La paille et la poutre...

Chaque heure, suffisamment d’énergie solaire atteint la Terre pour répondre aux besoins énergétiques humains pendant une année entière. La technologie solaire photovoltaïque est largement considérée comme une solution «gagnant-gagnant» qui peut exploiter cette «énergie gratuite» pour lutter contre le réchauffement climatique, réduire la dépendance des États-Unis à l’égard des importations d’énergie, créer des «emplois verts» et aider à revitaliser l’économie américaine. L’énergie solaire jouera un rôle essentiel pour relever ces défis, mais à mesure que le secteur du solaire photovoltaïque se développe, peu d’attention est accordée aux coûts environnementaux et sanitaires potentiels de cette expansion rapide. Les panneaux solaires photovoltaïques les plus utilisés sont basés sur des matériaux et des processus de l’industrie de la microélectronique et ont le potentiel de créer une énorme nouvelle vague de déchets électroniques à la fin de leur vie utile, qui est estimée entre 20 et 25 ans. Les nouvelles technologies solaires augmentent l’efficacité des cellules et réduisent les coûts, mais nombre d’entre elles utilisent des matériaux extrêmement toxiques ou entraînant des risques inconnus pour la santé et l’environnement.

Toward a Just and Sustainable Solar Energy Industry, 2009


Cet avertissement émanant de la Silicon Valley Toxics Coalition, ONG environnementale établie au cœur de la Silicon Valley, haut lieu des industries électroniques américaines, est emblématique d’une problématique préoccupante : l’apparition de pollutions commises au nom de l’écologie et tout particulièrement de la lutte contre le réchauffement climatique.

Ces pollutions ne proviennent pas nécessairement des produits eux-mêmes, mais de sous-produits ou de leur production, et ne sont que rarement exclusivement le fait des industries «vertes ». N’empêche que celles-ci constituent un alibi freinant la conscientisation et la prise en charge de ces pollutions. Ainsi la production de silicium très pur nécessaire en microélectronique concerne de nombreuses technologies informatiques et non seulement le secteur des technologies solaires.

Ce silicium est produit à partir de la silice que l’on trouve en abondance sur terre sous forme de sables ou de quartz. C’est l’exigence de très haute pureté qui cause quelques soucis. Sous forme de poussières dangereuses pour les travailleurs malgré le port de masques. Sous forme d’explosions accidentelles provoquées par l’utilisation du gaz silane (SiH4).

En outre, de la production de ce gaz résultent des déchets à base de tétrachlorure de silicium (SiCl4), substance qui réagit violemment avec l’eau, cause des blessures cutanées et des problèmes respiratoires. Cette liste est loin d’être limitative. Dans la cohorte des produits dangereux impliqués dans cette industrie, le plus étonnant dans le contexte climatique est l’utilisation d’hexafluorure de sulfure (SF6) utilisé pour nettoyer les réacteurs utilisés dans la production de silicium.

Peu médiatisé, ce gaz est pourtant considéré par le GIEC comme le gaz à effet de serre intrinsèquement le plus puissant : 250001 fois plus puissant que le CO2 pour une tonne.

Et ceci ne dit encore rien des nombreux défis posés par la fin de «vie» des panneaux solaires, problèmes de déchets et de recyclage des nouveaux matériaux émergeant dans cette industrie.


L’industrie éolienne n’est pas en reste pour s’attirer des critiques environnementales méritées. Passons sur l’accusation de porter atteinte aux paysages, absurdes dans le contexte moderniste de jadis mais qui prend toute la saveur de l’arroseur arrosé dans le contexte écologiste contemporain qui a sanctifié les paysages naturels, réalisant les rêves les plus exaltés de John Muir.

Plus concrètes sont les atteintes à la santé des riverains. Les polémiques font rages sur l’impact des vrombissements ou de la fascination malsaine qui peut prendre ceux qui sont soumis trop longtemps à leur vue. Des mesures sont prises pour éviter leur proximité d’avec les habitations – ce qui réduit fortement leur potentiel dans les pays densément peuplés.

