En 2007, Le Sénat américain reçoit les témoignages de plusieurs institutions religieuses éminentes portant sur le changement climatique.

La personnalité dominante est Mgr Katharine Jefferts Schori1, première femme à la tête de lÉglise épiscopale américaine. Témoignage qui donne en outre un exemple dont science et religion peuvent tenter de cohabiter :

Avant mon ordination sacerdotale, j’étais océanographe et j’ai appris qu’aucune forme de vie ne peut être étudiée en isolation de son environnement et des autres organismes.

Tous les êtres vivants sont profondément interconnectés, et toute vie dépend de la vie des autres.

L’étude de la Bible, et de la tradition religieuse judéo-chrétienne m’a également fait prendre conscience que cette interconnexion est l’un des récits centraux de l’Ecriture.

Dieu a créé tous les humains et toutes les choses pour vivre en relation les uns avec les autres et le monde autour d’eux.

A la fin du récit biblique de la création, l’auteur de la Genèse nous dit que Dieu a vu tout ce qu’il avait fait, et en effet, c’était très bon.

Je crois que chacun de nous doit se rappeler la vision que Dieu nous demande de réaliser dans notre propre vie.

C’est une vision dans laquelle tous les êtres humains vivent ensemble comme frères et sœurs, en paix les uns avec les autres et avec Dieu, et dans la relation juste avec tout le reste de la création.

Alors que beaucoup des membres des diverses communautés religieuses représentées ici aujourd’hui peuvent ne pas être d’accord sur une variété de questions, dans le domaine du réchauffement climatique nous sommes de plus en plus d’accord. La crise du réchauffement climatique est un défi à la bonté, à l’interconnectivité et à la sainteté du monde que Dieu a créé et qu’il aime.

Ce défi est ce qui a appelé nos communautés confessionnelles à venir ici aujourd’hui et à se tenir du côté de la vérité scientifique. En tant que prêtre, formée comme une scientifique, je prends comme une obligation sacrée de la communauté religieuse la responsabilité de se tenir du côté de la vérité, de la vérité de la science ainsi que de la vérité de l’amour inextinguible de Dieu pour le monde et tous ses habitants...C’est une partie de la révélation de Dieu d’aimer notre prochain.

Chacun de nous est également connecté avec lui de nombreuses façons inattendues. La connexion de la création fait partie de ce que Paul voulait dire quand il a parlé des chrétiens faisant partie du Corps unique du Christ. En effet, une théologienne plus récente, Sallie McFague, parle de la création comme du Corps de Dieu, dans la même idée que nous sommes intimement et inévitablement liés. Chacun de nous est connecté à ceux qui commencent à souffrir des conséquences de la crise.

La science, quelle que soit la discipline, est la poursuite des réponses que les scientifiques soulèvent en observant la création...

Et de finir par citer un extrait du livre des prières épiscopales :

« Ô Créateur miséricordieux, ta main est grande ouverte pour satisfaire les besoins de chaque créature vivante ; fais-nous toujours reconnaissant pour ta providence aimante ; et accorde que nous, nous souvenant des comptes que nous devrons rendre un jour, puissions être les intendants fidèles de tes bons dons ; par Jésus-Christ notre Seigneur, qui avec toi et l’Esprit Saint vit et règne, un seul Dieu, pour les siècles des siècles. Amen »


Un certains nombre de documents sont annexés au témoignage de Mgr Schori :

De la National Council of Churches :

Ce document appelle à une société écologiquement juste, guidée par les valeurs de durabilité et d’équité.

Dans ce contexte, durabilité fait référence à la capacité limité de la terre de fournir des ressources et d’absorber la pollution résultant de leur utilisation. Équité fait référence à une distribution équitable des ressources.

Le réchauffement climatique menace le tissu de la création divine et touchera plus fort les moins aptes à s’adapter – les non-humain comme les humains. Parce que la communauté chrétienne est appelée à la justice, à être de bon «voisins» pour nos frères et sœur à travers le monde, et être les intendants de la création de Dieu , adresser le réchauffement climatique est un impératif moral et un appel chrétien

Pour la Church of the Brethren (Église des frères), dénomination chrétienne évangélique anabaptiste, outre une liste détaillée de comportements vertueux à mener dans la vie quotidienne pour faire face à la crise environnementale, celle-ci nous met au défi de mener sérieusement notre rôle d’intendants de la terre et de travailler au renouvellement de la création. Que nous soyons appelé par Dieu à vivre en harmonie avec toute la création nous oblige à préserver l’intégrité de la création.


Le Conseil œcuménique des Églises soumets des extraits issus d’une consultation entre orthodoxes tenue en 1987.

Selon ce texte, nous somme appelés à être les intendants (oikonomoi) du monde matériel de Dieu, exerçant notre protectorat sur lui, veillant sur lui, maintenant son intégrité et le perfectionnant en l’ouvrant sur Dieu à travers notre propre déification, ayant été fait à l’image de Dieu.

Avant leur chute, les premiers humains ont vécu la création comme un tout harmonieux.

