De nos jours, les grandes lignes idéologiques dominantes ne se forment plus dans la base sociale de chaque état.

Elles se développent parfois autour de l'ONU mais, faute de gouvernement pour les structurer et de police pour les imposer, elles mûrissent plutôt dans une sorte de vaste nébuleuse internationale.

Il n’y a pas que les entreprises qui ont été délocalisées, les prises de décisions idéologiques l’ont été aussi. Biodiversité et principe de précaution, internet des objets sont de ces concepts qui nous sont arrivés via cette nébuleuse, sous une forme appauvrie dans leurs dimensions idéologiques, spirituelles et religieuses, mais alourdis d’une propagande utilitariste.

Personne ne contrôle cette nébuleuse, pas même elle-même. Elle comprend des personnes et organisations aux intérêts et idéologies parfois fortement opposés. Cela va des géants technologiques, plus puissantes entreprises capitalistes mondiales, aux lobbies altermondialistes – qui n’ont pas changé leur ancien nom antimondialistes pour rien.

Sans oublier les ONG dont les plus puissantes sont gérées comme des entreprises brassant parfois des centaines de millions de dollars annuellement et pouvant compter en outre sur la collaboration de scientifiques militants jouissant souvent d'une position privilégiées auprès des instances de leurs gouvernements et de l'ONU.

La nébuleuse privilégie le concept de latéralité en son sein mais paradoxalement pèse de toute la verticalité des cieux onusiens sur le commun des mortels. En conséquence, les élus vont chercher leur inspiration plus souvent dans la Nébuleuse que chez leurs électeurs. On les voit à l'ONU, à Davos, on en vit même à Porto Allegre aux côtés des altermondialistes. Ils y sont exposés à un risque important de biais de confirmation - le fait que les participants se confortent les uns les autres dans des préjugés idéologiques communs qui mènent en fait à des conclusions erronées.

Et deviennent de simples courroies de transmission des idéologies de la Nébuleuse imposées d’en haut à leurs électeurs. Les citoyens lambda des démocraties se transforment lentement en hors caste d'un système politique et social qui les dépasse. C’est l’agonie de la démocratie.

Comment le citoyen ou l'élu qui voudrait contester la valeur intrinsèque de la biodiversité pourrait-il le faire ? La plupart en ignorent l’existence, à fortiori le sens. La plupart des élus ayant ancré la convention onusienne de 1992 dans leur législation nationale ne comprenaient probablement pas les implications idéologiques et religieuses de ce qu'ils votaient.

Aucun débat de société n'a jamais été organisé sur ce concept à la religiosité si forte.


Exemplaire de cette évolution est la généralisation de compteurs électriques communicants. Sans doute utiles aux gros consommateurs, ils n'ont aucun intérêt pour les petits utilisateurs.

Alors pourquoi les imposer à tous ? Ils sont indispensables à deux courants circulant dans la Nébuleuse, dont Rifkin est la meilleure synthèse. Le courant technologique qui veut imposer l'internet des objets et le courant écologique qui rêve de transformer les maisons des particuliers en microcentrales électriques, appelées parfois maisons à énergie positive dans leur jargon, et capables de fournir de l'énergie « verte » en grandes quantités. Via de vastes réseaux transnationaux dont la gestion nécessite ces compteurs. Particulièrement dans le contexte de la gestion des énergies intermittentes comme le soleil et le vent.

En France, l'obligation d'installer ces compteurs dans tous les foyers a suscité de nombreuses oppositions, parfois violentes. On invoque des questions de santé, de respect de la vie privée, de coûts. Tous motifs respectables qui passent pourtant à côté des enjeux principaux. Les installateurs revendiquent des économies d’énergies qui ne sont possibles que chez les plus gros consommateurs pour les imposer à tous. Seuls les distributeurs d'électricité, peu médiatisés, ne cachent pas leurs motivations, quand on veut bien les interroger. Contrôler la consommation, notamment par des tarifications variables dans le courant d’une même journée.

Rappelons-nous de ce que disait Rifkin à propos du contrôle à distance de nos machines à laver et autres ustensiles domestiques, ou de l’utilisation projetée, par le direction du réseau belge, des batteries de véhicules privés pour stocker les énergies intermittentes. L’association des ingénieurs de l’Ontario, dont nous parlons par ailleurs, se désole dans sa présentation de 2015 que ces compteurs n’ont pas eu l’effet espéré, aplatir les pics journaliers de consommation, faute d’une politique tarifaire adaptée aux horaires. Peu de promoteurs de ces compteurs discutent de ces problèmes ouvertement. Débat démocratique ? Zéro ! Or toute vision sociale holiste entraîne un risque totalitaire.