Il y a aussi leur usure rapide. Tous ces défauts font l’objet de recherches en atténuation.

Que n’a-t-on pas directement pris en charge ces problèmes ? Il fallait faire du renouvelablepour faire du renouvelable. Peu importe les dégâts… car le renouvelable c’est bon ! Au passage, le vert de l’écologie s’est admirablement bien marié avec celui du dollar.

Et puis il y a la grande dépendance à l’électronique. Une polémique spécifique s’est élevée quant à l’usage des industries éoliennes des terres rares. Qui ne concerne pas qu’elles, et pas tous les fabricants d’éoliennes. En dépit de leur nom, ces éléments ne sont pas vraiment rares. Mais difficiles à détecter et à miner. Par  «chance » leur détection est facilitée par leur association fréquente avec des éléments radioactifs tels que le radium et le thorium. La séparation implique l’usage de produits dangereux, tels qu’acides puissants.

Se pose ensuite la question des déchets radioactifs. Pour un temps, la mine principale se trouvait à Mountain Pass, dans l’Ouest américain. Polluant toute une région par des fuites de déchets radioactifs dans un pipe-line. La mise en conformité environnementale, combinée à la concurrence chinoise, permit à ce dernier pays de se donner un quasi-monopole sur la production de terres rares. Sans trop se soucier de la sécurité des travailleurs manipulant les acides ou de la radioactivité alarmante qui se développe près de certaines décharges, parfois proches de villages. Des systèmes électroniques embarqués sur des éoliennes, cause d’un problème de radioactivité ? La paille et la poutre environnementale de l’écologie.


De plus, les énergies solaires et éoliennes ont un fâcheux inconvénient : le vent et le soleil fournissent des énergies certes renouvelables, mais aussi inconstantes.

Pour résoudre le problème, l’idéologie a fourni plusieurs solutions intéressantes...sur le papier. Il y a l’idée de les doubler d’énergies sales, mais efficaces, à n’utiliser qu’en cas de pénurie de vent ou de soleil, ou bien de les relier dans de gigantesques réseaux bâtis sur l’idée qu’il y toujours du vent et du soleil quelque part sur terre.

Séduisantes idées. La réalité est moins alléchante. Les câbles sous-marins coûtent une fortune, les campagnes se zèbrent de lignes à haute tension, une partie substantielle de l’énergie est perdue dans le voyage.

Dieter Helm souligne que chaque fois qu’une ferme éolienne s’ouvre, un communiqué de presse clame invariablement qu’elle produira assez d’électricité pour alimenter un nombre déterminé de foyers – en oubliant de spécifier que c’est seulement quand le vent souffle2.

Le communiqué évite la question du coût, des subsides, des énergies de doublure nécessaires quand il n’y a pas assez de vent… ou qu’il y en a trop. Car dans ce cas apparemment idéal, le réseau peut-être surencombré d’énergie. Au point de devoir payer les marchands de vent pour qu’ils arrêtent leurs machines. Pourquoi ne pas plutôt les obliger à stocker leur énergie excédentaire sous forme d’hydrogène dans ce cas ? Seuls quelques idéalistes le font effectivement.

Ne croyons pas qu’améliorer l’efficacité des énergies intermittentes va simplifier le problème. Au plus ces énergies sont efficaces, au moins les doublures «sales» doivent fonctionner. Idéal ? Oui, sauf que le coût de fonctionnement de ces centrales devient prohibitif, puisqu’il faut les entretenir pour ne presque plus produire. Paradoxe : il faut alors subsidier les pollueurs pour qu’ils viennent au secours des énergies «propres».

La solution idéale est évidement de pouvoir stocker les énergies intermittentes. Certains pays disposent de vastes réservoirs hydroélectriques en guise de régulation. C’est idéal mais loin de suffire au besoin. Quantité de recherches sont en cours pour créer de nouvelles possibilités de stockage de l’énergie. L’une des plus vantée est l’hydrogène. Qui, pour un usage à grande échelle, n’en finit pas de se faire attendre. Avoir lancé de vastes programmes d’énergies intermittentes sans avoir d’abord résolu le problème du stockage, c’est avoir mis la charrette avant les bœufs. En rêvant qu’elle soit tirée par l’idéologie.

