Paul Ralph Ehrlich est un entomologiste né à Philadelphie en 1932. Il fut Bing Professor of Population Studies à Standford.

Prototype du militant catastrophiste qui en fit une star des talk-show télévisés américains, il se fait connaître par le livre Population Bomb1 (1967), écrit an collaboration avec son épouse Anne Fitzhugh Howland, biologiste des populations née en 1933 à Des Moines et publié par le Sierra Club. À la demande de l’éditeur, le nom de celle-ci ne figure pas sur l’ouvrage. Une goujaterie qu’Ehrlich ne reproduira plus ultérieurement, ayant mené un grand nombre de travaux en compagnie de celle-ci.

Attirant l’attention sur les dangers de la croissance démographique, le livre se situe dans la mouvance du courant néo-malthusien, dans l’esprit catastrophiste exubérant typique de Paul Ehrlich. Cet engagement le poussera à soutenir des formes de stérilisation forcée2 et l'idée de dé-développement des États-Unis, ce qui signifiait ramener le système économique américain en ligne avec l'écologie et la situation globale des ressources3.

Ce formidable gladiateur, selon le mot4 de Scott Mc Vay5, fut un moteur du militantisme politique en faveur de la conservation de l'environnement et de la biologie de conservation alors en plein boum.

La lecture de ce livre l’été 1969, fut un tournant majeur dans la vie de John Cobb. Le livre le convainquit de réorienter sa vocation, en sus de l’accusation de Lynn White rendant le christianisme responsable de la crise environnementale. Il lui sembla alors que rien n’était plus important que de trouver des solutions aux catastrophes que Population Bomb promettait inéluctables à brève ou moyenne échéance. De notre perspective actuelle nous pouvons certainement dire que le livre contient des exagérations et erreurs, qu’il est alarmiste, et ainsi de suite. C’était, jusqu’à un certain point, déjà apparent en 1969. Néanmoins, ce fut un livre extrêmement important pour moi et pour beaucoup d’autres.6

Selon Cobb, Population Bomb fut l’une des influences majeures du premier jour de la terre7.

Charles Birch, de son côté, vouait une admiration profonde pour le couple Ehrlich qu’il avait rencontré pour la première fois dès 1963. Il compare le style oratoire de Paul aux chutes du Niagara : impact après impact, sans reprendre son souffle8. Birch et Ehrlich écrivirent un livre ensemble : The « balance of nature » and population control, dans lequel ils s’efforcent de démontrer que l’idée commune que la nature est dans une sorte d’état d’équilibre en termes d’effectifs de populations est fausse.

Michael Soulé dit de sa propre compulsion à se battre pour la conservation : j’étais l’étudiant de Paul Ehrlich, c’est venu tout naturellement9.

Stephen Schneider rejoindra Stanford à la demande de Paul Ehrlich.

Lorsque celui-ci travaillait à la NCAR10, il eut l'idée de fonder un Climate Club et d'organiser des conférences autour d'un verre de vin et d'un morceau de fromage en fin de journée. Il y accueillait des conférenciers experts dans des matières controversées, tels John Holdren et Paul Ehrlich, qui deviendront ses amis. C'était l'époque où, à l'aide d'ouvrages tels qu'Ecoscience, Holdren et les époux Ehrlich tentaient de réformer la société et la politique grâce à un usage militant de la Science. Ehrlich aimait les provocations catastrophistes, il pouvait être très drôle, mais aussi très insultant à l'égard de ses adversaires. Un bon mot de lui pouvait fait hurler de rire une partie de la salle, exaspérant l’autre partie.

Il en fait en homme qui ne fait pas de prisonnier dans la contexte de la réunion qu’il organisa sur le théorie Gaïa : Après avoir reproché à Schneider de l’avoir obligé à défendre une position orthodoxe lui, le rebelle amoureux des positions hétérodoxes, il regarda Lovelock et Margulis droit dans les yeux et leur tança : il y a environ cent mille preuves de la sélection naturelle et aucune pour Gaïa.


