L’année 2019 voit de gigantesques manifestions de citoyens désorientés par un bombardement continu de propagande apocalyptique qui souligne cruellement l’inefficacité des politiques environnementales. On réclame des solutions, sans en proposer de crédible. Phénomène nouveau, des grèves pour le climat sont menées dans de nombreux pays par des écoliers emmenés par la jeune Greta Thunberg.

Les révoltes des jeunes pousses contre les vieilles barbes ne sont pas nouvelles mais celle-ci à une caractéristique extraordinaire : cette révolte de la jeunesse est soutenue par une grande partie des vieilles barbes. Certains disent : manipulées par elles. Tout particulièrement celles qui luttent en vain depuis quarante ans pour ralentir le réchauffement climatique et protéger la biodiversité.

Loin d’admettre l’utopie de la tentative de contrôle de l’ensemble de l’humanité nécessaire au projet, ils voient dans la révolte des écoliers la réalisation de leurs rêves. Ainsi, Robert Watson, dans sa communication sur le rapport 2019 de l’IBPES, qui provoqua le déchaînement hystérique de 2019, écrit que depuis les jeunes leaders d’opinion mondiaux du mouvement #VoiceforthePlanet jusqu’aux grèves des étudiants pour le climat, il y a une vague de fond qui montre que les jeunes comprennent qu'une action urgente est nécessaire si nous voulons assurer un semblant d’avenir durable.

Le même Watson, qui dans son communiqué invoquait la dégradation de la santé des écosystèmes comme preuve de la catastrophe imminente. Se rend-t-on compte que la panique 2019 a été en partie provoquée par la dégradation supposée supposé d’une métaphore issue du relativisme culturel à la mode ?

Lorsque la presse belge montre la photo d’une adolescente brandissant un carton proclamant Noble terre, ô mère chérie, à toi notre cœur, à toi notre sang, nous le jurons, tous, tu vivras1, personne ne s’alarme de la montée de ce fanatisme mystique dans notre jeunesse.

Pire, on applaudit.

On voit apparaître une nouvelle forme de pathologie : l’éco-dépression. Touchant prioritairement les jeunes fragilisés par l’atmosphère apocalyptique et l’absence manifeste de solution, elle plonge les victimes dans un désespoir environnemental dont il est fort difficile de les faire sortir.

L’Union Européenne surenchérit dans l’exaltation. Elle se lance dans un grand Green Deal qui vise à faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone – en oubliant apparemment qu’elle a exporté une grande partie de son empreinte carbone à l’autre bout de la terre. Pas tout à fait car ressurgit le vieux projet de taxe carbone aux frontières. Un must, si l’Europe veut mettre fin à l’exportation de son empreinte carbone vers les pays émergents. Mais il faudrait assumer la comptabilité carbone défavorable qui en résulterait. Déjà se profile une stratégie malsaine de l’exception qui maintiendrait des fuites d’empreinte carbone hors de ses frontières. En 2022, l’Europe tente de donner un tour de vis contre ce phénomène. Espérons que la vis soit bien serrée.

Frans Timmermans, le Vice-Président socialiste de la commission européenne, proclame que Mother Earth en a assez de notre comportement. On est bien loin du socialisme matérialiste de Tansley lorsqu’il inventa l’écosystème. La déification de la planète est accomplie, elle nous fait savoir son mécontentement par la voix du plus haut dignitaire socialiste de l’Union Européenne. Charles Michel, le président libéral du Conseil européen, proclame que l’Europe a signé un traité de paix avec la planète. Étions-nous en guerre ? Non, la mystique de la culpabilité règne en maître au plus haut niveau. Les mauvaises langues se demandent si Dieu a signé comme témoin...faute de quoi la planète s’est probablement fait avoir. Mais où sont donc passés les libres penseurs d’antan ? L’Europe, de continent des Lumières, est devenue celui de l’Obscurantisme. Naturiste. On voit les formations politiques jadis matérialistes et sécularistes se convertir à la religion triomphante.

Pour Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, le Green deal sera l’équivalent européen de la conquête de la lune. De fait, l’Europe tombe dans le travers climatique habituel de tirer des plans sur la comète. On pense au grand bond en avant chinois sur fond de retour à Éden. Elle fixe des échéances arbitraires, ouvre des budgets avant de les avoir financés. Le tout sans accord politique mondial et sans solutions technologiques crédibles. Elles devront suivre l’échéancier idéologique. Quand l’Europe sera zéro carbone, tout le monde va suivre son exemple. C’est certain. Les dirigeants européens le croient-ils vraiment ou pensent-ils avant tout à laver leurs âmes du pêché contre l’environnement ? Qu’ils prennent garde, car pour s’être coupés du monde réel, celui-ci pourrait provoquer la chute de leur régime.

Aux premiers temps de l’écologie politique, certains l’accusaient de vouloir ramener l’humanité au moyen-âge. C’était injuste et faux. L’histoire ne recule jamais. Peut-être la décadence actuelle est-elle un moyen-âge, mais alors c’est un nouveau moyen-âge. Encore que, pour mériter ce nom, il faudrait que survienne une nouvelle renaissance. Faute de quoi le déclin actuel sera irréversible.

1J’y réfléchis, site de Vers l’avenir, 12 avril 2019