Dans une présentation de 2015, une association d’ingénieurs de l’Ontario – province canadienne qui eut l’honneur d’avoir pu développer ses énergies renouvelables très tôt, sous la houlette de Maurice Strong – résume parfaitement la problématique des énergies intermittentes en écrivant : Nous avons besoin d’arrêter d’ajouter du solaire et de l’éolien pour des raisons idéologiques et devons nous limiter à les utiliser uniquement là où leurs contributions économiques et environnementales sont positives3.

Un bon sens qui a du mal à se faire entendre. Le terme énergies renouvelables lui-même est peu pertinent car il englobe des énergies trop différentes tant dans leur praticabilité que dans leur impact environnemental y compris leur empreinte carbone.

Ce terme représente avant tout une catégorie idéologique, non fonctionnelle. Elle recouvre des énergies qui n'ont aucun rapport tant sur plan de l'efficacité que de l'impact environnemental. Leur seul lien est basé sur le rêve d'un monde harmonieux où tout tourne rond. Un monde qui n'existera jamais. Si nous nous fixons un objectif environnemental précis, tel que la réduction de notre empreinte carbone par exemple, il faut savoir utiliser des énergies bas-carbone non renouvelables tel le nucléaire par exemple.

Toutes les énergies sont bonnes à prendre quand on les utilise intelligemment. Aucune quand on les utilise pour des motifs idéologiques. Malheureusement le cas le plus général. Pour pousser des énergies idéalisées comme pour interdire d’autres car diabolisées. Parfois à tort.


L’une des pratiques les plus bizarres commise au nom de la lutte contre le réchauffement climatique est la combustion de quantités importantes de bois pour faire de l’électricité. Ceci produit plus d’émissions carbones que les carburants fossiles, sur l’idée que l’on ne fait que rendre à l’atmosphère le CO2 pris par ces arbres pour croître.

Idée qui aurait mérité des études préalables approfondies. Car si le raisonnement peut être occasionnellement juste, c’est loin d’être le cas général, tant le comportement réel des forêts est complexe. Car photosynthèse et respiration se côtoient en fait dans le monde végétal. On a préféré le principe on coupe d’abord, on réfléchit après.

Particulièrement critiquée est la pratique de couper annuellement des millions de tonnes de bois dans les forêts du sud-est américain, de leur faire traverser l’atlantique pour être brûlées en Europe. Le Royaume-Uni et la Belgique sont les champions du genre. Certes, la pratique est durable, car on replante - sauf aux yeux des défenseurs de la biodiversité qui pointent le remplacement de forêts diversifiées par des monocultures.

La question principale est pourtant de savoir si, vraiment, l’empreinte carbone des pays concernés en est améliorée. Certaines études suggèrent que ce n’est pas le cas4. Que fait-on alors quand des industries bâties sur un rêve idéologique sont en pleine activité ? On ferme les yeux et on continue l’activité comme si de rien n’était.

La question des biocarburants fait aussi couler beaucoup d’encre, sur son impact environnemental comme sur le bon sens qui dicte que l’agriculture est faite pour nourrir l’humanité, non les moteurs. Le sujet est vaste et ardemment débattu. On peut craindre une pression sur les ressources alimentaires. Mais on cherche aussi des ressources biologiques sans influences sur l’alimentation mondiale.

