Voir aussi la guerre des trois tributs


D’une certaine façon, la science militante n’est pas un phénomène nouveau.

Les luttes de Jenner et Pasteur en faveur des vaccins en sont un témoignage probant.

Plus répugnant, l’eugénisme préfigure le néo-malthusianisme, dans des pratiques monstrueuses de stérilisation forcée impliquant l’oppression de personnes au nom d’un idéal humain infâme.

À partir des années soixante, le phénomène de la science militante prit une toute autre ampleur sous l’influence de la prise de conscience de la crise environnementale.

Emblématique du mouvement fut Population Bomb des époux Ehrlich. Star médiatique, Paul Ehrlich fut l’un des moteurs principaux de ce militantisme scientifique exacerbé. En dépits de ses outrances, ou grâce à elle, des milliers de gens prirent le train du militantisme en marche. Y compris des gens brillants, capables de faire bouger les choses, tels Michael Soulé, Stephen Schneider, John Holdren, Charles Birch, John Cobb, tous redevable de tout ou partie de leur engagement militant à Ehrlich.

Certains théologiens et éthiciens de l’environnement suivirent vite le mouvement du militantisme scientifique. Dès 1970, une résolution sur l’écologie de la National Association of Evengelicals a recours à des mots très durs tels que : Aujourd'hui, ceux qui détruisent sans réfléchir l’équilibre de la nature ordonné par Dieu sont coupables de péché contre la création de Dieu1.  La même année parut Pollution and the Death of Man de Francis Schaeffer, le premier livre complet d’écothéologie évangéliste2.

Les années 1980 virent l’émergence du militantisme climatique et l’invention du mot biodiversité, deux phénomènes politiques majeurs de notre époque contemporaine qui ont renforcé la tendance militante au sein de la communauté scientifique. Tendance encore accentuée par l’appel de l’ONU a donner plus de pouvoir politique aux scientifiques et aux ONG.

Science et politique ne font pas bon ménage, surtout quand l'idéologie s'en mêle. Et peut-on faire de la politique sans idéologie ?

Certes, cette politisation de la science a rendu possible une prise de conscience du péril climatique. Malheureusement le militantisme politique de certains climatologues a eu de nombreux effets pervers. Peu ont eu la rigueur et les scrupules de Bert Bolin et de John Houghton.

On trouve une masse de prêcheurs d'apocalypse qui tempêtent car ils ne comprennent pas pourquoi il est si compliqué d'atténuer le réchauffement climatique. Médiatiquement, ils l'emportent toujours sur ceux qui tentent encore de maintenir une forme d'objectivité scientifique sans trop de militantisme.

La marche pour la science de 2017 constitue un exemple intéressant de science militante contemporaine.

Certains scientifiques vont très loin dans le militantisme, cédant à la tentation répressive pour obtenir gain de cause .

Une synthèse des problèmes posés par la science militante a été tentée par Paul Carney, sur base d’une présélection d’environ mille(!) articles et livres sur les politiques publiques3. Un bref résumé forcement trop succin est tenté ici.

On comprend de l’étude de Carney que les scientifiques qui veulent s’impliquer dans le jeu politique ont besoin d’une sérieuse formation. Loin des gesticulations sur la supposée incompétence des dirigeants politiques, les accusations de refus d’écouter la science dès lors qu’ils n’adoptent pas les projets politiques et idéologies des scientifiques militants, la prise en otage des générations futures ou les prêches de fin du monde.

Schneider, parlant des scientifiques engagés, souligne que nous pourrions améliorer la dissémination de la connaissance scientifique si nous demandions à nos étudiants de suivre un cours de communication publique, comprenant les processus de plaidoyers politiques et de formulation en termes de science politique4.

Ceci ne semble pas devenu la règle dans le cursus scientifique. Aborder directement la question de la politisation de la science n’est certainement pas facile. Pour les responsables politiques, trouver la bonne façon de se comporter face au militantisme du monde scientifique est tout sauf évident.

Pendant la pandémie du printemps 2020, le gouvernement français est littéralement pris sous les feux de deux conceptions contradictoires quant au rôle politique à donner aux scientifiques. Le président Macron a en effet pris l’habitude de consulter un conseil scientifique et de suivre ses recommandations. N’est-ce pas le triomphe de la politique basée sur les preuves ? Il lui est reproché de se défausser de ses responsabilités en s’abritant derrière les scientifiques. De chercher à compenser la décrédibilisation du monde politique en accaparant celle du monde scientifique. Sa confiance dans la science est prise pour du scientisme imbécile. Que des scientifiques puissent devoir porter le chapeau pour des erreurs politiques en choque plus d’un. Ne serait-ce pas la conséquence logique de la politisation de la science ?