Cette chute, qui était essentiellement un exercice coupable de la liberté humaine, introduisit des forces de désintégration dans le corps de la Création.

Il en résultat la séparation des humains du Créateur, et l’incapacité de l’humanité d’entrer dans une relation correcte avec la nature et avec le le corps de la création.

La relation d’harmonie et de soins fut remplacée par une domination avide sur le monde naturel.

Les dons de la science et de la technologie sont détournés pour transformer la vie sur terre en enfer. Les progrès en bio-technologies et génie génétique doivent être vu à la lumière de l’Esprit sain.


La crise environnementale est un péché et un jugement contre l’humanité. Nous devons supporter des programmes qui visent à nous protéger contre la pollution.

Parler de réintégrer la création est d’abord parler de repentance et de s’engager vers de nouveaux modes de vie.

Le monde contemporain doit se repentir pour les abus commis contre le monde naturel.

Nous nous nous trouvons face à un monde blessé qui soufre en conséquence du péché de l’humanité. Dans notre égoïsme et avarice, nous avons utilisé nos capacité technologique, par ailleurs bonnes, pour exploiter la création de Dieu, détruisant l’équilibre divin.

Le Seigneur Dieu créa Son univers comme un tout intégré. Nous y avons apporté la désintégration.

Et d’appeler à réaliser l’harmonie légitime entre la dimension humaine et les dimensions minérales, animales et végétales.


La Reformed Church in America est l’héritière de l’église réformée hollandaise formée en 1618 quand La future New York s’appelait encore la Nouvelle Amsterdam.

Ils affirment que la menace du changement climatique est un soucis particulier pour les chrétiens, pas seulement pour leur responsabilité, donnée par Dieu, de soigner et garder le jardin, mais parce que c’est une question de justice.

Les pays industrialisés produisent la majorité des gaz à effet de serre, mais ce sont les habitants des pays pauvres qui souffriront le plus des effets les plus sévères du changement climatique.

C’est aussi une question de justice intergénérationnelle, cet impact pesant aussi sur les générations futures.

Les chrétiens comprennent ce danger dans le contexte du pacte donné à Noé, qui vaut pour toutes les créatures vivantes, et pour lequel nous avons reçu une responsabilité particulière.

Dieu nous a donné un protectorat sur la création, non pour en faire ce qui nous plaît, mais pour qu’elle devienne vraiment ce que voualit en faire Dieu.

Cela signifie notamment que nos relations avec Dieu, avec les autres humains et avec le reste de la création doit être tout d’une pièce.

Une brisure dans n’importe quelle partie du pacte affecte les autres.

Nous ne pouvons aimer Dieu si nous haïssons nos voisins ou dégradons sa création. Notre réponse au changement climatique est une affaire de témoignage chrétien.


La résolution des Baptistes Américains, riche en suggestions pratiques pour mener une vie quotidienne moins énergivore, veut aussi attirer l’attention sur notre responsabilité vis-à-vis de Dieu pour veiller sur la création, et son déplaisir face à la mauvaise utilisation que nous en faisons.

Il n’y a qu’un seul Créateur et nous sommes interdépendants avec toutes ses créatures.

Nous devons apprendre à comprendre ce que signifie respecter tout ce que Dieu a créé et être les gardiens de nos voisins. Nous devons étendre notre compréhension de la parole de Jésus nous commandant de nous «aimer les uns les autres». Nous devons considérer l’ensemble de la création comme «notre voisin».

Certainement l’implication de ce commandement dépasse une culture, race, groupe ethnique, ou espèce particulière.

Nous devons bâtir une culture qui vit en harmonie avec la création divine en développant une spiritualité qui embrasse la dignité du caractère de la création, connectant notre compréhension du salut personnel avec l’intendance de la création de Dieu.


LÉglise évangélique luthérienne en Amérique, principale église luthérienne des USA, reconnaît que la cause principale de la crise environnementale est la séparation de l’humanité de Dieu et du reste de la création. C’est la dégradation du don gracieux de Dieu, la création.

Dieu bénit le monde et le voit «bon», même avant que l’humanité n’existe. Toute la création, pas seulement l’humanité, est considérée très bonne par Dieu.

Notre place dans la création est intimement relatée au reste de la création. Nous recherchons une rédemption qui inclut l’ensemble de la création.

Les humains, au service de Dieu et faits à son image, ont un rôle spécial à jouer dans la création : veiller sur la terre.

Dieu nous a donné un dominion sur la terre mais ce n’est pas une licence pour dominer et exploiter. C’est régner comme un roi-berger sous la forme d’un serviteur. Notre rôle est de servir et garder le jardin, la terre.

Nous avons été appelé à nommer les animaux, ce qui nous unis dans une relation mutuelle. De plus, nous devons vivre dans le pacte noué par Dieu avec toutes les choses vivantes.

Prendre soin, servir, aimer et vivre dans la sagesse résume ce que signifie agir comme intendant de Dieu sur terre.

Nous dépendons de Dieu, qui nous a placé dans une toile de vie avec le reste de la création.