Une des idées les plus pittoresques avancées dès le début de la lutte climatique et d’entrée validée par le GIEC est la Séquestration géologique du dioxyde de carbone – CSS dans son acronyme anglais, l’idée d’enterrer les émissions de CO2 dans le sol – tant produites par les carburants fossiles que par la biomasse si controversée. Des estimations théoriques suggèrent que 99 % du CO2 injecté sur mille ans pourrait être emprisonné pour plusieurs millions d'années sous réserve que les technologies nécessaires soient développées et validées. C’est loin d’être le cas et ce n’est pas sans danger. Le gaz CO2 contient en réalité des gaz annexes dont certains sont très réactifs. Le CO2 lui-même peut attaquer la roche. Certains craignent un risque de tremblement de terre pire que pour la fracturation hydraulique telle qu’utilisée pour le pétrole ou le gaz dans les schistes bitumineux – ou pour la géothermie à grande échelle, énergie renouvelable, adepte des mêmes techniques, qui entraînent des problèmes similaires mais bien moins médiatisés.

Et puis il y a le mauvais souvenir de la catastrophe du lac Nyos, au Cameroun, en 1984 ou le dégazage brutal d’un lac volcanique a tué 1700 personnes. Si le gaz carbonique n’est pas toxique, la poche a chassé pendant quelques temps l’oxygène respirable, asphyxiant personnes et bétail sur son passage.


Pourtant il y a une reine au monde des énergies renouvelables : l’hydroélectricité. La seule énergie renouvelable performante avant l’ère écologique et la seule encore vraiment performante aujourd’hui. Y compris sur le plan environnemental5. Las, l’hydroélectrique à grande échelle fait l’objet d’une culpabilisation intense. Car elle modifie les paysages, la biodiversité, bref, change l’environnement. Un péché contre la création en nos temps écologistes.


Il n’est pas jusqu’au concept le plus évident pour limiter notre impact environnemental qui ne soit pas souvent pris en défaut. J’ai nommé les économies d’énergies. Elles provoquent des effets rebonds – aussi appelé paradoxe de Jevons, du nom de son découvreur.

Cet économiste britannique craignait, vers la fin du XIXème siècle, que le Royaume-Uni ne courre vers une pénurie grave de charbon – et que les énergies de substitution ne fussent illusoires.

C’est en étudiant cette idée doublement fausse qu’il découvrit le paradoxe qui porte son nom : les améliorations apportées à la machine à vapeur par James Watt, la rendant moins énergivore, loin d’avoir réduit la demande de charbon, l’avait fortement augmentée.

Il conclut que c'est une confusion d'idées que de supposer que l'utilisation économique du carburant équivaut à une consommation réduite. Le contraire est la vérité6.

La raison en était que l’efficacité énergétique plus grande de la machine l’avait rendue plus attractive, entraînant une hausse de son utilisation et donc de la consommation d’énergie. Ainsi de la famille modèle qui diminue sa consommation de chauffage en isolant sa maison, découvre qu’elle fait une belle économie et en profite pour partir en vacance en avion pour une destination lointaine.

Si l’exemple semble caricatural, il est extrêmement difficile de ne pas dépenser l’économie faite par quelque action réduisant l’empreinte sur l’environnement en une action sans impact sur celui-ci.

Et il va parfois se nicher où on l’attend le moins. Le télétravail, par exemple, semble exemplaire pour réduire son impact environnemental. Las ! Certains travailleurs en profitent pour ressortir leur voiture, abandonnant les transports en commun. On parle de pourcentage de rebond : par exemple 50 % si on a quand même une perte de seulement la moitié de l’effet attendu.

Plus surprenant encore, les gens qui travaillent beaucoup en télétravail ont tendance à aller habiter loin des transports en commun, car les logements y sont moins chers. Ils doivent alors plus employer leur voiture, pour faire leurs courses, pour conduire leurs enfants à l’école … et ont plus de temps et de flexibilité dans leur travail pour en profiter.

Même l’apparition de voitures moins énergivores n’est pas un gage de réduction de la consommation d’énergie globale car elle peut inciter son propriétaire à rouler plus. C’est pour pallier à cet effet que François Schneider, chercheur en environnement français, a proposé un effet débond consistant à profiter des gains de productivité pour réduire ses besoins. La meilleure façon d’y arriver serait alors de réduire son temps de travail rémunéré.