Simultanément un groupe de près de mille scientifiques supporte une tribune dans le journal le Monde appelant à la désobéissance civile menées par les mouvements écologistes, qu’ils soient historiques (Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Greenpeace…) ou formés plus récemment (Action non-violente COP21, Extinction Rebellion, Youth for Climate…) ainsi qu’au développement d’alternatives face à ce qu’ils appellent l’inaction des gouvernements face à l’urgence écologique et climatique, linconséquence et l’hypocrisie des politiques .

À la même époque, en Belgique, la pandémie donna lieu à un véritable réveil des instincts démocratiques, sortant pour un temps du tombeau où les avaient confinés la Nébuleuse environnementale.

Les scientifiques n’hésitaient pas à se critiquer ouvertement, sans haine et sans tenter de forger un consensus bidon pour faire avancer un projet politique.

Les responsables politiques n’hésitaient pas à s’opposer à eux pour défendre leurs électeurs. Les journalistes n’hésitaient pas à présenter et critiquer les thèses des uns et des autres. Le tout facilité par le silence assourdissant des ONG locales, confinées pour une fois dans l’inaction.

Ne pourrait-on voir journalistes et politiciens critiquer les proclamations d’institutions environnementales internationales lorsqu’elles s’égarent sur les chemins de la politique et du mysticisme ? Il est vrai que lorsqu’éclata la polémique sur la vaccination obligatoire, les choses dérapèrent un tant soit peu, certains scientifiques, peu nombreux, se perdant en éructations trumpiennes sur Twitter.

Et quand le parlement belge vote la reconnaissance du concept de crime d’écocide, nul voix ne s’élève pour critiquer l’atteinte aux fondements de la démocratie humaniste, personne ne remarque l’avènement de la biocratie naturiste que cache cette reconnaissance.


Exemplaire est l’affirmation de Bert Bolin qui considérait que les scientifiques ne pouvaient fournir que des réponses techniques aux problèmes techniques et économiques qui pouvaient se produire, laissant aux responsables politiques le soin de juger à quel point un réchauffement climatique pourrait être sérieux, l’urgence des mesures spécifiques, quels pays sont les plus vulnérables, comment les charges doivent être partagées et à quelle échéance, à quels niveaux les concentrations de gaz à effet de serre doivent être stabilisées. Ce sont des problèmes avant tout politiques et, pour Bolin, les scientifiques ne devaient fournir de réponses que sur les matières techniques et économiques5. Une attitude aussi idéale est peut-être utopique.


Stephen Schneider a décrit ce qu’on peut qualifier de dilemme du scientifique militant :

D'une part, en tant que scientifiques, nous sommes éthiquement liés à la méthode scientifique, promettant en fait la vérité, toute la vérité et rien que la vérité - ce qui signifie que nous devons inclure tous les doutes, les mises en garde, les si, les et et les mais. D'un autre côté, nous ne sommes pas seulement des scientifiques mais aussi des êtres humains. Et comme la plupart des gens, nous aimerions voir le monde meilleur, ce qui dans ce contexte, se traduit par notre travail pour réduire le risque de changements climatiques potentiellement désastreux. Pour ce faire, nous devons obtenir un large soutien, pour capter l'imagination du public. Cela, bien sûr, signifie obtenir beaucoup de couverture médiatique. Nous devons donc proposer des scénarios effrayants, faire des déclarations simplifiées et dramatiques et ne faire aucune mention de tout doute que nous pourrions avoir. Ce "double lien éthique" que nous trouvons fréquemment en nous-mêmes ne peut être résolu par aucune formule. Chacun de nous doit décider du juste équilibre entre être efficace et honnête, j'espère que cela signifie les deux6.


Il s’agit ici d’un militantisme sincère et franc. Malheureusement, tous n’ont pas les scrupules et l’indépendance d’esprit nécessaire pour l’énoncer ouvertement. Trop souvent des scientifiques se cachent derrière l’argument d’autorité pour imposer leur arbitraire idéologique, spirituel et religieux. Ainsi l’appel à des politiques basées sur les preuves doit être mis en perspective avec les préjugés idéologiques de tout un chacun, scientifiques compris.

Et l’appel de Michael Soulé dans le chapitre 52 de Biodiversity, remarquable de franchise, à utiliser la manipulation émotionnelle à fin de convaincre, interpelle quant à la confiance que la grand public peut encore avoir dans le discours scientifique aujourd’hui.