Il est acteur important du forum de septembre 1986 qui marque l’invention du mot biodiversité et écrit le chapitre deux de BioDiversity, juste après celui de Wilson. Fidéle à son style outrancier, il y écrit que l'extrapolation de la tendance actuelle de la réduction de la biodiversité implique un dénouement pour la civilisation endéans les cent ans comparable à un hiver nucléaire...une transformation quasi religieuse menant à une appréciation de la diversité pour elle-même11, à part des avantages directs évidents pour l'humanité, peut être nécessaire pour sauver les autres organismes et nous-mêmes.

On note l’appel au secours de la religion alors qu’il se prétend généralement irréligieux. Aux États-Unis, on ne fait pas de politique sans y impliquer la religion et Ehrlich a le militantisme chevillé au corps. On note aussi la prépondérance donnée à une forme de valeur intrinsèque. Pour le couple Ehrlich, c’est fondamentalement un argument religieux. Il n’y a aucun argument scientifique pour prouver qu’un organisme non-humain ou un organisme humain ait le droit d’exister12.


Au forum de 1986, il aurait déjà déclaré que curieusement, l’analyse scientifique pointe vers le besoin pour une transformation quasi-religieuse des cultures contemporaines13...Il s’en est expliqué en affirmant que nous devons créer un sentiment pour d’autres organismes qui va au-delà de ce qu’ils pourraient faire ou ne pas faire pour Homo Sapiens. La tâche des biologistes est pour lui de parler de ce sentiment. Parler de ce qu’il est bon et si merveilleux de sortir dans la nature. Une des choses que la religion fait pour beaucoup de gens est de leur donner un sens de l’émerveillement. Les biologistes doivent créer ce sens de l’émerveillement pour insuffler cette transformation quasi religieuse14.


Par quasi-religieux il entend une forme de spiritualité, terme qu'il évite car trop affecté à son goût. Le couple Ehrlich écrit que Comme beaucoup d'autres écologistes, nous pensons que l'extension de la notion de 'droit' à d'autres créatures – y compris des composants inanimés des écosystèmes comme les rochers et les formes terrestres – est une extension naturelle et nécessaire de l'évolution culturelle d'Homo Sapiens15. Ceci les rattachent à l’écologie profonde.

Dans BioDiversity, il n’oublie pas le réchauffement climatique, imputant à son ami John Holdren, futur conseiller scientifique en chef du Président Obama, l'affirmation que le réchauffement climatique dû au dioxyde de carbone pourrait tuer par la famine jusqu’à un milliard de personnes avant 2020. Le cancer aura quasiment disparu : mais c'est parce que la perte des services fournis par les écosystèmes auront fortement réduit l’espérance de vie par les épidémies, maladies respiratoires, catastrophes naturelles et la famine.

Et d'avancer sa solution fétiche : arrêter, par-dessus tout, la croissance démographique.


Selon Takacs le mot biodiversité n’a pas fait le buzz sans une vigoureuse promotion. J’espère avoir montré que cette promotion a été intentionnelle, et que les défenseurs de la biodiversité pensent porter, avec leurs compagnons biologistes, la responsabilité de faire du prosélytisme en faveur de la biodiversité – en effet, cela fait partie de ce que cela signifie d’être un biologiste. Paul Erlich a parlé du principe de la National Rifle Association16 - vous ne devez pas convaincre cent pourcents des gens, si vous parvenez à en motiver deux ou trois pourcents, ils vont faire le travail pour vous…


Ehrlich et ses collègues utilisent la biodiversité et les valeurs qu’elle génère pour motiver les gens, leur faire peur, et les convertir en missionnaires qui vont se battre pour sauver ce que les biologistes aiment17.

Et le buzz dure toujours... De par le monde, des millions de missionnaires prêchent et se battent en son nom.

Au micro de Takacs, Ehrlich définit la biodiversité comme l'ensemble des ressources vivantes de la planète – mais les époux Ehrlich ont publié une définition plus complète : c'est la variété des populations génétiquement distinctes des plantes, animaux et micro-organismes et la variété des écosystèmes dont ils sont des parties fonctionnelles.

