Le concept de Nutri-Score adopté par la France, l'Espagne, l’Allemagne et la Belgique illustre une forme d'érosion de la démocratie.

Ce code couleur linéaire, inspiré des feux de la circulation, est censé nous informer sur les qualités nutritionnelles des produits alimentaires que nous achetons.

Rouge, c'est Stop ! Vert, c'est GO !, avec toute une gradation intermédiaire.

En une droite du Bien et du Mal, système linéaire incapable de représenter la complexité de notre santé.

Objectif ? Faire baisser des courbes antipathiques, telles celles du diabète et de l’obésité, qui ont tendance à monter. D'information objective, le système n'en fournit plus aucune.

Les anciens systèmes donnant ce type de renseignement sont accusés d'être trop compliqués. C'est exact, mais c'est parce que la santé EST compliquée.

Objectif de santé publique, le Nutri-Score transforme le consommateur en simple point d'un nuage statistique. Sa santé réelle, personnelle, n'entre plus en compte.

Son droit à une information objective non plus. Il ne peut même plus refuser de lire ce code car la loi impose qu'il soit clairement visible de tous.

C'est une manipulation psychologique, le règne de la propagande manipulatrice, un label bouffe-çà-bouffe-pas-çà imposé par le pouvoir à ses sujets. Digne des pires distopies.

Certains résistent à bon droit. Il a justement été accusé de vouloir nous transformer en chien de Pavlov1. Il a plané un temps une atmosphère de guerre tribale entre scientifiques militants et scientifiques de l’industrie avec les consommateurs comme butin potentiel ; puis les industriels s’y sont ralliés, voyant tous les profits qu’ils peuvent tirer, à l’heure du Big Data et de l’intelligence artificielle, de la mine d’information fournie par ce système.

La tentative d’imposer ce système à l’ensemble de l’Union Européenne se heurte à la réticence de certains états membres qui y voient une tentative de culpabiliser leur culture gastronomique traditionnelle.

Bien que les auteurs du système n’ont certainement pas voulut attaquer tel ou tel pays, le remplacement d’un système d’information objective par un système de pression psychologique ne peut que susciter de telles polémiques.

Grand perdant : le droit à l’information des consommateurs. Ne plus pouvoir acheter une boite de petits pois sans recevoir cette marque de propagande d’état en pleine figure peut être exaspérant.

Enfin, on peut encore se consoler en entrant dans une pâtisserie artisanale s’acheter une tarte au sucre. Personne ne vous collera un Nutri-Score sous le nez. Pour l’instant...


1Par Guy-André Pelouze, chirurgien des Hôpitaux au Centre hospitalier Saint-Jean à Perpignan in Étiquetage alimentaire : les bonnes intentions ne font pas de bonnes politiques, Le Monde, 13 juin 2014.