Il n’y a pas de raison de contester la conviction de John Houghton selon laquelle sa foi n’a pas influencé sa science climatique. Mais sa vision politique l’a été certainement. On n’aborde pas la crise climatique de la même manière selon qu’on la considère comme un péché contre la création ou un problème à aborder de manière strictement humaniste.

Avec sa rigueur et son honnêteté habituelles, Houghton aborde ouvertement la question des rapports entre sa religion et sa science.

J’ai passé la plus grande partie de ma vie à explorer, à travers la science et la foi, les merveilles et les mystères de la création…pour moi, cela doit inclure l’immensité de l’univers et sa complexité d’organismes ; cela doit inclure la science et cela doit inclure Dieu...Je suis certain que Dieu doit avoir une vision bien plus large, en termes de temps et d’espace, que celle que nous pouvons jamais espérer comprendre… en dépit de ma compréhension nécessairement imparfaite, je suis déterminé à vivre comme Dieu veut que je vive, et essayer de trouver un moyen de vivre en partenariat avec lui dans tout ce que je fais, y compris mon travail...je ne veux pas suggérer que ma foi a influencé ma science d’une manière impropre, car elle ne l’a pas fait. Mais la science et la foi ont une grande préoccupation pour la vérité : être préoccupé par l’une ou l’autre et être préoccupé par une quête de la vérité, donc il ne peut y avoir de conflit entre les deux7.

Il note que de nombreux grands scientifiques du passé, notamment Isaac Newton, étaient croyants. Mais Newton n’a pas fait de politique, si on exclut de la politique l’activité consistant à confondre les faux monnayeurs. La question se pose de savoir si la vision politique de Houghton a été influencée par sa foi. La réponse est évidement oui. Ainsi lorsqu’il inclut dans les défis à relever : veiller sur la terre est une responsabilité donnée par Dieu. Ne pas le faire est un péché ; les chrétiens doivent insister sur le fait que les doctrines de la création, de l’incarnation et de la résurrection sont une ; le spirituel ne peut être séparé du matériel ; une théologie complète de l’environnement doit être développée ; notre intendance de la terre, comme Chrétiens, doit être poursuivie en dépendance et partenariat avec Dieu ; l’application des sciences et technologies est une composante importante de l’intendance ; l’humilité est un ingrédient essentiel dans l’application de la science et des technologies - et dans l’exercice de l’intendance8.

Le sentiment de péché et l’obligation de veiller sur l’environnement – perçu comme une création - entraîne une obligation de lutte même quand l’objectif n’est politiquement pas réaliste. Et l’idée d’une réduction substantielle des émissions de gaz à effet de serre dans un avenir proche n’a jamais été politiquement réaliste.


Il faut remercier les climatologues qui nous ont prévenus du péril climatique. Moins convainquant fut leur engagement en faveur de son atténuation. Certes, la plupart ont insisté sur la nécessité de s’adapter aussi. Mais cette partie de leur message est tombée dans des oreilles de sourds. La culpabilisation a joué à fond en faveur de l’atténuation et en défaveur de l’adaptation. Pour des raisons essentiellement religieuses. Nous voici confrontés à une pléthore de solutions bidon pour la première alors que la deuxième peine encore à décoller. Bien sûr, l’incapacité des dirigeants politiques mondiaux à s’entendre pour trouver des solutions est la cause première de l’échec. Mais cet échec était facile à prévoir vu l’impossibilité de contrôler l’ensemble de l’humanité et bien des scientifiques ont erré par naïveté politique en lançant la lutte climatique.


Beaucoup plus consternant est le combat pour la biodiversité. Bien que née au sein du monde scientifique, elle n’est en rien un concept scientifique. Elle n’est pas née d’une soif de connaissance, mais d’un besoin d’influence politique au service d’une vision conservatrice et religieuse du monde. Si le concept de biodiversité était scientifique, il se serait effondré depuis longtemps sous le poids de ses contradictions internes, rejoignant le phlogistique et l’éther dans les poubelles de l’histoire des mauvaises sciences.

À l’origine slogan pour une vision conservatrice de l’environnement, brandi par un groupe de scientifiques pour beaucoup en pleine crise spirituelle, car ayant perdu la foi au Dieu de leurs ancêtres sans pour autant pouvoir se libérer de la vision religieuse du monde elle-même, la biodiversité leur a échappée pour devenir une chimère à trois têtes, biologique, culturelle et spirituelle, qui se chamaillent à l’occasion mais se réconcilient pour combattre toute personne remettant en cause leur légitimité. Encore la tête biologique est-elle celle, hautement politisée, de la biologie de conservation, les deux autres étant fortement marquées de relativisme post-moderne.