Plus pragmatique que beaucoup d’autres, James Hansen s’est fait défenseur du nucléaire. Peu avant le fiasco parisien, il signe, avec trois prestigieux collègues, dont Tom Wigley, un appel à promouvoir le nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce qui lui valut quelques volées de bois vert chez les militants écologistes purs et durs, ainsi de Naomi Oreskes :

Il y a aussi une nouvelle forme de déni étrange qui est apparue récemment dans le paysage, celle qui dit que les sources renouvelables ne peuvent pas répondre à nos besoins énergétiques. Curieusement, certaines de ces voix incluent des climatologues qui insistent sur le fait que nous devons maintenant nous tourner vers un développement massif de l’énergie nucléaire. Pas plus tard que la semaine dernière, alors que les négociateurs se rapprochaient de l’accord de Paris, quatre climatologues ont tenu une session hors site pour insister sur le fait que la seule façon de résoudre le problème climat / énergie était de développer massivement et immédiatement l’énergie nucléaire. Plus que cela, ils blâment les écologistes, suggérant que l’opposition au nucléaire se situe entre nous tous et un monde (limité) à deux degrés (de réchauffement global).

Suivent des arguments en faveur d’un développement des énergies renouvelables, du coût et de l’empreinte carbone de la construction de centrales nucléaires, de leur danger et de la problématique des déchets. Ces deux derniers points réels mais sans rapport avec le climat.

Hansen, lui, croit dur comme fer à une renaissance nucléaire des États-Unis, paradoxalement enterré sous le gouvernement Clinton – Gore, bien au courant de la problématique climatique. Il croit plus particulièrement dans la quatrième génération de centrales, provisoirement en mixité avec la troisième.

J’ai parlé avec de nombreux dirigeants des services publics et leur personnel technique, écrit Hansen, et tous me disent qu’accroître l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ne suffiront pas dans un avenir prévisible. En pratique, il faudra garder une capacité de base en énergies fossiles ou nucléaires... Pourtant, quand je recommande de tester en urgence les possibilités de la quatrième génération de centrales nucléaires, je suis bombardé de messages émanant d’écologistes et d’opposants au nucléaire.

Le plus souvent, ce sont des recommandations amicales – car ils partagent mes préoccupations climatiques - mais ils me redirigent vers l’un ou l’autre parmi une poignée d’experts nucléaires. Certains sont affiliés à des organisations telles que le Natural Ressources Defense Council, le WWF, ou lUnion of Concerned Scientists et il y a Amory Lovins du Rocky Mountain Institute, qui veut supprimer l’hydroélectrique grand format en sus du nucléaire.

Fier d’avoir reçu une récompense du WWF des mains du Duc d’Édimbourg en personne, Hansen se dit d’accord à 90 % avec les idées de ces organisations. Mais, ajoute-il, ensuite j’ai appris que le même petit nombre d’organisations et d’experts, qui répètent le même message depuis des décennies, ont une influence disproportionnée au vu de leur nombre. J’ai trouvé que les membres du Congrès et leurs équipes, aucun d’entre eux étant expert nucléaire, tiraient l’essentiel de leurs recommandations sur le nucléaire des mêmes organisations. Elles envoient le même petit groupe d’«experts», qui parlent en détails techniques qui brouillent les auditeurs...C’est ce qui me rend un peu en colère. Ces gens ont-ils le droit de parler au nom de mes petits-enfants ? Les militants anti-nucléaires sont si certains d’avoir raison qu’ils vont éliminer une alternative aux carburants fossiles…

Et Hansen de surnommer l’Union of Concerned Scientists : Union of Concerned Lobbyists.7

C’est avec en tête l’idée de plaider pour la sortie des énergies fossiles qu’Hansen avait rédigé une lettre publique à l’adresse de la Chancelière Angela Merckel, traduite en allemand par les bons soins d’une organisation écologiste locale. Hans Joachim Schellnhuber, président fondateur de l'institut climatique de Potsdam, conseiller du gouvernement allemand et ultérieurement conseiller du Vatican lors de l'accord de Paris réussit à convaincre Hansen de renoncer à la publication de la lettre en lui organisant une rencontre à Potsdam avec le ministre allemand de l’environnement, Sigmar Gabriel.

