Edward Osborne Wilson est un entomologiste américain né en 1929 à Birmingham (Alabama). Il a fait l'essentiel de sa carrière académique à Harvard.

Parfois considéré comme le père de la biodiversité, il s'était en réalité opposé à l'invention du mot qu'il trouvait trop tape-à-l’œil. Pour s'y rallier ensuite, vu son succès fulgurant pour la défense de la cause de la conservation de la nature.

Il fut le coordinateur de BioDiversity, le livre collectif issu du forum pour le marketing duquel le terme biodiversité fut inventé. Il y déclare que BioDiversity documente une nouvelle alliance entre les forces scientifiques, gouvernementales et commerciales – qui pourrait réformer le mouvement interna-tional de la conservation pour les décennies à venir1

Se déclarant intensément spirituel et religieux2, sa vie est caractérisée par ce qu'il a appelé ses trois appels de l'autel. Ayant perdu la foi au Dieu biblique, techniquement athée, il se bâtit sa propre vision spirituelle. Il adopte les éléments d'intendance et de dominion de l'écothéologie contemporaine mais au profit des écosystèmes, espèces ou générations futures.

Science et religion, pour lui, font plus que bon ménage. Elles doivent être les fondements de la société.

Wilson est devenu biopoliticien en conséquence de son troisième appel de l'autel, le militantisme. Il témoigne devant le Congrès. Se rend à la Maison Blanche pour s'adresser à une douzaine de têtes dirigeantes du monde des entreprises. Tente d'influencer les politiques des gouvernements. Et remarque : Si vous êtes un scientifique, vous avez l'oreille des media et des élus3. Il participe aux réseaux d'influence de la conservation environnementale. Et s'est bâti une idéologie politique réconciliant science et religion.

Il a participé à l'appel conjoint de la science et de la religion initié par Carl Sagan. En 2007, il retrouve ici ses premiers amours évangélistes, son premier appel de l’autel en signant un appel d’évangélistes et de scientifiques pour protéger la Création – ce dernier terme ayant été approuvé par tous les participants4. Parmi les signataires, on retrouve Calvin DeWitt, Peter Raven, Peter Seligmann et l’évêque de Liverpool.

Wilson rejette le triage des espèces à sauver. Pour lui, il faut tout garder pour le principe.

On peut rapprocher cette position du principe de Noé.

Sans aucune ironie, je peux dire que j'ai été béni d'ennemi brillants5

Il connaît à Harvard un conflit avec Watson, co-découvreur de la structure de l'ADN, concernant l'impact de la biologie moléculaire sur les sciences écologiques traditionnelles. L'atmosphère au sein du département de biologie de Harvard devint insupportable au point qu'il se divisa. Comme une tribu amazonienne qui se scinde car devenue trop dense, note Wilson. Au passage, la discipline fit une rotation à angle droit : les anciennes divisions entre zoologie, botanique, entomologie furent remplacées par des disciplines basées sur les niveaux : cellule, organismes, population et écosystème.

Les écologues, poussés dans les cordes depuis des années, entamèrent une renaissance facilité par la reconnaissance grandissante de la crise environnementale. Grâce à cette crise, les écologues finirent par gagner la guerre tribale les opposant aux biologistes moléculaires. Du moins ceux d'entre eux qui s’engagèrent dans la croisade pour la biodiversité. Certes, les biologistes moléculaires ont développé des biotechnologies dont peu osaient encore rêver dans les années cinquante et soixante. Mais ils ont perdu le combat idéologique et politique. Perçus par le grand public et les décideurs comme les ténèbres de l'antéchrist face à la luminosité christique de la biodiversité, leurs applications sont sévèrement réglementées, voire interdites, souvent en invoquant l'inviolabilité sacrée de la biodiversité.

L'hostilité de Watson n'empêchait pas Wilson d'admirer son talent et ses succès, qui le stimulèrent dans la poursuite d'un vieux rêve : importer la biologie dans les sciences sociales en développant la sociobiologie. Ses problèmes vinrent de sa volonté d'ajouter un chapitre final portant sur une espèce sociable particulière : la nôtre. Dans son esprit il n'était pas question d'exclure l'humanité de sa démarche. Ce qui lui valut une nouvelle brochette d'ennemis incluant ses collègues à Harvard Stephen Jay Gould et Richard Lewontin.

