L'idée qu'il y a une confiance sacrée entre l'humanité et notre Créateur, selon laquelle nous acceptons un devoir d’intendance pour la terre, est un trait caractéristique de la plupart des pensées religieuses et spirituelles à travers les âges.

Mêmes ceux dont les croyances n'incluent pas l’existence d'un Créateur ont, néanmoins, adopté une position similaire sur les plans moral et éthique. Ce n'est que récemment que ce principe directeur a été étouffé sous des couches presque impénétrables de rationalisme scientifique.


Charles, Prince de Galles (futur Charles III),

A Reflection on the 2000 Reith Lectures.



La Stewardship of Creation est un point fondamental de nombreuses écothéologies qui consiste à nous considérer comme les intendants – ou gardiens – de la création divine sur terre. Y adhèrent entre autre Al Gore, le Pape François1, John Hougton, Charles III dont une citation ouvre cette section. Elle est défendue par John Cobb dans Biodiversity. Dans sa version contemporaine, elle est issue de la réaction religieuse consécutive à la conférence de Lynn White du 26 décembre 1966 et sa parution dans le revue Science au printemps 1967.

Hougton en a fait un excellent résumé pour la John Ray Initiative, une ONG éco-religieuse qu'il a fondé, où nous lisons : Que nous soyons les intendants de la création implique la notion de responsabilité, d'abord vis-à-vis de Dieu, dont nous sommes les intendants. Nous avons à veiller sur la terre, non comme il nous plaît, mais comme Dieu veut que nous le fassions. Ensuite, nous avons la responsabilité du reste de la création comme étant à la place de Dieu.

C'est l'humanité tout entière qui a été chargée de veiller sur l'ensemble de la création. Ne pas le faire est un péché. Contre la nature et contre Dieu. Houghton ajoute par ailleurs : Il a été suggéré que cette nouvelle catégorie de péché devrait inclure les activités menant à l’extinction d'espèces, une réduction de la diversité génétique, la pollution de l'eau, de la terre et de l'air, la destruction de l'habitat et le dérèglement de modes de vie durables2.

Et de considérer que bien des principes de l’intendance du "jardin" sont inclus au moins implicitement dans la plupart des écrits sur l'environnement, par exemple dans les millions de mots résultant des conventions et résolutions du "sommet de la Terre" tenu à Rio en 1992.

E.O Wilson, dans le contexte de son troisième appel de l’autel, offre un cas remarquable de transposition du concept : La science est la civilisation globale dont je suis un citoyen. La propagation de son éthique démocratique et de son pouvoir unificateur fournit ma foi en l'humanité. La profondeur stupéfiante des merveilles de l'univers, continûment révélée par la science, est mon temple. La capacité de la pensée humaine informée, libérée au moins par la compréhension que nous sommes seuls et donc les seuls intendants (stewards) de la terre, est ma religion. Le potentiel de l'humanité de transformer cette planète en un paradis pour les futures génération est mon au-delà.3

James Hansen proposa en 2010, pour le quarantième anniversaire du Jour de la Terre, un People’s Climate Stewardship Act, une loi populaire pour l’intendance du climat. En août 2007, il avait prononcé un discours intitulé Re-Energize Iowa : An Opportunity to Lead the Nation in Stewardship of the Earth and Creation4. Il y suggérait de demander à tous les candidats s'ils soutiennent ou non une déclaration d'intendance de la terre et de la création. Cette déclaration devrait inclure les mesures nécessaires pour désamorcer la bombe climatique.

Stephen Schneider affirme que, lors de la réunion chez Al Gore de main 1992, tous les participants s’étaient entendu sur la nécessité d’une intendance de la planète.

David Ehrenfeld trouve la doctrine de l'intendance suspecte, l'intendant ayant trop souvent la tentation de se prendre pour le Roi5

Jeremy Rifkin a également défendu cette doctrine dans son livre The Emerging Order – God in the Age of Scarcity, 1979


1Voir écothéologie et le chapitre Au commencement était...le péché.

2Tiré les Patmos Principles, voir le chapitre La croisière de l'Apocalypse.

3Naturalist, 2006, Island Press p375

4Re-energiser l'Iowa : une occasion de mener la Nation dans l’Intendance de la Terre et de la Création.

5Ehrenfeld, The Arrogance of Humanism, Oxford University Press, p x - xi