toujours pour ceux qui lisent les annexes. L’IPBES a bien du mal à accepter que tout n’est pas rose sous notre soleil cancérigène. Mais le glossaire disponible sur son site en 2020 donne une lueur d’espoir :

Les contributions de la nature aux personnes (PCN) sont toutes les contributions, à la fois positives et négatives, de la nature vivante (c'est-à-dire la diversité des organismes, des écosystèmes et de leurs processus écologiques et évolutifs associés) à la qualité de vie des personnes. Les contributions bénéfiques de la nature comprennent des éléments tels que l'approvisionnement alimentaire, la purification de l'eau, le contrôle des inondations et l'inspiration artistique, tandis que les contributions néfastes comprennent la transmission de maladies et la prédation qui endommagent les personnes ou leurs biens. De nombreux PCN peuvent être perçus comme des avantages ou des inconvénients selon le contexte culturel, temporel ou spatial.

Il ne restera plus qu’à remplacer le mot aux connotations encore trop bénéfiques de contribution par, disons, influence, interférence ou impact pour rendre notre environnement sous un éclairage plus neutre.


Mai 2019. L’IPBES publie un communiqué de presse pour saluer la publication du résumé pour les décideurs de son dernier rapport global sur la biodiversité. L’entrée en matière n’a rien à envier à la presse à sensation :


Le dangereux déclin de la nature :

Un taux d’extinction des espèces « sans précédent » et qui s’accélère. La réponse mondiale actuelle est insuffisante ; Des « changements transformateurs» sont nécessaires pour restaurer et protéger la nature. Les intérêts particuliers doivent être dépassés pour le bien de tous. C’est l’évaluation la plus exhaustive de ce type ; 1.000.000 espèces menacées d'extinction. « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine - et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier »

La santé des écosystèmes se dégrade, déclare Robert Watson, pourtant il n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial », a-t-il ajouté  «Grâce au «changement transformateur», la nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable.

Nous apprenons dans ce communiqué que :

75 % du milieu terrestre est « sévèrement altéré » à ce jour par les activités humaines (milieu marin 66 %) ; 47%: pourcentage de réduction des indicateurs de l'étendue et de l'état des écosystèmes mondiaux par rapport à leur état naturel estimé, nombre d'entre eux continuant de diminuer d'au moins 4% par décennie ; 30 % : réduction de l'intégrité de l'habitat terrestre mondial.

Dans l’esprit de cette institution, l’humanité est plus que jamais ce phénomène non-naturel qui altère une nature harmonieuse et qui le resterait, n’était l’action des rejetons d’Adam qui corrompent tout ce qu’ils touchent.

87%: pourcentage des zones humides présentes au 18e siècle qui ont été perdues en 2000 - la perte de zones humides est actuellement trois fois plus rapide, en termes de pourcentage, que la perte de forêts.

Mais où sont les marécages d’antan ? Combien d’espèces de moustiques allons-nous encore "perdre" ? Le communiqué évalue le nombre total d’espèces animales et végétales sur terre à 8 millions – dont 5,5 d’insectes. Dont combien de moustiques ? La perte d’un million d’espèces est envisagée dans les décennies qui viennent. Les difficultés conceptuelles de la notion d’espèce ne sont bien entendu pas abordées dans ce communiqué, mais le site internet de l’IPBES dispose d’un glossaire qui nous dit qu’une espèce est un groupe d'organismes qui se reproduisent entre eux qui, pour la reproduction, est isolé de tous les autres organismes, bien qu'il existe de nombreuses exceptions partielles à cette règle dans certains taxons. Sur le plan opérationnel, le terme espèce est une unité taxonomique fondamentale généralement acceptée, basée sur une similitude morphologique ou génétique, qui une fois décrite et acceptée est associée à un nom scientifique unique2.

Bien que différente de celle donnée par Wilson dans Biodiversity elle n’est pas moins confuse pour autant. Au contraire. Et généralement acceptée par qui au juste ? Où sont en fait les experts appelés à voter dont parlait Darwin ? Les parlements des états membres de l’IPBES ont-ils un contrôle sur les choix arbitraires faits en la matière ? Ne rêvons pas…

On ne s’étonne pas que le communiqué précise que le rapport s’appuie aussi (et pour la première fois à une telle échelle) sur les savoirs autochtones et locaux, et aborde en particulier les questions concernant les peuples autochtones et les communautés locales. Nous apprenons qu’ils gèrent ou possèdent 28 %  de la superficie mondiale des terres, y compris plus de 40 % des zones officiellement protégées et 37 % de toutes les zones terrestres restantes ne subissant qu’une très faible intervention humaine

La médiatisation outrancière de ce communiqué de presse elle la cause principale de la grande panique extinctionniste et climatique qui se déclenche alors à l’échelle mondiale.








1Science-policy dans l’original anglais

2Traduction officieuse de l’original anglais