Vitousek, les époux Ehrlich et Pamela Matson ont conjointement produit une étude sur l'appropriation18 des produits de la photosynthèse par l'humanité, estimée à presque 40% de l’énergie fixée par la biosphère, respiration des producteurs primaires déduites, dont Birch dit qu'elle n'a jamais été contestée.


L’idée de service écosystémique est un concept important de la vision écologiste contemporaine. Il semble tirer son origine du concept de service environnemental apparut en 197019 qui se transforme en service écosystémique en 1983 sous l’impulsion de Paul Ehrlich et H. Mooney. Il s’agissait alors d’insister sur les facteurs environnementaux indispensables à la survie de l’humanité.


Le concept de développement durable ne sied pas au malthusianisme du couple : Si un scénario ressemblant en quoi que ce soit au scénario de croissance proposé par le rapport Brundtland se réalise, nous pouvons dire adieu à la plus grande partie de la biodiversité mondiale, et peut-être à la civilisation au passage20.

Scénario qui, souligne Takacs, appelle à un bond de l'économie mondiale incluant une augmentation dramatique du niveau de vie des pauvres.

Il est récipiendaire de nombreux prix, entre autres du Crafoord Prize21, partagé en 1990 avec Wilson. Lequel a déclaré qu’Ehrlich faisait du bruit un peu partout. C'était une sorte d'agitateur professionnel en sus d'un bon scientifique22. Il le mentionne comme faisant d’un petit groupe qu’il surnomme en plaisantant la maffia de la forêt tropicale, avec notamment Wilson, Peter Raven, Jared Diamond, Thomas Eisner, Daniel Janzen, Thomas Lovejoy, Norman Myers23.





































1Écrit en collaboration avec sa femme Anne mais dont le nom ne figure pas sur la couverture à la demande de l’éditeur. Une goujaterie qui ne sera plus reproduit pour les nombreux livres écrits ultérieurement ensemble.

2Ecoscience, p783

3Human Ecology, p279

4Cité in Stephen R. Keller et Edward O. Wilson, The Biophilia Hypothesis, p11, Island Press, 1993

5Directeur executif de la Geraldine R. Dodge Foudation

6J.Cobb, Sustainability, Wipf en and Stock Publisher, 2007 (1992)

7Encyclopedia of Religion and Nature, p394 Bron Taylor, Continuum 2008

8C. Birch, Science & Soul, UNSW Press Book, p59

9The Idea of Biodiversity, Philosophy of Paradise, David Takacs, The John Hopkins University Press, 1996, p127

10National Center for Atmospheric Research

11Biodiversity p22

12David Takacs ,The Idea of Biodiversity, John Hopkins University Press 1996, p248

13David Takacs ,The Idea of Biodiversity, John Hopkins University Press 1996, p254

14David Takacs ,The Idea of Biodiversity, John Hopkins University Press 1996, p151-152

15Takacs, The Idea of Biodiversity, p35

16Association américaine de défense du droit de posséder des armes – y compris sur soi.

17Takacs, The Idea of Biodiversity, p123

18Human Appropriation of the Products of Photosynthesis, University of California Press, 1986, pour L’American Institute of Biological Sciences.

19Selon Ecosystem Services : Origins, Contributions, Pitfalls, and Alternatives, décembre 2013, Sharachchandra Lele, Oliver Springate-Baginski, Roan Lakerveld, Debal Deb, Prasad Dash, DOI : 10.4103/0972-23.125752, www.conservationandsociety.org

20Ehrlich & Ehrlich, The Value of Biodiversity, p225 in Takacs, The Idea of Biodiversity, p215

21Prix décerné par l'Académie Royale des Sciences de Suéde pour récompenser les sciences, tel l'écologie, qui ne sont pas couvertes par le Prix Nobel

22Takacs, The Idea of Biodiversity, p127

23Naturalist, 2006, Island Press p356-358