Lynn Townsend White, Jr. (1907 – 1987) était un historien médiéviste calviniste américain



Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. Cela permet de répondre à une accusation lancée contre la pensée judéo-chrétienne : il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à “dominer” la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l’être humain comme dominateur et destructeur.


Pape François, Encyclique Laudato si' -2015


26 décembre 1966, lendemain du jour de Noël. L'AAAS accueille à Washington une conférence de Lynn White.

C'est à cette occasion que l'accusation à laquelle le Pape répond a été lancée. Accusation qui fera beaucoup de bruit lorsqu'elle sera publiée dans la prestigieuse revue Science appartenant à la même association, au printemps 1967.

White ajoutait que malgré Darwin, nous ne faisons pas, dans notre cœur, partie du processus naturel. Nous sommes supérieurs à elle, méprisant pour elle, cherchant à la soumettre à notre moindre désir.

Postulant que la crise écologique était d'origine religieuse, présumant l'impuissance de la philosophie agnostique liée au darwinisme, White suggérait une réponse religieuse à la crise.

Ne croyant pas à la pérennité des formes importées de Bouddhisme ou d'Hindouisme alors à la mode aux États-Unis, c'est vers la philosophie de François d'Assise qu'il proposait de rechercher les solutions à cette crise. Selon lui le plus grand radical de l'histoire du Christianisme depuis le Christ lui-même.

La clé pour comprendre François est sa croyance en la vertu de l'humilité. Pas seulement pour l'individu, mais pour l'homme en tant qu'espèce. François a essayé de déposer l'Homme de sa monarchie sur la Création pour instaurer une démocratie de toutes les créatures de Dieu.

Et White, calviniste mais confiant dans la puissance de l'église catholique, finit sa conférence par cette suggestion insolite dans un contexte scientifique : Je propose François d'Assise comme saint patron des écologistes.1


Les réponses qu'il adresse à White, à un demi-siècle de distance, sont en phase avec les diverses variantes d'écothéologie développées dès la fin des années soixante dans une ferveur touchant de nombreux courants religieux américains, notamment les évangélistes, en réponse à la même critique.


Certains, pourtant, réagirent très différemment à l’accusation de Lynn White.

Carl Pope, qui de 1993 à 2010 fut directeur exécutif du Sierra Club, l’une des plus anciennes association militant pour l’environnement rapporte2 que toutes les personnes de ma génération ont été profondément influencées par l’article de White et en tirent la même leçon : que nous continueront à avoir une crise environnementale aggravée si nous ne rejetons pas l’axiome chrétien affirmant que la nature n’a d’autre raison d’exister que pour servir l’humanité.

Et Pope de noter que beaucoup de militants de l’environnement ont quitté les églises traditionnelles et cesser de les considérer comme des alliés potentiels. Nottons toutefois que la grande majorité d’entre eux ont emporté la religion et ses valeurs spirituelles dans leurs bagages, appelant souvent à une grande révolte religieuse au nom de l’environnement, même s’ils ne croient plus en Dieu.





1Il était déjà le saint patron des animaux depuis 1931 et sera reconnu saint patron des écologistes en 1979.

2Carl Pope, “Religion and the Environment,” Ecozoic; www.ecozoic.com, selon William Rudy, A Latter-day Saint Perspective in the Environment-Religion Dialogue.