Pour Daniel Janzen, le côté politique du forum de 1986 était délibéré, ayant pour but de rendre le Congrès conscient du complexe d'espèces en train de disparaître. Beaucoup d'entre nous vinrent aux discussions en mission politique.9

Thomas Lovejoy, membre influent du forum de 1986 et auteur du chapitre quarante-sept de Biodiversity, qui a témoigné plusieurs fois au Congrès, prétend être probablement le biologiste des organismes le plus proche du gouvernement américain et trouve très difficile de comprendre pourquoi chaque biologiste de cette sorte n'est pas debout en armes10.

Le terme biodiversité est lui-même un exemple de la manipulation par l’émotion revendiquée par Soulé.

Un masque pour la promotion de l’idéologie de la conservation, elle-même le masque de visions spirituelles et religieuses de l'environnement. Masques qui biaisent la perception des réalités de la crise environnementale par la vision ultra-conservatrice qu'ils imposent.

Nous avons vu appeler à errer de préférence du côté catastrophique. Appeler à un sursaut religieux en croyant – de bonne foi ! – rester dans le cadre de l'objectivité scientifique. Courir les média pour prêcher la bonne parole. Comment s'étonner que les épigones de ces grands précurseurs se laissent aller à des excès pires encore ?

On en voit en pleine hystérie face au déclin du corail australien. Face au remplacement d'un morceau de forêt "sauvage" par une forêt commerciale.

Aujourd'hui, de nombreux jeunes étudiants en science doivent leur engagement à des motivations politiques.

La politisation de la science risque bien d'être irréversible, et tôt ou tard la confiance du public perdue. Triste pour les scientifiques et, plus grave encore, pour la science elle-même.

Un scientifique politisé a l'avantage sur celui qui ne l'est pas qui, de plus, ne peux se défendre sans se politiser lui-même. Et s’il se politise, le relativisme post-moderne en devient auto-réalisateur.

C’est le paradoxe des scientifiques qui tentent encore de défendre une science dépolitisée.

Les scientifiques indignés par les élucubrations d'Ehrlich à Boulder où Schneider organisait ses conférences, se sont condamnés à l'oubli.

Les biologistes qui ont sauté dans le train ultra politisé de la biodiversité ont gagné la bataille médiatique et par là la guerre tribale contre les scientifiques non militants et les tenants des biotechnologies, comme le montre la querelle entre Wilson et Watson à Harvard et la montée d'une opposition populaire contre ces technologies, à la forte religiosité naturiste implicite.


Et la grande panique du printemps 2019, provoquée par le battage médiatique autour du communiqué de Sir Robert Watson, patron de l’IPBES, pose le problème de l’impact d’une science militante sur les corps sociaux de pays largement coupé des origines idéologiques, culturelles et religieuses des concepts brandis par de cette science militante.



Au contraire, les notions de réchauffement et de refroidissement climatique, basés sur le concept objectif de température, sont des concepts objectifs, entrés dans la science occidentale au XIXème siècle à l’occasion de la découverte des ères glaciaires et de leur alternance avec des périodes plus chaudes. Dans les années soixante-dix, une petite querelle a opposé les climatologues croyant au réchauffement par le CO2 à ceux qui penchaient vers un refroidissement dû aux émissions industrielles. Ce sont des faits objectifs qui, vers 1980, ont tranché la querelle du changement climatique en faveur du réchauffement.

Rien d’objectif dans la biodiversité. On lui faire dire ce qu’on veut. Gare cependant à celui qui s’éloigne du dogme de la valeur intrinsèque de la biodiversité. Conserver est la raison d’être du concept. À la rigueur restaurer. Non créer de la diversité. Haro sur les formes de vie exotiques ou crées par l’humanité, même quand elles peuvent augmenter la biodiversité tout autant qu’aider au développement humain.


Nous avons vu que les climatologues alarmistes de la première heure n’hésitaient pas à montrer leur agacement face aux excès des ONG environnementales, même s’ils leur gardaient généralement leur sympathie, convergence politique oblige. Rien de tel chez les inventeurs de la biodiversité, qui font eux-mêmes partie du problème. On les retrouve en effet souvent dans des postes de direction ou de conseil au sein de ces ONG. À la source de leurs excès. Darwiniens côté cour et religieux côté jardin. Relevons que Cobb a souligné que les scientifiques hautement formés sont autant que les personnes peu éduquées susceptibles de succomber à l'autoritarisme dans les domaines de l'éthique et de la religion11.

Aujourd’hui, il existe des branches entières de la science qui ont la politique comme but premier. La tribu des scientifiques qui ne pensent qu'à conserver l’environnement est portée aux nues. Celle qui cherche à le comprendre, laissée dans l'ombre. Et celle qui cherche à le modifier pour le bien de l'humanité, vouée aux gémonies. Cela pourrait changer. Cela devrait changer !