Mais non contant d’avoir été fait à l’image de Dieu, nous nous sommes rebellé et avons déréglé sa création.

Comme les anciens hébreux, nous vivons la nature comme un instrument du jugement de Dieu.

Une nature déréglée est une condamnation de notre infidélité comme intendants.

Aliénés de Dieu et de sa création, voulant nous faire un nom pour nous mêmes, nous tombons captifs des forces démoniaques et des institutions injustes.

Dans notre captivité, nous traitons la terre comme un entrepôt sans limites et autorisons les puissants à exploiter ses richesses à leur propre fin.

Notre péché et notre captivité sont à la base de la crise actuelle.

La consommation excessive de pays riches et la croissance démographique rendent utopique la quête d’un futur durable.

Ces problèmes tirent leur origine et intensifient les injustices sociales.

Le péché et la captivité n’auront pas le dernier mot.

Dieu répond à notre malédiction avec les dons de pardon du péché, de vie et de salut.

Par la croix et la résurrection de Jésus Christ, Dieu nous délivre de notre péché et de notre captivité, et nous donne le pouvoir d’être les servants aimants de la création.

Bien que nous restions des pécheurs, nous sommes libérés de notre ancienne captivité au péché. Nous sommes maintenant mus par la promesse de Dieu de bénédictions à venir.

Seulement par la promesse de Dieu ne sommes nous plus captifs des puissances démoniaques ou des instituions injustes.

Nous sommes captifs de l’espoir.

Captifs de l’espoir, nous proclamons que Dieu a fait la paix avec toutes choses à travers le sang de la croix, et que l’Esprit de Dieu, «le donneur de vie», rénove la face de la terre.

Capturé par l’espoir, nous rêvons des rêves et regardons vers une nouvelle création.

Dieu ne guérit pas seulement sa création blessée par le péché humain. Dieu consumera un jour toutes choses dans de nouveau cieux et une nouvelle terre, ou la droiture sera chez elle.

La création présentement prisonnière du dérèglement et de la mort saura que la liberté l’attend.


L’United Church of Christ, dans une résolution sur le réchauffement climatique incitant ses membres à promouvoir la prise de conscience climatique, reconnaît ses dangers et le mandat biblique à être les intendants de la création de Dieu et être diligents dans les efforts pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.


L’United Methodist Church a développé un programme spécifiquement axée sur la question énergétique dans le contexte du réchauffement climatique.

Elle insiste sur les notions de justice et de durabilité.

Seulement récemment les humains ont pris conscience des limites de la création en ressources utilisables comme intendants de la terre.

Les humains peuvent trahir cette intendance en consommant ces ressources plus vite qu’elles ne se renouvellent ou en produisant des déchets plus vite que la planète ne peut les absorber.

Les humain ont, selon les auteurs de ce texte, la capacité de détruire la vie humaine et peut-être la vie elle-même, et de le faire en une période de temps très courte.

Nous jouissons d’un monde hautement sophistiqué. Ce n’est pas une option de retourner vers un monde de lecture à la chandelle et de chauffage par le bois. Et il faut être conscient de l’effet tragique que peut avoir le coût croissant de l’énergie sur les plus pauvres.

Toutes les nations n’ont pas encore accès aux facilités disponibles dans les pays riches, aussi il est nécessaire de développer des politiques énergétiques justes et équitables.

Les membres de l’église méthodiste unifiée sont priés instamment de montrer un leadership comme intendants de la création de Dieu et prendre des actions concrètes pour aboutir à une justice sociale, économique et écologique pour l’ensemble de la création. Et de se concentrer sur la conversion à des pratiques durables.


Dans des extraits d’une résolution de l’Église Presbytérienne datée de 1990, nous lisons que la création pleure en ces temps de crise environnementale.

L’église a de puissantes raisons pour s’engager à restaurer la création de Dieu. L’œuvre de Dieu dans le création est trop merveilleuse, trop ancienne, trop belle, trop bonne pour être profanée.

Restaurer la création est le travail de Dieu à notre époque, en laquelle Dieu vient pour juger et restaurer.

La vie humaine et le bien être dépendent de la prospérité d’autres formes de vie et de l’intégrité des processus supportant la vie que Dieu a ordonné.

En cette époque de transition, l’œuvre de Dieu peut-être perçue comme un appel à veiller sur la terre, à la justice et à la communauté.

Veiller sur la terre signifie insister sur la durabilité qui implique de pratiquer une intendance sage, humble et responsable, sur le modèle de le serviabilité que nous trouvons en Jésus.

La justice aujourd’hui requière la participation, l’inclusion de tous les membres de la famille humaine pour obtenir et jouir des dons du créateur pour la subsistance – et la justice signifie aussi avoir assez par un partage équitable.

Communauté, de nos jours, requière aussi le développement de la solidarité.









1Written Testimony of The Most Reverend Katharine Jefferts Schori, Presiding Bishop of The Episcopal Church before the Senate Environment and Publicd Works Committee June 7, 2007