Autre concept nouveau, celui de biophilie. Il s'agit d'une affinité innée que nous aurions pour les autres formes de vie, évoquée, selon les circonstances par le plaisir, un sens de la sécurité, de l'effroi, ou une fascination mêlée de révulsion, comme dans le cas des serpents6.

Pour Wilson, la révolution techno-scientifique a trahi la Nature une deuxième fois en suscitant la croyance que le cocon urbain est suffisant à l’épanouissement. Les racines spirituelles de l’homme s’étendent profondément dans le monde naturel.

Nous n’atteindrons notre potentiel entier qu’en comprenant les origines et ainsi la signification des qualités esthétiques et religieuses qui nous rendent humains. Bien sûr, beaucoup de gens semblent contents de vivre dans des écosystèmes synthétiques. Mais les animaux domestiques aussi, dans les habitats grotesquement anormaux dans lesquels nous les élevons.

Pour Wilson c’est une perversion. Apercevant un pécari domestiqué au Surinam, il le dit volé à l’environnement immémorial, car privé de l’apprentissage social pour lequel Wilson le pense programmé7. Dénaturés en quelque sorte, un terme qui implique traditionnellement l’adhésion à une notion d’essence peu compatible avec les théories darwiniennes. Pour Wilson la nature humaine provient du fait que l’hérédité interagit avec l’environnement pour créer une sorte d’attraction gravitationnelle vers une moyenne fixe qui rassemble les gens dans toutes les sociétés dans le cercle statistique étroit que nous définissons comme cette nature humaine8. Une conception au parfum nominaliste qui ouvre bien des questions sur la signification de ce cercle statistique et l’identité de ce nous habilité à définir notre nature et celles des autres êtres vivant tels les pécaris.

Avec un risque de culpabiliser la déviance statistique à cette plutôt original conception de la nature remplaçant les anciennes essences.

Chaque être humain doit pour Wilson avoir le droit de se déplacer librement entre les mondes complexifiés et primitifs, ce dernier possédé par personne mais protégé par tous, dont l’horizon est le même qui limitait le monde de nos lointains ancêtres.

Seulement dans ce qui reste d’Éden est-il possible d’expérimenter le type de merveilles qui ont façonné la psyché humaine à sa naissance9. Un Éden dont, pour Wilson, nous n’avons pas été chassés, mais dont nous avons détruit la plus grande part pour améliorer nos vies et produire plus d’humains. Des milliards en plus, au péril de la Création10. Et pourtant, les services écologiques rendus encore aujourd’hui par Éden sont selon lui approximativement équivalents au produit mondial brut en dollars11.

Ce qu’il appelle Nature est cette part de l'environnement originel et ses formes de vies qui restent après l'impact humain. La Nature est tout ce qui peut se passer de nous et autonome sur la planète Terre12.

L’humanité a profondément altéré cette Nature mais, il en est convaincu, il en reste un grand morceau dans sa forme la plus pure, qui peut encore être appelée wilderness.

Environ un million d’hectares selon Conservation International. Sans compter des zones plus petites, définies dans l’U.S. Wilderness Act de 1964 comme sans entraves humaines et où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur qui ne s’y attarde pas.

Une définition semblant écrite de la main du fantôme de John Muir, cherchant encore et toujours la volonté divine telle qu’elle était avant que l’humanité ne dégrade Sa Création. Avant la Chute. Et Wilson, l’entomologiste, n’oublie pas les microwildernesses peuplées d’insectes et de créatures encore plus petites, jusqu’aux microbes, qui abondent au sein même des civilisations humaines.








1Biodiversity, p vi

2The Idea of Biodiversity , D. Takacs , John Hopkins University Press 1996, p265

3Takacs, The Idea of Biodiversity, p328

4Katharine K. Wilkinson, Between God & Green, p78,Oxford University Press

5Naturalist, p218, Island Press 2006

6Naturalist, p 360-361, Island Press 2006

7E .O .Wilson, Biophilia, p4-5, Harvard University Press, 1984

8E .O .Wilson, Naturalist, p333, Island Press 2006

9Creation, p12, W.W Norton & Company, 2006

10Creation, p9, W.W Norton & Company, 2006

11Creation, p10, W.W Norton & Company, 2006

12Creation p15, W.W Norton & Company, 2006