Louis Charles Birch (1918-2009) était un biologiste et théologien australien, adepte de l’écothéologie des processus, une forme de panenthéisme inspirée de la philosophe de l’organisme de Whitehead, l’un des métaphysiciens les plus influents du siècle passé.

L'un des plus ardus aussi. Birch, un disciple, reconnaît que certains aspects de la pensée de Whitehead sont difficiles à comprendre et d’autres, bien que compréhensibles, sont difficiles à expliquer1.

Birch s’oppose au postmodernisme déconstructiviste de philosophes tels que Martin Heidegger, Jacques Derrida ou Gilles Deleuze qu’il accuse d’avoir déconstruit la métaphysique au point d’extinction. Il défend ce qu’il appelle un post-modernisme constructif, qui cherche l’unité de la science, de l’éthique, de l’esthétique et de la religion. Comme la plupart des théologiens post-modernes, il s’oppose à la vision mécaniste de la science issue des temps modernes.



Il fut longtemps membre du groupe de travail sciences et technologies du Conseil Œcuménique des Églises qui comprenait aussi le jeune et très enthousiaste physicien Jørgen Randers2, co-auteur de The Limits to Growth. En 1974, le Conseil Œcuménique des églises tint une assemblée à Bucarest portant sur l’impact de la science et des technologies sur le développement. Lors d'un atelier que Birch dirigeait en compagnie de Randers, celui-ci s'efforçait en vain de convaincre son auditoire d'adopter les principes des Limites de la Croissance. Les chiffres et graphiques du MIT n'y pouvaient rien, les délégués du tiers-monde ne démordaient pas de leur idée :

Ne nous parlez pas d'une limite à la croissance, ce dont nous avons besoin est de croître comme les nations riches ont crû, disaient-ils en substance.

Pendant une pause-café, Randers dit à Birch : Nous n’y arriverons pas, il faut trouver un terme plus positif que limite de la croissance...

Après quelques tentatives infructueuses, l'idée de Société écologiquement durable3 lui vint à l'esprit. Le terme fut adopté par la conférence plénière. Et entama une carrière fulgurante de par le monde.

Birch avait, à l’adolescence, acquis la conviction que la science allait l’aider à trouver un emploi lui permettant de sauver le monde, en relation avec sa foi.4

À Nairobi, en 1975, il fit avec éloquence la promotion du concept de durabilité5. Parlant sur le thème de la Création, la technologie et la survie humaine, il en fit une analyse à ce point glaçante qu'il appelait au dé-développement du riche monde développé. Notre but dit-il, doit être une société juste et durable.

La même année il développa ces idées dans “Confronting the Future”. Pour lui, les riches doivent vivre plus simplement afin que les pauvres puissent simplement vivre. Et les pauvres doivent céder aussi quelque chose : l’aspiration à devenir aussi riche que les riches le sont devenus. Car il n’est selon lui pas possible que la terre soutienne un monde de pays riches. La croissance économique est bonne tant qu’elle satisfait les besoins de base. Pas quand elle devient une fin en elle-même.

Tout organisme connaît une phase de croissance qui utilise les ressources pour son développement et puis une phase de stabilisation qui utilise les ressources pour maintenir l’organisme. Si une partie de l’organisme continue à se développer, c’est une forme de cancer qui entraîne la mort de tout l’organisme par surcroissance, disait Birch qui pensait que cet état était déjà atteint. Toute croissance supplémentaire de l’ensemble serait dorénavant cancérigène. Il fallait que les ressources soient affectées à la maintenance des pays développés et au développement des pays pauvres.


Birch vouait une admiration profonde pour le couple Ehrlich qu’il avait rencontré pour la première fois dès 1963. Il compare le style oratoire de Paul aux chutes du Niagara : impact après impact, sans reprendre son souffle6. Birch et Ehrlich écrivirent un livre ensemble : The « balance of nature » and population control, dans lequel ils s’efforcent de démontrer que l’idée commune que la nature est dans une sorte d’état d’équilibre en termes d’effectifs de populations est fausse.


Birch, disciple de Whitehead, resta sceptique face au concept d’écosystème car l'écosystème n'a pas de limites claires. Bien des habitants d'un lac, par exemple, tels que les insectes passent leur vie comme larves dans l'eau et comme adultes loin au-delà de ses rives.

Et d’ajouter que le mot 'écosystème' a été volé par les écologistes pour étiqueter tout ce qu'ils veulent préserver, tel qu'un récif de corail par exemple, où le mot habitat serait plus approprié.7

Notons que le concept avait été inventé par Tansley précisément pour s’opposer au holisme de Smuts et à l’organicisme de Whitehead.


Cobb et Birch, dans le seul livre qu’ils ont écrit ensemble, vont aussi loin qu’il est possible à des théologiens dans l’adhésion au hasard, allant jusqu’à affirmer que parfois le terme équilibre de la nature est utilisé en un sens qui n'existe pas. Pour eux c'est un mythe plutôt que de la science, malheureusement propagé par des scientifiques qui devraient mieux connaître leur sujet8. Mais rejettent toutefois le pur hasard de Monod qui aurait dû, selon eux, appeler son livre Le hasard et la finalité. Pas whiteheadiens pour rien, ils remarquent chez Monod la notion de téléonomie, qui selon lui caractérise tous les êtres vivants, qui est d’être porteurs d’un projet. Non ceux d’un créateur divin, mais ceux de la sélection naturelle.

1C. Birch, Science & Soul, UNSW Press Book, p122

2 C. Birch, Science & Soul, UNSW Press Book, p106-107

3Ecologically sustainable society

4C. Birch, Science & Soul, UNSW Press Book, p122

5Selon l'éloge funèbre que lui fit le WCC après son décès en 2009

6C. Birch, Science & Soul, UNSW Press Book, p59

7Science & Soul, p44, Unsw Press 2008

8C.Birch & J.Cobb, The Liberation of Life, p37, Cambridge University Press 1981