La performance énergétique des bâtiments (PEB, Belgique), ou diagnostic de performance énergétique (DPE, France) est un beau sujet de réflexion quand à l’érosion de la démocratie.

Conçu à l’origine pour, en cas de transaction immobilière, donner à l’acheteur une idée de sa consommation si – seulement si – elle est celle d’un consommateur «moyen», elle dégénère en moyen de pression et de culpabilisation des citoyens.

Qui pèse paradoxalement plus sur ceux qui ont réussi à maintenir un mode vie basse-énergie sans avoir à suréquiper et sur-gadgétiser leur vie domestique.

Tout le monde doit isoler son grenier, mettre des doubles-vitrages dans un intérieur présumé surchauffé. On y perd quelques vérités fondamentales.

Que ce ne sont pas les bâtiments qui consomment de l’énergie mais ceux qui les occupent ou les gèrent. Que nous avons tous un cœur qui donne une température constante de 37 degrés. Que le meilleur isolant, ce sont les vêtements, le seul qui nous suit partout, le seul que l’on peut installer soi-même, y compris quand on n’est pas doué pour le bricolage.

L’état écologiste, obsédé de réglementations urbanistiques, crée une obsolescence structurelle contraire aux objectifs environnementaux qu’il prétend poursuivre. Un bâtiment fait pour défier les siècles est qualifié de vieux dès qu’il a plus de quarante ans, voire moins. Une insulte qu’on n’oserait plus adresser à une personne humaine infiniment moins durable – au sens traditionnel du mot – que lui.

La jeune génération qui se lance aujourd’hui dans la vie sociale semble vouée à devoir rénover sans cesse son logement pour le mettre au dernier cri «vert». Suivre l’évolution technologique et compenser le vieillissement des matériaux.

Car les technologies qu’on nous vante aujourd’hui auront bientôt des successeurs plus performants – c’est encore heureux – et, avec le temps, beaucoup de matériaux perdent de leur efficacité énergétique. Les PEB devront être recalculés très régulièrement, mettant sous pression des propriétaires qui se croyaient à tort en règle, forçant les acheteurs à des rénovations lourdes prématurées.

Sous le souffle écologique, le moulin de l’obsolescence tourne plus vite que jamais.

Notons au passage que le PEB s’exprime par m². À composition de ménage et comportement égal, un bâtiment de 400 m² doté d’un bon PEB consommera plus qu’un bâtiment de 100 m² moins bien classé. Victimes du système : les ménages modestes.

Il serait beaucoup plus légitime de taxer la consommation, et de redistribuer la taxe aux moins riches. Trop difficile politiquement ? Est-ce par peur de devoir pointer un doigt accusateur sur leurs électeurs que nos dirigeants ont inventé la fable de la performance énergétique des bâtiments ? Nous ne sommes plus coupables de trop consommer d’énergie, ce sont les bâtiments que le sont.

Car mal conçus, trop vieux.

Les locataires et occupants non-propriétaires n’ont pas à s’en faire s’ils surchauffent. Ils peuvent transférer la patate chaude aux propriétaires. Lesquels reçoivent parfois des subsides pour mieux avaler la dite patate. Tout est mieux dans le meilleur des mondes, celui sans coupables.

Remarquons au passage que souvent les subsides écologistes font de la redistribution sociale inversée. Histoire de ramener les grands pécheurs à rédemption ?