Las, le ministre allemand lui avoua que, décidé à sortir du nucléaire au plus vite, il ne pouvait soutenir une sortie du charbon ou du lignite, l’Allemagne étant une spécialiste des grandes mines à ciel ouvert de ce combustible, car indispensables en soutient des énergies renouvelables intermittentes. Pire, de nouvelles centrales seraient construites, c’était une décision politique non négociable. Trois ou quatre ans plus tard, la catastrophe de Fukujima servit de prétexte pour accélérer la fermeture de certaines centrales nucléaires, dans le cadre d’un gigantesque virage énergétique, Energiewende, censé mettre l’Allemagne entièrement sous la dépendance d’énergies renouvelables et « propres ». Las, la transition est plus laborieuse que rêvée et la fermeture des centrales nucléaires s’est avérée bien trop prématurée. Les lendemains qui chantent verts sont reportés de quelques décennies.

D’autres pays veulent suivre le mauvais exemple allemand.

En Belgique, les partis écologistes ont obtenu de remplacer l’entièreté de son énergie nucléaire par... du gaz ! Pour, ensuite, faire partiellement marche arrière en prolongeant certains réacteurs pour quelques années. Certes, les centrales au gaz sont devenues très performantes, y compris sur le plan de l’empreinte carbone. Mais c’est quand même un recul sur ce plan par rapport au nucléaire. C’est transitoire, nous dit-on. Le nucléaire pourrait l’être aussi. Et vers quoi transite-on ? Les énergies renouvelables ? La Belgique n’a que 60km de côte pour l’éolien offshore. Elle est trop densément peuplée pour l’éolien terrestre à grande échelle. L’énergie solaire n’y est pas reine car le pays est entièrement au nord du 45ème parallèle. Le petit hydroélectrique est limité et personne n’envisage de déplacer quelques milliers de personnes pour faire du gros hydroélectrique. Reste la biomasse. Nous avons vu que les millions de tonnes de bois importées des États-Unis ne sont pas une solution pour le climat.

Le seul espoir hors nucléaire réside dans les grands réseaux mondiaux permettant de transférer les énergies renouvelables d’un bout à l’autre de la planète. Nous en sommes loin encore. L’énergie nucléaire est une énergie du passé, disent les écologistes belges. On construit des centrales nucléaires en Chine, en Russie, en Tchéquie, en Pologne et on en projette même en Arabie saoudite. Entre autres...Peut-être sera-ce cette énergie que les grands réseaux finiront par fournir à la Belgique. Voire même du charbon. Aucun cauchemar n’est à exclure quand l’idéologie prime sur le pragmatisme. Hansen a raison : Les militants anti-nucléaires sont si certains d’avoir raison qu’ils vont éliminer une alternative aux carburants fossiles…pour la remplacer par du gaz.


Il faut espérer que toutes les nouvelles formes d’énergies soient un jour performantes sur le plan climatique, tout en limitant au maximum leurs inconvénients environnementaux et autre.

En attendant, comment de telles incohérences sont-elles possibles ?

L’idéologie aveugle ceux qui y croient et étouffe toute opposition. Éclipsant le principe de précaution pour l’occasion.

Le fléau du greenwashing, pratique courante consistant à paraître plus vert que de l’être, est dénoncée, notamment, par Hansen : exprimer sa préoccupation du réchauffement climatique et de l’environnement sans rien faire pour vraiment stabiliser le climat ou préserver l’environnement prévaut aux États-Unis et dans d’autres pays, même ceux présumés les plus «verts».

