Reed Noss est un biologiste de conservation né en 1952

Le militantisme de Reed Noss fut précoce, lié à une origine précise : le développement des environs de Dayton, Ohio, où il a grandi, entraînant la destruction de ses aires de jeux.

Fini le plaisir enfantin de capturer des serpents, de jouer dans les ruisseaux. Avec ses amis il participa jeune au vandalisme actif des engins de chantiers chargés de détruire les bois qu'ils adoraient1.

Adulte, Noss fut le deuxième rédacteur de Conservation Biology, successeur d’Ehrenfeld et un temps membre de Earth First !, organisation radicale fondée en 1980 avec le slogan pas de compromis dans la défense de la Terre mère, dont les actions de désobéissance civile l’avaient enthousiasmé. Dans un article écrit d’une perspective Taoïste, il proclamait que la résistance écologiste sabotages inclus – est une forme d’auto-défense pour les personnes écocentriques – qui considèrent que les écosystèmes entiers ont une valeur morale intrinsèque. Regrettable, mais nécessaire.

Puis se retira de l’organisation en raison de penchants qu’il trouvait anti-scientifiques chez certains de ses membres. Tout en défendant encore l’écologie profonde et l’idée de Naess d’un soi écologique, une identité dépassant l’humanité qui étend le centre de préoccupation morale à l’ensemble des espèces 2.

Dans un essai intitulé Biologists, Biophiles and Warriors3, basé sur sa conviction que la terre va en enfer, Noss écrivit : Les politiques environnementales sont trop importantes pour être laissées aux décideurs politiques, la plupart d’entre eux s'y connaissent peu et ne se soucient pas de ce que les écologistes font et aiment4.

Ces personnes qui connaissent et se soucient du biote ont une obligation morale d’agir en son nom. Et Noss ajoute défendre la nature et la diversité biologique sont à mes yeux le plus grand appel pour les biologistes. La plupart des biologistes ne se voient pas comme des soldats, mais la guerre a été déclarée contre la nature sauvage, et nous faisons bien de nous associer avec cette merveilleuse toile de vie et n’avons d’autres choix que de défendre nos amis et relations non-humaines, les victimes innocentes de l’avidité humaine, l’ignorance et l’arrogance. Notre défense ne dépend pas des probabilités de gagner ou de perdre, c’est une obligation absolue5.

Et à cette fin, il faut arrêter de nous disputer sur des détails ésotériques, arrêter de refuser de commenter quand nous n'avons pas toutes les données, et tirer ensemble pour offrir une forte guidance sur la façon de sauver la Terre 6

Mais il est conscient du risque de perte de crédibilité, et du mauvais service rendu alors à la profession. Une certaine prudence s'impose, ne pas avoir une position de puriste au détriment de l'efficacité7. Toutefois, sans implication politique, les opposants à la biodiversité gagneront.

Ces positions tranchées ont valu à Noss quelques retours de bâtons. Dans une réfutation de Noss, Ian Desmukh8 avertit d’éminents scientifiques confondent leur intégrité professionnelle avec des affirmations omniscientes sur la perte de biodiversité. Comme scientifiques nous ne devrions pas nous prononcer comme des éco-ayatollahs9.

Et Takacs, pourtant convaincu de la nécessité d'écouter ce que les pères de la biodiversité ont à dire sur la crise de l'environnement, nous adresse aussi une mise en garde : Malgré mes études sur l'environnement, je deviens un peu nerveux quand quelqu'un appelle la conservation de la biodiversité un « impératif moral», comme Reed Noss l'a fait plusieurs fois durant notre entretien.

Je pense que bien des alter egos de Noss partagent cette vue de leur propre croisade. Pourtant, tant de mal a été commis à travers les âges au nom d'impératifs moraux. Quand un groupe est devenu le point de passage obligé pour les impératifs moraux qu’il a défini, nous sommes forcés au scepticisme ; nous devons examiner attentivement qui gagne à la promulgation de l’impératif moral... Nous devons nous rappeler que Noss et ses pairs ont défini la crise et forgé le terme qui la représente. Ils se sont chargés d'aider la société et de trouver une solution, ils se sont appelés au devoir. Nous devons nous demander ce qui constitue un « détail ésotérique». Considérer ce qui se passe quand des biologistes s'immiscent dans la vie publique sans toutes les données en main. Que va-t-il résulter de cette « forte direction »10 ?

Le terme ré-ensauvagement11 fut créé par des membres d’Earth First ! Le concept fut explicité en premier par Michael Soulé et Reed Noss. Le ré-ensauvagement est pour eux un complément à la conservation de la biodiversité qui forment ensemble la conservation. Il doit mettre l’accent sur la restauration et la protection de grandes zones de wilderness et celles des grands animaux, surtout les carnivores. 



1Takacs, The Idea of Biodiversity, p243

2Encyclopedia of Religion and Nature, p416, Bron Taylor, Continuum 2008.

3Biologistes, biophyles et guerriers

4policy-makers

5Biologists, Biophiles and Warriors, Wild Earth, in Takacs, The Idea of Biodiversity, p133

6Takacs, The Idea of Biodiversity, p125

7Takacs, The Idea of Biodiversity, p171

8Ian Deshmukh, écologue à Tetra Tech depuis 1985

9Takacs, The Idea of Biodiversity, p 337

10Takacs, The Idea of Biodiversity, p 337

11rewilding