La biodiversité n’est pas un marqueur crédible pour la crise environnementale actuelle. Ni le concept d’espèce, qui n’est pas fiable.

En partant d’un concept approximatif ou erroné, on induit des politiques erronées. Nous vivons une époque où les espèces deviennent des sujets de droits. Des sujets de cultes. Des moyens de faire peur. En agitant leur disparition. Il est urgent de désacraliser l’espèce. Comme les autres formes de vie, car on constate une fuite en avant visant à conserver les variétés, même les genres...en limitant nos droits à créer de nouvelle formes de vie.

Le concept d’écosystème ne vaut guère mieux quand on se rappelle de l’avertissement de Tansley. C’est un découpage conceptuel de l’environnement qui a pour but de nous en faciliter l’étude. Cela ne devrait jamais être un sujet de respect. Et la diversité intraspécifique c’est le brouillard qui cache le flou de l’ensemble.



Pourtant, crise environnementale il y a. Celle d’un monde dynamique dont la vitesse de changement augmente. Avec un flux constant de déchets à gérer pour ne pas se faire submerger. On ne peut accumuler sans fin des plastiques dans les océans. Un problème sérieux...non un sacrilège.

À ceci va probablement s’ajouter tôt ou tard une crise généralisée des ressources non-renouvelables. C’est une erreur de jugement que de nous y croire déjà. Bien sûr il serait sage de pouvoir l’anticiper. Malheureusement le fait que nous ne vivions pas encore dans une crise de la pénurie empêche de filtrer le bon grain de l’ivraie, les solutions idéologiques bidon des solutions pragmatiques applicables. Ceux qui, tel Ehrlich, ont jadis prédit un effondrement imminent se sont lourdement trompés. Ça ne veut pas dire qu’ils auront toujours tort. Nous n’avons même pas atteint l’échéance pronostiquée par The Limits to Growth pour l’effondrement général.

L’industrie de la peur environnementale non seulement exagère les dangers de certains aspects particuliers de la crise environnementale, mais surestime encore plus l’innocuité de l’environnement «naturel». Effet pervers qui pousse à toujours plus de conservatisme.

Nos dirigeants doivent-ils suivre l’avis des scientifiques ou non ? Certainement devraient-ils suivre leurs avis techniques, mais aussi se méfier de leurs dérives de plus en plus nombreuses dans les domaines politiques, idéologiques et religieux… et puis trancher sans tenir compte des menaces. Un rêve ?

Ils devraient apprendre à se libérer des manipulations sémantiques omniprésentes dans le discours écologiste dominant. Reprendre la main sur la définition de concept tels que le danger, paraphrasant Bolin en considérant que les scientifiques ne peuvent fournir que des réponses techniques aux problèmes techniques et économiques et qu’ils doivent laisser aux citoyens et aux responsables politiques le soin de juger à quel point un problème environnemental pourrait-être sérieux, l’urgence des mesures spécifiques à prendre et plus généralement des questions de valeurs.

Écouter les experts en risques, sans absorber leurs valeurs idéologiques, pour adapter leurs commentaires aux réalités. Cesser de courber l’échine devant les prêcheurs de catastrophe, les grands prêtres naturistes, et la société civile des ONG «vertes» dont ils devraient abolir les privilèges. Cesser de faire des lois pour le jardin d’Éden mais en faire pour le monde réel. Cesser de se faire les chantres des visions religieuses du monde telles que l’agriculture biologique. Se libérer des gourous en tout genre.

Rendre l’environnement à ceux qu’il environne, et surtout leur rendre le débat de valeurs sur l’environnement, confisqué depuis des décennies par la Nébuleuse.



1Cité par Katharine K. Wilkinson in Beween God & Green, p16,Oxford University Press

2idem

3Paul Carney, The Politics of Evidence-Based Policy Making, Palgrave MacMillan

4Stephen Schneider, Science as a Contact Sport, National Geographic Society, p.228

5Bolin, An History of the Science and Politics of Climate Change p59, Cambridge University Press

6Stephen Schneider, Science as a Contact Sport, National Geographic Society, p214.

7John Houghton, In the Eye of the Storm, p262 à 264 Lion Book

8John Houghton, In the Eye of the Storm, p286, Lion Book

9Philosophy of Paradise, the Idea of Biodiversity, David Takacs, The John Hopkins University Press, 1996, p37

10Takacs, The Idea of Biodiversity, p 124

11John Cobb in Sheila Greeve Davaney, Theology at the End of Modernity, p181, Trinity Press International, 1991