En effet, aucun pays possédant des réserves de carburant fossile substantielles ne s’est jamais abstenu de les exploiter. Cela inclut des champions de l’écologie contemporaine tels le Royaume-Uni, la Norvège, et le Canada. Justin Trudeau, premier ministre de ce dernier pays, élu sur un programme très «vert» reçut une standing ovation lors d’un discours devant une assemblée de pétroliers texans pour avoir déclaré qu’aucun pays trouvant 173 milliard de barils de pétrole dans son sol les y laisserait8.

Son rêve est de financer ses politiques climatiques avec des carburants fossiles. Et de se désoler que peu de gens ne le comprennent.

En effet. Autant prétendre financer la ligue antialcoolique avec une nuée de distilleries. Il est vrai que le pétrole vendu à l’étranger compte pour l’empreinte carbone de celui-ci. Pas pour celle de celui qui la produit.


La plus grande cause de tous ces désastres est toutefois le fait que l’idéologie l’emporte sur le pragmatisme. Les énergies renouvelables ont été bombardées bonnes pour la planète, alors que l’impact sur l’environnement d’une énergie ne dépend en rien de son caractère renouvelable.

On fait du renouvelable pour faire du renouvelable, sans réfléchir aux conséquences.

Selon Dieter Helm, la confusion entre les énergies renouvelables actuelles, inefficaces, et ce que pourraient donner les énergies renouvelables du futur, que l’on peut espérer plus utiles, est parfois délibérée : les lobbyistes pour des technologies actuelles veulent ternir ceux qui mettent en doute leur efficacité économique en les présentant comme anti-énergies renouvelables en général. Mais ils ne peuvent éviter les faits gênants pour eux : elles sont largement inefficaces et, dans le cas des bioénergies, elles sont confrontées à des problèmes de durabilité.

Ces propos datent de 20129. Nombre d’énergies renouvelables ont fait des progrès substantiels depuis. Mais on ne leur perçoit toujours pas la capacité à se substituer aux énergies fossiles ou nucléaires. Ce n’est certainement pas une raison pour rejeter les énergies renouvelables en bloc. Mais c’est une bonne raison de dire NON aux énergies idéologiques.

Et de rejeter l’obligation de faire du renouvelable, juste pour dire que l’on fait du renouvelable. Pour plaire par-là à Dieu ?

L'idéologie écologiste est un credo ; et parce que c’est un credo, elle n’a pas besoin d’être efficace pour réussir mais seulement que les gens y croient. Il y a un gouffre entre l'idéal vert et la réalité. Un véritable musée des horreurs commises en son nom s'est développé sous les yeux de ceux qui acceptent de regarder la vérité en face.

Paradoxalement, c’est l’abondance des ressources fossiles qui empêche de retomber les pieds sur terre. Un projet d’énergies renouvelables inefficace peut faire illusion et perdurer simplement parce que, quelque part, dans une région proche ou lointaine, des énergies fossiles compensent par leur efficacité. Certainement, une pénurie de ces carburants remettrait les pendules à l’heure, en forçant à se rabattre sur ce qui marche... Mais nous en sommes loin et, en conséquence, les énergies idéologiques ont encore de beaux jours devant elles. Hélas.




1Selon l'ONG, 22800 selon Wikipédia

2Dieter Helm, The Carbon Crunch, p75-76, Yale University Press 2012

3Ontario’s Electricity Dilemma – Achieving Low Emissions at Reasonable Electricity Rates - Ontario Society of Professional Engineers

4Voir par exemple Duncan Brack Woody Biomass for Power and Heat Impacts on the Global Climate ; The Royal Institute of International Affairs, Chatham House

5Peut-être pas partout cependant car dans certains pays chauds on a observé des émissions de méthanes dans les bassins de retenue. Sans doute un point à améliorer.

6Jevons, W.S., The Coal Question : An Inquiry Concerning the Progress of the Nation, and the Probable Exhaustion of Our Cual-mine,p75. Cité par Dieter Helm in The carbon Crunch, p102.

7J.Hansen, Storms of My Grandchildren, p202-204,Bloomsbury Publishing, London,2009

8The Guardian, 17042017

9Dieter Helm, The Carbon Crunch, p75-76, Yale University Press 2012